July 19, 2015 / 1:40 PM / 2 years ago

LEAD 2-France-Hollande veut créer une "avant-garde" de la zone euro

6 MINUTES DE LECTURE

* Le chef de l'Etat prône un renforcement de la zone euro

* Des propositions concrètes dans les "prochaines semaines"

* Critiques de l'opposition (Actualisé avec nouvelles déclarations Valls, Sarkozy, Le Pen)

PARIS, 19 juillet (Reuters) - La France est prête à participer à une organisation renforcée de la zone euro et à constituer une "avant-garde" avec les pays qui le souhaiteront, déclare François Hollande, jugeant le renforcement de l'Union européenne indispensable pour regagner la confiance des peuples séduits par les eurosceptiques.

"La zone euro a su cette semaine réaffirmer sa cohésion avec la Grèce (...) mais nous ne pouvons en rester là", écrit le chef de l'Etat dans une tribune publiée dans le Journal du Dimanche à l'occasion des 90 ans, lundi, de l'ancien président de la Commission européenne Jacques Delors.

"J'ai proposé de reprendre l'idée de Jacques Delors du gouvernement de la zone euro et d'y ajouter un budget spécifique ainsi qu'un Parlement pour en assurer le contrôle démocratique", poursuit François Hollande.

"Partager une monnaie (...) c'est un choix que 19 pays ont fait parce que c'était leur intérêt. Ce choix appelle une organisation renforcée et avec les pays qui en décideront, une avant-garde. La France y est prête".

Il est temps, écrit-il, pour l'UE de convaincre de sa capacité à être la meilleure organisation politique pour répondre aux crises économiques, écologiques et sécuritaires dans les années à venir et, pour ce faire, être plus politique et moins réglementaire.

"L'Union ne peut se réduire à des règles, des mécanismes ou des disciplines", souligne François Hollande, qui a dû demander pour la France un délai pour ramener le déficit à 3% du PIB d'ici 2017 au lieu de 2015.

"Elle doit convaincre les peuples que, si elle a été capable de préserver la paix, elle est aujourd'hui la meilleure invention pour protéger les valeurs et les principes qui fondent notre culture commune, ce que l'on appelle notre mode de vie et qui est aussi notre modèle social."

Surplace Impossible

A l'heure où l'UE est accusée d'imposer l'austérité à certains pays pour les faire entrer dans les clous du pacte de stabilité, François Hollande estime que seule une plus grande intégration permettra de progresser.

Il reprend à cette fin sa proposition d'un gouvernement de la zone euro, formulée dès le mois de mai avec la chancelière allemande Angela Merkel. Il souhaite également la mise en place d'un budget de la zone euro et d'un parlement ad hoc, évoquée mardi lors de son interview télévisée pour le 14-Juillet. (voir )

"Avec Jacques Delors, l'Europe s'est élargie, mais il nous avait mis en garde en proposant un approfondissement avec des intégrations différenciées. Écoutons-le. Les circonstances nous conduisent à accélérer", écrit le chef de l'Etat, moins d'une semaine après l'accord arraché sur un plan de sauvetage de la Grèce.

Dans un rapport récent, les présidents des institutions européennes plaident eux aussi pour une intégration plus avant des pays de la zone euro.

Lors d'un déplacement à Avignon (Vaucluse) dimanche, Manuel Valls a annoncé que des initiatives seraient prises "dans les semaines qui viennent" et que des propositions concrètes seraient émises à partir des pistes tracées par le chef de l'Etat.

"L'idée qu'il y ait une avant-garde dans laquelle la France, l'Allemagne, l'Italie, les pays fondateurs s'engagent pleinement, oui je crois que c'est important", a dit le Premier ministre à la presse.

"Chacun a bien compris qu'on ne pouvait plus faire du surplace, qu'il fallait avancer", a-t-il ajouté. "Nous sommes en train de sortir progressivement, même si c'est difficile, de la crise grecque mais il faut en tirer les leçons et aller beaucoup plus loin, nous avons besoin de plus d'Europe si nous ne voulons pas que les populismes s'imposent."

Critiques

Dans les rangs de l'opposition, la proposition de François Hollande a été battue en brèche.

"L'euro est un échec, ainsi que l'a encore démontré l'affaire grecque, faisons donc encore plus d'euro, voilà le raisonnement de François Hollande", a réagi la présidente du FN, Marine Le Pen. "François Hollande comme ses complices de l'euro a-t-il si peu de considération pour la France pour être à ce point incapable de l'imaginer autrement qu'entravée, contrainte, fondue dans un espace supranational?"

"En son temps l'URSS avait connu le même développement : si elle ne fonctionnait pas c'était parce qu'il n'y en avait pas encore assez ! On sait où ce fanatisme conduit", a-t-elle ajouté dans un communiqué.

Chez Les Républicains, l'ancien chef de l'Etat et président de parti Nicolas Sarkozy a émis des doutes sur l'utilité de la création de nouvelles instances.

"Je ne crois pas qu'on ait besoin d'un parlement de plus, on a besoin de coordonner les politiques économiques pour être beaucoup plus forts, on a besoin d'une politique économique française qui ne soit pas en contradiction avec la politique économique de tous les autres pays de la zone euro", a-t-il dit à la presse lors d'un déplacement à Nice. "En fait on a moins besoin de discours que d'actes".

L'ex-Premier ministre Jean-Pierre Raffarin a quant à lui souligné sur Twitter que la proposition du chef de l'Etat était "refusée par nos partenaires". (Gregory Blachier et Marine Pennetier)

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