4 juin 2015 / 10:33 / dans 2 ans

En Grèce, les négociations sur la dette divisent Syriza

par Karolina Tagaris et Deepa Babington

ATHENES, 4 juin (Reuters) - Une partie des députés de Syriza, le parti du Premier ministre grec, Alexis Tsipras, a réagi avec colère jeudi aux propositions soumises par Athènes aux créanciers internationaux du pays, l‘un des dirigeants du mouvement allant jusqu‘à parler de projet “meurtrier”.

Cette réaction fait craindre à certains une révolte au sein du parti, qui pourrait conduire Alexis Tsipras à convoquer des élections anticipées pour tenter de surmonter les divisions et de faire accepter un compromis avec Bruxelles et le Fonds monétaire international (FMI).

Le chef du gouvernement s‘est entretenu mercredi soir à Bruxelles avec le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et a estimé à l‘issue de cet entretien qu‘un accord était “proche”.

Le commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici, a déclaré jeudi qu‘un accord était “possible” mais qu‘il restait “du chemin à faire”.

Tous les détails du projet élaboré par la Commission européenne et le FMI n‘ont pas été rendus publics mais ceux qui ont filtré suffisent pour conclure que le Premier ministre aurait du mal à faire accepter un compromis par son parti.

Avgi, le quotidien de Syriza, titre son édition de jeudi: “Une poursuite de l‘austérité ? Non merci!”.

“(Juncker) a fait le sale boulot et assumé le projet le plus vulgaire, le plus meurtrier, le plus dur alors que tout le monde espérait que l‘on se rapprochait d‘un accord”, a dit Alexis Mitropoulos, député et dirigeant de Syriza, à la chaîne de télévision Mega TV.

Les députés Syriza dénoncent entre autres la proposition de supprimer un avantage dont bénéficient les petites retraites et le projet de réforme de la TVA, qui aurait pour effet d‘augmenter de 10 points le taux appliqué aux factures d‘électricité.

De telles mesures sont jugées inacceptables par Syriza, qui a remporté les législatives du 25 janvier en promettant de mettre fin à l‘austérité.

SYRIZA REFUSE UNE “REDDITION TOTALE” AUX CRÉANCIERS

Depuis plusieurs semaines, l‘aile gauche du parti exprime de plus en plus ouvertement son désaccord avec la tournure des négociations sur la dette et les réformes.

Elle a tenté le mois dernier de faire adopter une motion prévoyant l‘arrêt des remboursements au FMI et si le texte a été rejeté par le comité central du mouvement, ce n‘est qu‘à une courte majorité, de 95 voix contre 75.

“Ce qui semble avoir été discuté et proposé par M. Juncker lors de sa rencontre avec le Premier ministre grec est en deçà de (nos) attentes, en tout point”, a dit à la télévision grecque le ministre délégué au Transport maritime Thodoris Dritsas. “Si les informations de presse sont confirmées, il est évident que nous ne pourrons pas les accepter.”

“Si nos créanciers veulent une reddition totale, ils ne l‘obtiendront pas”, a ajouté ce farouche opposant aux privatisations.

De son côté, le ministre des Finances, Yanis Varoufakis, interrogé par une radio sur le paiement de 300 millions d‘euros au FMI attendu vendredi, a simplement répondu que “l‘Etat grec s‘efforce toujours de rembourser tous ses créanciers”.

Il a ajouté être “fermement opposé” à la privatisation de la première compagnie d‘électricité du pays, PPC, un projet suspendu par le gouvernement en janvier. Mais il a exclu la tenue d‘élections anticipées, assurant que “le peuple a confié à notre gouvernement un mandat clair”.

Les doutes sur la situation financière du pays poussent depuis plusieurs mois les Grecs à augmenter leurs retraits des banques, de peur de mesures de contrôle des capitaux, et plombent l‘activité économique: le pays est retombé en récession au premier trimestre et le taux de chômage reste supérieur à 25%.

Pour Dimitris Papadimoulis, député européen Syriza, un accord intégrant des concessions de la part des créanciers serait néanmoins sans doute approuvé par le Parlement.

“Je ne vois pas un membre haut placé de Syriza tirer le tapis sous les pieds de Tsipras”, a-t-il dit à la télévision.

Marc Angrand pour le service français

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