La dévaluation du yuan menace d'abord les émergents et les USA

mardi 11 août 2015 18h53
 

par Jamie McGeever

LONDRES, 11 août (Reuters) - La dévaluation surprise du yuan chinois mardi pourrait bien marquer le début d'une nouvelle phase critique de la guerre mondiale des monnaies en déclenchant une série de dévaluations compétitives, ce qui pourrait inciter les banques centrales à retarder ou à ralentir la remontée des taux d'intérêt.

La "guerre des monnaies", une expression lancée en 2010 par le ministre des Finances brésilien de l'époque, Guido Mantega, pour décrire le recours implicite ou assumé de certains pays aux taux de change pour doper leurs exportations et améliorer leur compétitivité, s'est intensifiée ces dernières années.

Les taux d'intérêt étant nuls, voire négatifs, dans de nombreux pays développés, le recours à la planche à billets s'est accru et les taux de change sont devenus l'une des dernières armes à la disposition des autorités pour stimuler l'activité et, dans certains cas, éviter la déflation.

La décision de la Banque centrale européenne (BCE) de recourir à l'assouplissement quantitatif ("quantitative easing", QE) -- l'achat massif de titres sur les marchés financiers -- en mars dernier a ainsi été perçue comme un moyen de faire baisser l'euro, alors jugé surévalué, et de prévenir une spirale déflationniste dans plusieurs pays de la région.

De même, la politique de QE de la Banque du Japon visait entre autres à faire baisser le yen.

Dans ce contexte, le lien étroit entre le yuan chinois et un dollar américain orienté à la hausse a eu pour effet une appréciation de plus de 10% de la devise chinoise en données pondérées des échanges depuis un an, en dépit du ralentissement de l'économie et de la baisse des exportations.

La dévaluation de près de 2% annoncée mardi par Pékin suggère que les autorités chinoises ont décidé de mettre fin à ce mouvement d'appréciation, au risque de déclencher une nouvelle vague d'initiatives comparables dans d'autres pays asiatiques.

La Banque populaire de Chine a présenté sa décision comme une "dépréciation exceptionnelle" justifiée par sa volonté de favoriser la libéralisation du marché.   Suite...