11 février 2015 / 18:04 / il y a 3 ans

USA-L'emploi tarde à accélérer l'inflation, la Fed moins pressée

par Ann Saphir et Howard Schneider

SAN FRANCISCO/WASHINGTON, 11 février (Reuters) - Les représentants de la Réserve fédérale débattent d'un changement de leur appréciation du marché de l'emploi qui pourrait les conduire à ralentir le rythme de la hausse des taux, à défaut de modifier le calendrier de leur premier relèvement.

Il ressort d'entretiens avec une demi-douzaine de représentants et d'économistes de la Fed que l'idée selon laquelle l'économie américaine peut atteindre des niveaux de chômage plus faibles sans forte accélération de l'inflation fait son chemin dans les modèles de la banque centrale mais aussi dans les esprits des responsables de la politique monétaire.

Ce changement ne va pas nécessairement modifier le calendrier de la première hausse de taux, toujours attendu à la mi-année. Mais il constitue un excellent motif pour que la présidente de la Fed, Janet Yellen, tempère le rythme des durcissements monétaires ultérieurs afin de ramener dans l'emploi le plus grand nombre de gens possible tout en rapprochant l'inflation de l'objectif de la Fed de 2% l'an.

Les projections de décembre de la Fed montrent que la plupart de ses responsables monétaires s'attendent à ce que le principal taux directeur atteigne voire dépasse 2,5% à l'horizon de la fin 2016 contre la fourchette de 0% à 0,25% en vigueur depuis six ans, qui marque un plus bas historique.

Jerome Powell, l'un des gouverneurs de la Fed, est le dernier responsable monétaire en date à avoir suggéré que le taux de chômage "naturel", correspondant au taux de chômage compatible avec l'objectif d'inflation de la Fed, avait baissé.

"Le taux naturel est peut-être plus bas (...) C'est à dire qu'il est de 5% voire même plus faible", a-t-il déclaré lundi.

Les niveaux évoqués sont sensiblement inférieurs au taux de chômage actuel de 5,7% et même à la fourchette de 5,2% à 5,5% dont des représentants de la Fed ont récemment estimé qu'elle constituerait une zone dans laquelle l'inflation serait susceptible d'augmenter.

OÙ EST LE PLEIN EMPLOI ?

Pour le président de la Fed d'Atlanta, Dennis Lockhart, la question du véritable niveau de plein emploi ne se posera vraiment que lorsque la Fed devra décider de permettre au taux de chômage de dériver vers des niveaux inhabituellement bas pour stimuler l'inflation, qui peine pour l'instant à se rapprocher de l'objectif.

"Je suis assez ouvert à l'idée que le but que nous cherchons à atteindre est plus bas que nous ne l'avons dit dans le passé", a-t-il déclaré la semaine dernière.

Les présidents de la Fed de Boston et de celle de Minneapolis ont aussi dit envisager de revoir leurs estimations à la baisse, comme l'ont déjà fait les équipes de plusieurs des Fed régionales.

Les responsables monétaires sont perplexes face à une économie qui accélère depuis des mois et continue de créer des emplois sans que cela n'enclenche une hausse des salaires et des prix qui viendrait consolider la reprise et justifierait de nouvelles étapes dans la normalisation de la politique monétaire.

Le sentiment est désormais de plus en plus partagé que le point à partir duquel le resserrement du marché du travail déclenche une hausse des salaires et des prix est plus éloigné qu'on ne le pensait auparavant.

La Fed n'a pas d'objectif officiel chiffré de plein emploi, défini généralement comme le taux de chômage compatible avec la stabilité des prix. Mais il est déterminant pour la Fed d'en avoir une estimation précise car son mandat lui impose de maintenir les conditions économiques qui permettent le niveau d'emploi maximum compatible avec la stabilité des prix.

INCERTITUDES

Depuis les années 1960, le taux de chômage "naturel" a été en moyenne de 6,3%, montrent les données publiés chaque trimestre par la Fed sur la base de son modèle économique de référence.

Depuis 2013, ses équipes ont toutefois revu ce taux à la baisse, le ramenant de 5,6% à 5,0% à la fin de l'année dernière, ce qui pourrait conduire les présidents des Fed régionales et les membres du conseil des gouverneurs à revoir leurs estimations trimestrielles, attendues le mois prochain.

Des travaux de recherche réalisés par plusieurs des Fed régionales, publiés ou non, estiment que ce taux pourrait être de 4,7% seulement, soit un point en dessous du niveau actuel du chômage.

Pour les responsables monétaires et leurs équipes, cela peut s'expliquer par plusieurs facteurs, de la baisse structurelle de la croissance au vieillissement en passant par la montée du temps partiel, qui freine la hausse des coûts salariaux tout en faisant baisser le chômage.

De nombreux économistes pensant aussi que les anticipations de faible inflation sont si profondément ancrées dans les esprits qu'elles nivellent les prix et les salaires.

Tous les responsables monétaires de la Fed n'ont toutefois pas changé d'avis. Le présidente de la Fed de Cleveland, Loretta Mester, a ainsi déclaré la semaine dernière qu'elle s'en tenait au chiffre de 5,5% de chômage.

Le président de la Fed de San Francisco, John Williams, considéré comme proche de Yellen dans ses analyses, a récemment estimé le taux de chômage naturel à 5,2% contre environ 6% il y a encore deux ans.

Mais il avait auparavant déconseillé de trop s'appuyer sur des estimations du taux de chômage naturel pour les décisions de politique monétaire, en raison des incertitudes qui les entourent. (Marc Joanny pour le service français, édité par Marc Angrand)

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