ENCADRE-La Chine ne sait plus quoi faire de ses éléphants blancs

mercredi 15 avril 2015 09h53
 

par Brenda Goh

ÎLE DE DACHANGSHAN, Chine, 15 avril (Reuters) - L'aéroport Changhai sur l'île de Dachangshan est flambant neuf mais désert: ni avions, ni passagers, à peine quelques employés et responsables qui essayent de tuer le temps.

Lors de sa réouverture officielle en 2008 après six millions de dollars de travaux de rénovation, les autorités avaient annoncé qu'il accueillerait 78.000 visiteurs par an en 2015 avec le développement attendu du tourisme sur cette île d'à peine plus de 30.000 habitants, située au large de la côte nord-est de la Chine, dans le Liaoning.

En 2013, moins de 4.000 passagers ont franchi ses portes d'embarquement, montrent les données de l'autorité chinoise de l'aviation civile.

Depuis février 2014, Pékin a approuvé l'équivalent de 1.800 milliards de yuans (270 milliards d'euros) de nouveaux projets d'infrastructures pour contrecarrer le ralentissement de l'économie.

Si cette manne a profité aux entreprises chargées de construire aéroports, routes et autres stades, elle laisse les provinces chinoises plombées par quelques 3.000 milliards de yuans de dettes. Et celles qui se sont montrées les plus exubérantes doivent assumer l'affaiblissement de leur économie et l'hypertrophie du secteur de la construction.

La province du Liaoning a connu l'un des taux de croissance les plus faibles du pays l'année dernière, à 5,8% seulement, bien inférieure à son objectif de 9%.

"Il faut des discussions sérieuses sur la rationalité économique des grands projets de génie civil. Avons-bous besoin de toutes ces lignes à grande vitesse, de tous ces aéroports ?", s'interroge Lu Dadao, chercheur à l'Académie des sciences chinoise.

En novembre, Xu Ce, fonctionnaire de la Commission nationale du développement et de la réforme et Wang Yuan, un économiste de l'Académie de recherche macroéconomique, ont estimé que la Chine avait gaspillé environ 42.000 milliards de yuans (6.450 milliards d'euros) en "investissements inefficaces" entre 2009 et 2014.   Suite...