Bill Gross prie la Fed d'en finir vite avec les taux nuls

mercredi 23 septembre 2015 14h47
 

par Jennifer Ablan

NEW YORK, 23 septembre (Reuters) - Bill Gross, voix influente du marché obligataire, exhorte la Réserve fédérale à en finir rapidement avec sa politique de taux nuls car elle est, selon lui, préjudiciable à l'économie en général et aux bilans des assureurs et aux fonds de pension en particulier.

"Les (taux) zéro annihilent les 'business models' existants tels que les bilans des compagnies d'assurance vie et les fonds de pension, dont on attend qu'ils emploient leurs ressources à régler les prestations d'une société vieillissante", explique Gross dans son rapport d'octobre sur les perspectives d'investissement.

"Ces engagements assumés se fondaient sur l'hypothèse qu'un portefeuille équilibré d'actions et d'obligations donnerait un rendement de 7% à 8% sur le long terme".

Dans la mesure où les obligations rapportent actuellement 2% à 3%, il est évident que pour verser les futures prestations de retraite et d'assurance-maladie associées, les actions doivent donner 10% par an pour atteindre l'objectif, poursuit Gross. "Il est évident que cela relève du fantasme de quelques comptables ou actuaires".

Certains responsables de la Fed ont dit que la décision de statu quo la semaine dernière avait été extrêmement discutée et les marchés pensent toujours que la banque centrale finira par relever ses taux cette année. Le taux d'intervention de la Fed est proche de zéro depuis la fin 2008, au plus fort de la crise financière aux Etats-Unis.

"Les banquiers centraux ne voient-ils pas que Detroit, Porto Rico et bientôt Chicago ne pourront tenir leurs engagements ?", s'insurge Bill Gross.

Pour ce dernier, porter le taux des Fed funds à 2% affectera les entreprises américaines "un peu" et il est probable aussi que les actions et les obligations baisseront.

"Mais comme (l'ex-président de la Fed Paul) Volcker l'avait admis en 1979, il est temps de passer à un autre modèle qui rétablisse la fonction d'épargne des économies développées, permette aux 'business models' basés sur les engagements de survivre -- même chichement -- et finalement aboutisse à un renouveau de l'investissement privé, qui est l'essence-même d'une économie saine", lance Gross. "Douloureux à court terme? Certes! Bénéfice à long terme! C'est pratiquement certain. Finissons-en avec le zéro sur le champ!". (Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Véronique Tison)