5 novembre 2013 / 13:17 / il y a 4 ans

En Chine, le calendrier des réformes à l'épreuve des faits

Alors que la Chine promet depuis une dizaine d'années de rééquilibrer son économie tout en la rendant plus respectueuse des impératifs sociaux et environnementaux, la réunion plénière du Comité central du PCC qui s'ouvre samedi pourrait donner quelques indices de la volonté de la nouvelle équipe dirigeante de réformer réellement le pays. /Photo prise le 18 octobrembre 2013/REUTERS

par Tomasz Janowski

PEKIN (Reuters) - Le message envoyé par Pékin ne saurait être plus clair: la Chine a besoin de rééquilibrer son économie tout en la rendant plus respectueuse des impératifs sociaux et environnementaux.

La promesse remonte à une dizaine d'années mais la Chine a conservé depuis la même trajectoire, celle d'une économie dopée aux investissements massifs et rapides qui l'ont propulsée au deuxième rang mondial, au prix d'une dette colossale et de capacités excédentaire et au péril de son environnement.

Alors que s'ouvre samedi une réunion plénière du comité central du Parti communiste chinois (PCC), le contexte et les promesses sont les mêmes qu'il y a dix ans, le régime promettant de privilégier un développement plus harmonieux.

La question que se posent les observateurs est celle de savoir si, cette fois, ces engagements sont sincères.

Signe encourageant, le président Xi Jinping et son Premier ministre, Li Keqiang, semblent disposés à accepter une modération de la croissance tout en réformant l'économie.

Après trois décennies de croissance à deux chiffres, l'économie chinoise est en passe d'enregistrer une hausse de 7,5% de son produit intérieur brut, la plus faible depuis la fin des années 1990.

Et mardi, Li Keqiang a précisé qu'une croissance de 7,2% était suffisante pour garantir la stabilité du marché de l'emploi, mettant en garde contre les risques d'un maintien prolongé de politiques trop accommodantes.

LA STABILITÉ PRIME SUR LA VITESSE

"Depuis les réformes de la fin des années 1970, les dirigeants ont tous, sans exception, dit que la croissance était la première priorité", rappelle Zhao Xijun, vice-président de l'Institut de la Finance et de la Bourse de l'université pékinoise de Renmin.

"Les nouveaux dirigeants ne disent pas qu'ils ne font pas attention à la croissance mais la nouvelle priorité, c'est la stabilité de la croissance plutôt qu'un taux de croissance élevé."

Cette nouvelle approche est devenue plus tangible depuis le début de l'année, lorsque les investisseurs ont commencé à s'inquiéter du ralentissement. Plutôt que d'opter pour des plans de relance de choc comme elle en avait autrefois l'habitude, la Chine a annoncé des mesures ciblée d'envergure plus réduite qu'à l'accoutumée.

Depuis des années déjà, les dirigeants chinois clament que le pays doit se libérer de sa dépendance aux investissements et aux exportations, pour privilégier les services et la consommation intérieure, à l'image des grandes puissances économiques occidentales.

La volonté de la nouvelle équipe dirigeante de réformer réellement le pays se mesurera à ses décisions, mais le Comité central du PCC pourrait déjà donner quelques indices.

Certaines de ses réunions servent de rampes de lancement aux réformes économiques majeures entreprises par Pékin, comme en 1994, lorsqu'il avait mis sur les rails l'adhésion du pays à l'Organisation mondiale du Commerce. Mais d'autres n'ont jamais produit les effets escomptés.

Par nature, les grandes déclarations qui y sont prononcées sont vagues, voire délibérément énigmatiques, mais les observateurs de la vie politique chinoise estiment que le ton adopté peut suffire à donner la mesure des ambitions de Pékin.

UNE STRATÉGIE PRUDENTE

"Par exemple, la réforme des entreprises à capitaux publics sera évoquée, mais ce sera sans doute dans des termes très généraux, semblables à deux qui ont déjà été employés", prévoit Haibin Zhu, chef économiste pour la Chine chez JPMorgan à Hon Kong.

"Mais dans certains domaines clés, comme la réforme budgétaire ou foncière, ils utiliseront un vocabulaire plus précis."

Personne ne s'attend vraiment à ce que Pékin abandonne sa mainmise sur les grands groupes publics qui dominent des secteurs allant de la finance à l'énergie, ou que le pouvoir tolère la faillite des plus fragiles d'entre eux.

L'attention des observateurs se portera donc sur d'autres parties de l'agenda: le budget, le foncier, la réforme de l'administration publique, les mécanismes de fixation des prix des matières premières, l'évolution du système de protection sociale ou encore l'ouverture de secteurs jusqu'à présent protégés à la concurrence du privé et aux investisseurs étrangers.

De l'avis général, personne ou presque ne souhaite voir Pékin rompre avec son approche traditionnelle.

"La Chine s'en est très bien sortie avec sa stratégie progressive, prudente et elle n'a pas besoin et ne doit pas s'aventurer sur le terrain périlleux de réformes spectaculaires", explique Markus Rodlauer, directeur adjoint de la division Asie-Pacifique du Fonds monétaire international (FMI) à Washington.

Avec Kevin Yao; Nicolas Delame pour le service français, édité par Marc Angrand

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