27 juin 2015 / 12:40 / il y a 2 ans

LEAD 3-France-L'auteur présumé de l'attentat d'Isère commence à parler

* Un suspect connu pour ses liens avec le salafisme

* Il s‘était photographié avec la tête de sa victime

* Sécurité renforcée autour des sites sensibles (Avec derniers éléments de l‘enquête)

PARIS, 27 juin (Reuters) - L‘homme accusé d‘avoir tenté de faire sauter une usine de produits chimiques et de gaz à Saint-Quentin Fallavier (Isère) a rompu le mutisme qu‘il observait depuis le début de sa garde à vue, a-t-on appris samedi soir de source proche de l‘enquête.

Identifié sous le nom de Yassin Salhi, ce chauffeur-livreur de 35 ans a jeté vendredi matin une camionnette de livraison sur des bonbonnes de gaz après avoir décapité son propre patron. Il a été neutralisé par un pompier.

Selon une source proche de l‘enquête, l‘examen de son portable a révélé qu‘il s‘était photographié avec la tête de sa victime, Hervé Cornara, 54 ans, et avait envoyé ce “selfie” avec la messagerie instantanée WhatsApp à un numéro de téléphone de type nord-américain, qui pourrait n‘être qu‘un numéro relais.

On ignore à ce stade à qui était adressée la photo. C‘est une des nombreuses questions que se posent les enquêteurs. Il se demandent notamment si Yassin Salhi n‘a pas décapité son patron après l‘avoir tué. L‘autopsie n‘a pas encore permis de l‘établir mais a montré en revanche des traces de strangulation.

Les enquêteurs n‘ont par ailleurs toujours pas trouvé où Hervé Cornara avait été tué, dit-on de même source.

C‘est la première tentative effective d‘attaque directe contre un site classé Seveso, c‘est-à-dire fabriquant ou stockant des produits potentiellement dangereux et nécessitant des mesures de sûreté et de sécurité particulières.

A l‘issue d‘un conseil restreint réuni pour la deuxième fois en deux jours par le chef de l‘Etat, François Hollande, le ministre de l‘Intérieur a annoncé samedi un renforcement de la surveillance de ce type d‘établissements, au nombre de 1.292 en France, selon la liste du ministère de l‘Ecologie.

“Nous avons mis en place des gardes dynamiques autour des sites Seveso et, en lien avec les industriels, rappelé les règles qui s‘appliquent en la matière pour assurer la prévention de risques concernant ces sites”, a dit Bernard Cazeneuve.

QUESTIONS

En garde à vue à l‘hôtel de police de Lyon, Yassin Salhi est interrogé par des agents de la sous-direction anti-terroriste et de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). “Il commence à parler”, dit-on de source proche de l‘enquête.

Le suspect a des liens avec la mouvance salafiste et avait été fiché en 2006 pour radicalisation.

Selon la même source, les policiers ont saisi chez ce père de trois enfants, à Saint-Priest, près de Lyon, ordinateur, tablette et téléphone portable.

Mais ils n‘ont trouvé ni explosifs, ni armes -- en dehors de deux couteaux, dont un retrouvé à l‘usine, et d‘un pistolet factice -- ni matériel de propagande radicale. Ils n‘ont pas non plus trouvé d‘éléments permettant d‘impliquer des complices ou d‘établir jusqu‘à quel point il avait préparé son acte.

“On ne sait pas si c‘est un fondamentaliste qui a pété les plombs ou si on est face à un véritable terroriste”, confie une source proche de l‘enquête. “Les enquêteurs se demandent si ce n‘est pas juste un processus criminel.”

Ils manquent aussi d‘éléments montrant que les absences de Yassin Salhi correspondent à des voyages à l‘étranger.

Une de ses anciennes voisines, quand il habitait Besançon, dans le Doubs, a raconté au Parisien Dimanche que cet homme jusque-là affable avait changé de comportement après une absence de plusieurs mois en 2012 et recevait régulièrement en 2013 des hommes “au crâne rasé et porteurs d‘une petite barbe”.

Cette femme dit avoir alors alerté la gendarmerie.

La soeur et l‘épouse de Yassin Salhi, également en garde à vue, expriment pour leur part la même stupéfaction et la même incrédulité qu‘après l‘annonce de son arrestation, ajoute-t-on.

Leur garde à vue a été prolongée de 24 heures.

D‘autres proches ont été entendus mais sans garde à vue, dont son frère et sa mère. (Nicolas Bertin, édité par Emmanuel Jarry)

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