22 juin 2015 / 04:06 / dans 2 ans

CHRONOLOGIE de la crise de la dette grecque

ATHENES, 22 juin (Reuters) - Un sommet extraordinaire des dirigeants de la zone euro est programmé lundi soir à Bruxelles, précédé d‘une nouvelle réunion des ministres des Finances de l‘Eurogroupe à la mi-journée, pour tenter de trouver une issue à la crise de la dette grecque.

Le compte à rebours est enclenché: la Grèce doit rembourser 1,6 milliard d‘euros au Fonds monétaire international (FMI) le 30 juin.

Si elle ne parvient pas à s‘entendre d‘ici là avec ses créanciers sur un accord “argent frais contre réformes”, elle sera incapable de procéder à ce remboursement et se retrouvera en défaut de paiement, une situation inédite pour un pays de la zone euro et qui pourrait aboutir à un “Grexit”.

Retour sur les principaux développements de la crise, déclenchée fin 2009.

* 2009

Le 4 octobre, sur fond de récession économique, les socialistes du Pasok remportent la majorité absolue au parlement lors des élections législatives. Ils délogent les conservateurs de Nouvelle Démocratie, au pouvoir depuis 2004.

Le nouveau gouvernement de George Papandréou annonce une dizaine de jours plus tard que le déficit budgétaire atteint 12,7% du PIB, soit trois fois plus que dans les statistiques officielles, et que la dette grecque représente 127% du PIB.

Les rendements des obligations grecques (les taux d‘intérêt auxquels l‘Etat se finance sur les marchés obligataires) explosent.

* 2010

14 janvier: Le gouvernement Papandréou dévoile un programme de réduction des dépenses (gel des salaires et des retraites des fonctionnaires, réduction des primes dans la fonction publique), et d‘augmentation de la fiscalité (relèvement de la TVA et des taxes sur l‘essence, le tabac et l‘alcool) visant à ramener le déficit budgétaire à 2,8% en 2012.

27 avril: L‘agence Standard & Poor’s abaisse la note de la dette grecque en catégorie spéculative.

2 mai: Un accord est conclu entre le gouvernement Papandréou, l‘Union européenne (UE) et le Fonds monétaire international (FMI) sur un premier plan de sauvetage de 110 milliards d‘euros en contrepartie de nouvelles mesures d‘austérité.

Le versement de cette aide financière est programmé par tranches sur trois ans. Une “troïka” représentant la Commission européenne, le FMI et la Banque centrale européenne (BCE) supervise la mise en oeuvre du programme de réformes dont dépend le versement des tranches d‘aide.

10 mai: Création d‘un Fonds européen de stabilité financière (FESF) pour venir en aide aux pays éventuellement menacés de ne pouvoir se financer sur les marchés.

* 2011

Le 13 juin, Standard & Poor’s dégrade encore la note de la Grèce, la rabaissant au plus bas niveau possible. L‘agence de notation considère que le pays se dirige désormais vers une situation de défaut de paiement.

21 juillet: Les dirigeants de la zone euro se mettent d‘accord sur la nécessité d‘un deuxième plan d‘aide à la Grèce.

2 octobre: Le projet de budget préparé par le gouvernement montre que la Grèce n‘atteindra pas l‘objectif de déficit budgétaire fixé quelques mois plus tôt. Ce projet prédit un déficit de 8,5% du PIB en 2011 contre un objectif de 7,6%.

La contestation sociale monte en Grèce. Le 21 octobre, alors que le gouvernement adopte un nouvel ensemble de mesures d‘austérité, une grève paralyse le pays et plus de 100.000 personnes manifestent à travers le pays. Des violences éclatent. On compte plus de 70 blessés.

31 octobre: Sans consulter ses partenaires européens, George Papandréou annonce la tenue d‘un référendum en Grèce sur le plan d‘austérité et l‘aide financière internationale.

A Cannes, où le G20 est réuni, le président français, Nicolas Sarkozy, et la chancelière allemande, Angela Merkel, le convoquent le 2 novembre et le préviennent que la Grèce ne recevra pas un centime de plus si elle ne met pas en oeuvre les mesures d‘austérité prévues par le plan. L‘hypothèse d‘une sortie de la Grèce de la zone euro n‘est plus un tabou.

Le 5 novembre, le projet de référendum, qui provoque aussi une crise politique intérieure en Grèce, est abandonné.

George Papandréou démissionne le 9 novembre. Un gouvernement de transition formé en coalition avec l‘opposition conservatrice, menée par Antonis Samaras, lui succède. Il est dirigé par Lucas Papademos, ancien vice-président de la Banque centrale européenne, chargé de négocier le second plan d‘aide avant un retour aux urnes.

* 2012-2014

12 mars 2012 - Un deuxième plan d‘aide internationale est élaboré sur la base d‘un montant de 130 milliards d‘euros, dont le versement doit être étalé jusqu‘à la fin 2014. Les fonds proviennent du FMI et du Fonds européen de stabilité financière (FESF). Le plan s‘accompagne d‘une restructuration de la dette détenue par des créanciers privés, qui renoncent à la moitié de leurs créances.

6 mai 2012 - A l‘issue des élections législatives anticipées, le Parlement est ingouvernable faute de majorité. De nouvelles élections se déroulent le 17 juin, remportées de justesse par Nouvelle Démocratie, le parti d‘Antonis Samaras, qui devient Premier ministre, avec le soutien des socialistes du Pasok et des élus de la Gauche démocratique (Dimar).

En octobre 2012, l‘Union européenne donne officiellement le jour au Mécanisme européen de stabilité (MES). Ce remplaçant définitif du FESF, doté de 500 milliards de capitaux, est censé intervenir en cas de crise financière grave dans l‘un des pays de l‘UE, afin de prévenir les risques de contagion.

Juin 2013 - La décision prise par Antonis Samaras de fermer la radiotélévision publique ERT provoque le départ de ses alliés du Dimar, signant la fin d‘une coalition déjà fragilisée.

En 2014, une embellie se profile: la Grèce renoue avec la croissance, son budget dégage de nouveau un excédent primaire (solde budgétaire avant service de la dette) et le Trésor parvient à lever sans difficulté trois milliards d‘euros sur le marché obligataire.

Mais Antonis Samaras ne parvient pas à finaliser le programme de contrepartie à l‘aide internationale.

Fin décembre, son incapacité, malgré trois tours de scrutin, à faire élire un président de la République, provoque mécaniquement de nouvelles élections législatives anticipées.

* 2015

Le 25 janvier, le parti de la gauche radicale Syriza remporte les élections législatives anticipées. “La Grèce laisse derrière elle une austérité catastrophique, elle laisse derrière elle la peur et l‘autoritarisme, elle laisse derrière elle cinq années d‘humiliation et d‘angoisse”, proclame son chef de file, Alexis Tsipras, à ses partisans.

Son gouvernement de coalition, formé avec les souverainistes de droite du Parti des Grecs indépendants (Anel), annonce un gel du programme de privatisations. Alexis Tsipras et son ministre des Finances, Yanis Varoufakis, un économiste qui détonne dans les cercles financiers, font le tour des capitales européennes pour exposer leur projet: négocier un allègement de la dette grecque pour parvenir à un accord viable et “mutuellement bénéfique” avec les créanciers d‘Athènes.

Le 20 février, les ministres des Finances de l‘Eurogroupe, réunis pour la troisième fois en moins de deux semaines, s‘accordent sur une extension de quatre mois du plan d‘aide international à la Grèce, qui expirait théoriquement fin février.

Le déblocage de la dernière tranche d‘aide, de 7,2 milliards d‘euros, est toutefois conditionné à une liste de réformes que le gouvernement grec s‘engage à présenter dans les plus brefs délais.

Mais les négociations entre Athènes et ses créanciers sur le détail des mesures bloquent. Le relèvement de la TVA, la réforme des retraites et celle du marché du travail, les objectifs d‘excédent primaire, la volonté grecque d‘obtenir une restructuration de sa dette publique (refinancements à des taux plus avantageux, allongement des maturités voire effacement d‘une partie du principal) sont autant de points de divergence.

La Grèce parvient à s‘acquitter de plusieurs remboursements au FMI mais elle impose à celui-ci de regrouper toutes les échéances de juin, d‘un montant total de 1,6 milliard d‘euros, à la fin du mois.

En l‘absence des 7,2 milliards d‘euros d‘aides internationales suspendues, la situation est tendue dans un pays dont les caisses se vident sous l‘effet de mauvaises rentrées fiscales et qui ne peut se financer sur les marchés.

Au fil des jours, le ton ne cesse de monter entre les négociateurs. La réunion mensuelle de l‘Eurogroupe du 18 juin se solde par un nouveau constat d‘échec. L‘UE convoque alors les réunions d‘urgence du 22 juin. Et le scénario d‘un “Grexit”, une sortie de la Grèce de la zone euro, voire de l‘Union européenne, est de plus en plus ouvertement évoqué. (Bureau d‘Athènes et David Cutler à Londres; Bertrand Boucey, Jean-Stéphane Brosse et Henri-Pierre André pour le service français, édité par Marc Angrand)

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