3 juillet 2013 / 09:39 / dans 4 ans

Le Medef veut 100 milliards de charges et d'impôts en moins

Le Medef a tourné mercredi la page Laurence Parisot en portant Pierre Gattaz à la présidence de la principale organisation patronale française. Le nouveau président du Medef a demandé mercredi au gouvernement de baisser de 100 milliards d'euros en cinq ans les charges et impôts pesant sur les entreprises dans le cadre d'un "pacte de confiance" pour ramener le chômage sous la barre des 7% en 2020. /Photo prise le 3 juillet 2013/REUTERS/Philippe Wojazer

par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Le nouveau président du Medef a demandé mercredi au gouvernement de baisser de 100 milliards d‘euros en cinq ans les charges et impôts pesant sur les entreprises dans le cadre d‘un “pacte de confiance” pour ramener le chômage sous la barre des 7% en 2020.

La principale organisation patronale française a tourné la page Laurence Parisot en portant Pierre Gattaz à sa tête, lors d‘une assemblée générale qui n‘était qu‘une formalité, après le ralliement de ses principaux adversaires.

Avec cet homme de 53 ans, le Medef, héritier du CNPF un temps dirigé par son père, Yvon Gattaz, renoue avec la tradition d‘un président venu de l‘industrie, après avoir vécu pendant huit ans sous la houlette d‘une patronne issue des services.

Après son élection, le PDG de la société d‘équipements électroniques Radiall, qui a obtenu 476 voix sur 501 votants, a exhorté le gouvernement à créer un environnement favorable aux entreprises françaises, qu‘il juge en danger.

“Notre pays ne comprend pas ses entreprises et ses entrepreneurs, notre pays ne les aime pas suffisamment”, a-t-il déploré, en s‘appuyant sur une anecdote personnelle.

“Ma plus jeune fille vient de passer son Bac. Son sujet de sciences économiques et sociales était : ‘Vous montrerez de quelle manière les conflits sociaux peuvent être des facteurs de cohésion sociale’” a-t-il expliqué à un auditoire acquis.

Il a imputé les 1.000 chômeurs supplémentaires enregistrés chaque jour en France depuis le début de l‘année aux “erreurs” commises par les dirigeants politiques “depuis 30 ans”.

Les emplois aidés financés sur fonds publics - un des axes de l‘action du gouvernement actuel - constituent une impasse et les politiques de l‘emploi doivent d‘abord être des politiques en faveur des entreprises, a-t-il poursuivi.

“LE PARI DE L‘ENTREPRISE”

Il a souhaité que le gouvernement engage dès cette année trois “actions indispensables” : transférer sur cinq ans 50 milliards d‘euros de cotisations sociales vers des prélèvements de type TVA ou contribution sociale généralisée (CSG) ; baisser de 50 milliards en cinq ans les impôts et taxes pesant sur les entreprises et simplifier un code du travail qui “terrorise”, selon lui, les entrepreneurs et les dissuade d‘embaucher.

Les 100 milliards de baisses de charges et d‘impôts demandées sur cinq ans correspondent aux 12 points de différence entre les marges des entreprises françaises (28%) et la moyenne européenne (40%), expliquera-t-il plus tard à des journalistes.

Or le gouvernement a déjà annoncé 14 milliards d‘économies en 2014 et six milliards d‘efforts supplémentaires sur les recettes pour tenir son engagement de réduction des déficits.

Pierre Gattaz n‘en démord cependant pas : “Il faut aller plus loin que les 14 milliards prévus”, a-t-il dit à la presse.

“Il y a des centaines de mesures à prendre. Il faut avoir le courage de le faire. Sinon, les dépenses publiques d‘aujourd‘hui feront les impôts de demain et le chômage d‘après-demain.”

Les nouveaux dirigeants du Medef rejettent en revanche par avance tout alourdissement des impôts pesant sur les entreprises pour trouver six milliards d‘euros de recettes supplémentaires.

“On est à la limite de ce qu‘on peut supporter”, a fait valoir Geoffroy Roux de Bézieux, ex-rival de Pierre Gattaz et futur vice-président du Medef avec la responsabilité d‘un pôle économie-fiscalité-innovation.

RENDEZ-VOUS AVEC CAZENEUVE

C‘est le message que tous deux entendent porter dès jeudi matin au ministre du Budget, Bernard Cazeneuve.

“Le rendez-vous de demain matin, c‘est stop à la hausse des prélèvements”, a-t-il expliqué. “Il n‘y a pas d‘engagement formel du gouvernement de ne pas créer d‘impôts nouveaux en 2014 ou de ne pas modifier l‘assiette ou les taux de la fiscalité des entreprises. Ça va être notre combat numéro un à court terme.”

De même, les nouveaux dirigeants du Medef fixent-ils, comme l‘équipe sortante, une “ligne rouge” pour la future réforme des retraites : “Pas d‘augmentation des cotisations.”

Ils plaident pour un allongement combiné de la durée de cotisation et de l‘âge légal de la retraite - Pierre Gattaz a parlé mercredi de 43 ans pour la première et 63, 65, voire 67 ans “à des horizons qui restent à définir” pour le second.

En échange d‘un environnement plus favorable aux entreprises, Pierre Gattaz a promis que celles-ci s‘engageraient à créer des emplois, accueillir les jeunes, innover et être compétitives et conquérantes sur les marchés internationaux.

Il a aussi souhaité que le “dialogue de terrain” soit préféré au conflit social, un dialogue qui constitue à ses yeux le troisième pilier du “pacte de confiance” qu‘il propose.

“Nous devons imaginer ensemble les contours d‘un contrat économique et social rénové et plus adapté aux défis (...) que nous impose la mondialisation”, a-t-il expliqué. “Oui, je crois à la réforme par la négociation sociale.”

Il a ainsi promis de s‘engager “personnellement” dans la conférence sociale lancée par le gouvernement.

Laurence Parisot, qui avait vainement tenté de modifier les statuts du Medef pour briguer un troisième mandat, a assisté au sacre de son successeur, qui ne ménageait pas ses critiques à son égard et contre qui elle avait fait campagne.

“On aura besoin de nous tous (...) pour pouvoir apporter des idées et pour continuer l‘oeuvre qu‘a faite Laurence”, a déclaré Pierre Gattaz dans un discours à la tonalité rassembleuse.

Edité par Yves Clarisse

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