RPT-Wall Street dans le flou sur les valorisations et les taux

lundi 8 juin 2015 06h00
 

(Répétition sans changement d'une dépêche diffusée dimanche)
    par Noel Randewich et Ryan Vlastelica
    SAN FRANCISCO/NEW YORK, 8 juin (Reuters) - Wall Street se
prépare à une nouvelle semaine dans le flou, les spéculations
sur le moment que choisira la Réserve fédérale pour relever ses
taux venant s'ajouter aux inquiétudes sur les niveaux de
valorisation.
    Depuis ses derniers records il y a deux semaines, le marché
boursier américain se cherche une direction. Vendredi, la
publication de chiffres de l'emploi meilleurs que prévu a fait
baisser les indices Dow Jones et Standard & Poor's
, les investisseurs en déduisant que la Fed pourrait
amorcer dès avant la fin de l'été son cycle de hausse des taux. 
    Le Dow a cédé 0,31% et le S&P-500 0,14%, portant leurs
reculs respectifs à 0,90% et 0,69% sur la semaine.
 
    La dernière enquête de l'Association américaine des
investisseurs individuels (AAII, American Association of
Individual Investors) illustre bien le manque d'orientation des
investisseurs. Interrogés sur leur sentiment pour les
perspectives du marché à un horizon de six mois, 48% des
investisseurs particuliers interrogés ont une opinion neutre,
27% ont une opinion positive et 25% une opinion négative. 
    La proportion d'avis positifs est inférieure à 30% depuis
maintenant cinq semaines, une série sans précédent depuis 2003,
alors que les avis neutres ont dépassé les 45% depuis neuf
semaines maintenant, du jamais vu depuis 28 ans qu'existe
l'enquête.
    
    LES APPELS DE MARGE INQUIÈTENT
    Un motif d'inquiétude est l'augmentation régulière des
investisseurs qui empruntent pour acheter des actions. Les
appels de marge ont atteint un montant record de 507 milliards
de dollars (456 millions d'euros) à la mi-avril, selon les
dernières données disponibles du New York Stock Exchange,
évoluant alors de pair avec la hausse du S&P-500.
    "Il y a trop de complaisance, à un niveau qui me rend
nerveux", confie Leo Grohowski, directeur des investissements
chez BNY Mellon Wealth Management à New York. "Les intervenants
de marché ne semblent pas prêts à affronter une volatilité
accrue, qui est souvent le corollaire de niveaux élevés d'appels
de marge."
    Des niveaux élevés de dette de marge ne signifient pas
forcément qu'un courant vendeur se prépare, mais ils le rendent
d'autant plus violent s'il se déclenche car les investisseurs
cherchent alors à couper leurs pertes en vendant au plus vite
puisque l'effet de levier joue contre eux.
    "Les appels de marge sont souvent à des niveaux records
quand les marchés atteignent un pic, mais c'est aussi souvent le
cas dans les mois et les années qui mènent à ces pics", tempère
Paul Hickey de Bespoke Investment Group.
    La volatilité accrue pourrait rapidement entraîner une
détérioration du sentiment de marché, qui serait alors amplifiée
par le niveau des appels de marge, estiment les professionnels.
Le marché est confiné dans un corridor depuis plusieurs semaines
mais une sortie par le bas pourrait être brutale,
avertissent-ils.
    Les 280.000 créations d'emplois annoncées pour mai, un
chiffre bien meilleur que prévu et qui est au plus haut depuis
décembre, ont relancé la perspective de voir la Réserve fédérale
relever ses taux d'intérêt en septembre.
  
    "Le marché est drogué aux liquidités de la Fed, et ces
chiffres lui donnent des munitions pour commencer à relever ses
taux en septembre. Logiquement, cela devrait faire baisser le
marché", reconnaît Mark Luschini, en charge des investissements
chez Janney Montgomery Scott à Philadelphie.

 (Véronique Tison pour le service français)