Bullard rejette les pressions sur la Fed

lundi 21 septembre 2015 16h12
 

NEW YORK, 21 septembre (Reuters) - Un membre de la Réserve fédérale américaine (Fed) a critiqué l'ancien secrétaire au Trésor Lawrence Summers et d'autres responsables pour avoir mis en garde contre un relèvement des taux d'intérêt la semaine dernière, jugeant qu'ils devraient savoir s'abstenir de telles recommandations à un moment où la Fed a besoin de commencer à resserrer sa politique monétaire.

"Je veux le dire avec force parce que je pense que le débat est parti à la dérive", a dit le président de la Fed de St. Louis, James Bullard, lundi à la chaîne CNBC en élevant la voix.

"Certaines personnes de bon sens devraient savoir s'abstenir, comme Larry Summers qui s'exclame, 'Oh mon Dieu, c'est la fin du monde.' La politique sera accommodante au cours des trois prochaines années quoi que nous fassions", a-t-il dit. "Alors ne venez pas me dire qu'il nous faut davantage de mesures d'assouplissement."

Cette déclaration publique intervient après l'opposition de James Bullard, l'un des 17 membres du comité de politique monétaire de la Fed (FOMC), à la décision de la banque centrale jeudi de laisser ses taux proches de zéro.

Le verdict a été pris quasiment à l'unanimité mais une poignée de "faucons" comme James Bullard, favorables à un relèvement de taux, ne disposent pas d'un droit de vote au FOMC cette année.

Lawrence Summers a insisté lors de débats télévisés et dans des lettres ouvertes sur le fait que ce serait une erreur à ses yeux de relever les taux d'intérêt étant donné les récentes perturbations sur les marchés, liées aux inquiétudes face au ralentissement de l'économie chinoise, et l'absence d'inflation aux Etats-Unis.

Lawrence Summers, fortement pressenti en 2013 pour la présidence de la Fed avant que Janet Yellen ne soit nommée, a dit à Reuters la semaine dernière qu'il s'était permis d'intervenir publiquement dans le débat parce qu'il avait le sentiment que le statu quo s'imposait de manière "inhabituellement claire."

Pour justifier son inaction, Janet Yellen a évoqué l'évolution récente de la situation économique internationale, la volatilité des marchés financiers et la faiblesse de l'inflation aux Etats-Unis, incitant certains investisseurs à repousser à l'an prochain la probabilité d'une hausse de taux.

James Bullard a pour sa part souligné qu'il y avait de très bonnes raisons de commencer à normaliser la politique monétaire américaine, après quasiment sept ans de coûts d'emprunt presque nuls, compte tenu de l'amélioration du marché du travail et d'une inflation faible, mais stable. Il s'attend à voir le taux de chômage tomber à 4,5% contre 5,1% en août.

Il y a "une probabilité" que la Fed relève ses taux à sa réunion d'octobre, a-t-il dit, ajoutant qu'il était temps d'abandonner les mesures "d'urgence" en matière de politique monétaire.

Le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale ont aussi appelé la Fed à la retenue la semaine dernière. (Jonathan Spicer, Juliette Rouillon pour le service français, édité par Bertrand Boucey)