21 septembre 2015 / 19:24 / il y a 2 ans

LEAD 5-Volkswagen, accusé de tromperie, s'effondre en Bourse

* L'action a chuté un temps de plus de 20%

* Une amende de $18 milliards évoquée aux USA

* Berlin enquête en Europe

* Ouverture d'une enquête aux USA - Bloomberg

* Daimler et BMW disent ne pas être concernés (Actualisé avec Maison Blanche, Winterkorn)

par Andreas Cremer

BERLIN, 21 septembre (Reuters) - Volkswagen a plongé de 18,6% lundi en Bourse après avoir chuté un temps de plus de 20%, sa plus forte baisse sur une seule séance en 78 ans d'existence, après les accusations américaines de tromperie sur les émissions polluantes de ses voitures, qui l'exposent à des amendes colossales et pourraient avoir des retombées en Europe.

L'agence fédérale américaine de protection de l'environnement, l'EPA, a annoncé vendredi que le premier constructeur automobile d'Europe avait équipé plusieurs centaines de milliers de voitures VW et Audi d'un logiciel visant à truquer les données sur les émissions polluantes.

Le groupe s'expose en théorie à des amendes d'un montant total de 18 milliards de dollars (15,8 milliards d'euros), soit près d'une fois et demie son bénéfice net 2014.

Volkswagen, qui a reconnu avoir "abusé de la confiance de ses clients", a ordonné à ses concessionnaires aux Etats-Unis d'interrompre la vente de certains modèles diesel.

En Allemagne, le ministre de l'Economie Sigmar Gabriel a appelé le constructeur à faire toute la lumière sur ces accusations en parlant d'un "grave incident". Il a exprimé sa crainte de voir l'affaire éclabousser tout le secteur automobile allemand, un pilier de l'économie nationale.

Un responsable du ministère de l'Environnement a pour sa part qualifié l'attitude présumée de Volkswagen de "tromperie manifeste du consommateur". Le gouvernement a annoncé des contrôles visant à déterminer si des données sur les émissions polluantes avaient également été faussées en Allemagne, voire dans toute l'Europe.

Selon l'agence Bloomberg, qui cite deux responsables américains, le département de la Justice des Etats-Unis a ouvert une enquête au civil. Quant à la Maison Blanche, elle s'est dite "vraiment préoccupée" par les informations relatives à VW.

"DÉSASTRE"

Le ministre-président de Basse-Saxe, un Land qui possède 12,4% du capital du groupe, a jugé qu'une enquête rapide et approfondie était nécessaire avant de prendre des décisions.

Représentant des salariés au sein des organes dirigeants, Bernd Osterloh a pour sa part déclaré que le président du directoire Martin Winterkorn devrait démissionner de la présidence du directoire si sa responsabilité personnelle dans l'affaire était établie.

Un jugement partagé par plusieurs analystes.

"Ce désastre va au-delà de toutes les prévisions", a déclaré Ferdinand Dudenhöffer, responsable du Center for Automative Research de l'université Duisburg-Essen.

Martin Winterkorn a dirigé la marque VW de 2007 à 2015, période qui couvre les six années visées par les enquêtes américaines. Il s'est engagé lundi à apporter tout son soutien à des tests qui seraient effectués par les autorités allemandes sur les modèles diesel, a déclaré le ministre des Transports Alexander Dobrindt.

Selon une source proche de Volkswagen, une éventuelle décision sur un mécanisme de contrôle des émissions polluantes aurait été prise par le siège en Allemagne et non par les divisions régionales concernées.

Les doutes sur les niveaux d'émissions des moteurs diesel de Volkswagen ont émergé en 2014, ce qui a amené l'autorité californienne de surveillance de l'air (CARB) à ouvrir une enquête, écrit cette dernière dans une lettre adressée à VW le 18 septembre.

La CARB a informé Volkswagen en juillet que ses propres tests indiquaient toujours des émissions excessives, ce qui a conduit le constructeur allemand à reconnaître le 3 septembre qu'il avait incorporé un logiciel permettant de contourner les contrôles.

Les observateurs jugent qu'il est trop tôt pour déterminer si d'autres constructeurs ont eux aussi enfreint les règles et pour évaluer le coût financier du scandale pour Volkswagen.

Daimler, maison mère de Mercedes-Benz, et BMW ont l'un et l'autre déclaré lundi que les accusations des autorités américaines ne les concernaient pas.

LA COMMISSION EUROPÉENNE ATTEND D'EN SAVOIR PLUS

L'EPA et les autorités californiennes ont annoncé qu'elles allaient effectuer des tests sur des véhicules autres que Volkswagen.

La Commission européenne a dit être en contact avec le groupe allemand et les régulateurs américains. Elle a jugé prématuré de se prononcer sur d'éventuelles mesures de surveillance en Europe et sur la possibilité que des véhicules Volkswagen soient concernés par le même problème en Europe.

Selon une source industrielle, les appareils de contrôle des émissions des moteurs diesel de Volkswagen sont fournis par l'équipementier allemand Robert Bosch.

Prié de dire si Bosch avait fourni à VW le module au coeur de l'enquête de l'EPA, un porte-parole de l'équipementier a répondu que "l'intégration (des équipements) est de la responsabilité du constructeur".

En Bourse, l'action Volkswagen a déjà payé le prix fort: son cours a perdu pendant un temps plus de 20%, inscrivant un plus bas de trois ans à 125,40 euros avant de clôturer à 132,20 euros. Sa capitalisation boursière a ainsi fondu de plus de 14 milliards d'euros.

La holding Porsche, qui contrôle 51% des actions ordinaires VW, a perdu quant à elle 17,22%. Quant à l'indice Stoxx européen du secteur automobile, il a cédé 4,09%, de loin la pire performance sectorielle en Europe.

"UNE ÉNORME PERTE DE CONFIANCE DANS LA DIRECTION"

Pour Ingo Speich, un gérant de fonds d'Union Investment, qui détient environ 0,4% du capital, "le marché s'attend à quelque chose qui ira au-delà du seul dossier américain".

"Il faut admettre, au vu des faits, qu'il y a une énorme perte de confiance dans la direction. C'est le principal problème", a-t-il ajouté.

Pour Martin Winterkorn, l'éclatement de cette affaire tombe d'autant plus mal qu'il vient de sortir vainqueur d'une lutte de pouvoir après l'éviction du président du conseil de surveillance Ferdinand Piëch.

Le comité de pilotage du conseil de surveillance du groupe se réunira mercredi matin pour examiner les accusations portées par les autorités américaines, a-t-on appris auprès de trois personnes informées de l'initiative.

Certains analystes critiquent depuis longtemps la gestion très centralisée de Volkswagen, à laquelle ils reprochent de retarder les lancements de nouveaux modèles et de nuire à la compétitivité du groupe sur les marchés internationaux.

Les analystes d'Exane BNP Paribas jugent pour leur part que les difficultés de Volkswagen pourraient éclabousser d'autres constructeurs de voitures diesel, notamment aux Etats-Unis, un marché sur lequel elles ont toujours eu du mal à percer. (avec Gernot Heller et Markus Wacket à Berlin; Véronique Tison, Marc Angrand et Bertrand Boucey pour le service français)

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