France-Les producteurs de colza inquiets des projets de Total

vendredi 17 avril 2015 17h01
 

PARIS, 17 avril (Reuters) - Les producteurs de colza s'inquiètent des projets de Total, qui prévoit de reconvertir la raffinerie déficitaire de La Mède, près de Marseille, en unité de production de biocarburants, première de son genre en France.

Selon la fédération des producteurs d'oléagineux et de protéagineux (FOP), la future usine utilisera surtout des huiles végétales recyclées et de l'huile de palme importée, ce qui réduira d'autant la demande de colza français.

La production française de tourteaux de colza, sous-produit de la production de biodiesel servant à l'alimentation animale, sera aussi affectée et les éleveurs français n'auront d'autre choix que d'importer 500.000 tonnes de soja génétiquement modifié américain, estime-t-elle.

Selon le vice-président de la FOP, Arnaud Rousseau, cela réduira de plus d'un quart la production de colza et menacera une filière qui représente près de 20.000 emplois en France et contribue à hauteur de deux milliards d'euros au PIB national.

Il estime que les surfaces cultivées en colza seront réduites de 25%, soit quelque 400.000 hectares, ce qui se traduira aussi, selon lui, par des pertes d'emplois.

"On ne parle pas de petite virgule, c'est quelque chose qui va changer globalement le paysage agricole français", a-t-il dit à Reuters. "Si on réduit la production de colza de l'ordre de 25%, il y aura forcément des conséquences industrielles."

"Pour régler le problème d'emploi de Total, on va juste déplacer la question et créer un problème agricole", a ajouté Arnaud Rousseau, qui demande au gouvernement d'intervenir.

Il estime en effet, qu'il y a là de quoi accroître les tensions chez des agriculteurs confrontés à la mise en oeuvre de la nouvelle politique agricole commune européenne.

L'industrie des biocarburants est déjà sous le coup de la décision de l'UE de réduire l'utilisation des carburants à base de produits agricoles dans le secteur des transports.

L'Union européenne justifie cette mesure par la volonté d'enrayer la réduction des surfaces consacrées aux cultures vivrières, la volatilité des prix agroalimentaires qui en découle et les impacts sur l'environnement.

Le groupe Avril, le plus grand producteur européen de biocarburants, qui contrôle 1,6 des 2,1 millions de tonnes produites annuellement en France, a déjà dû fermer deux sites de production fin 2013. (Sybille de La Hamaide, avec Michel Rose, édité par Emmanuel Jarry)