La crise bancaire agite toujours l'Irlande, élève modèle de l'UE

vendredi 28 juin 2013 18h42
 

par Padraic Halpin et Sam Cage

DUBLIN (Reuters) - En octobre 2008, alors que l'Irlande était au bord de la faillite, son ministre des Finances d'alors, Brian Lenihan, assurait que le plan de sauvetage des banques élaboré par le gouvernement était "le renflouement le moins cher du monde".

Cinq ans plus tard, la facture de ce plan s'est envolée pour atteindre 64 milliards d'euros, l'équivalent de 40% du produit intérieur brut (PIB) annuel du pays, et les 4,6 millions d'Irlandais sont voués à de longues années d'austérité.

C'est dans ce contexte déjà morose, marqué jeudi par l'annonce d'une rechute en récession au premier trimestre, que le quotidien Irish Independent a publié cette semaine le contenu de conversations tenues en 2008 entre des dirigeants de l'Anglo Irish Bank (AIB), liquidée depuis.

Entre deux plaisanteries sur le plan de sauvetage et une parodie de l'hymne national allemand, ces cadres dirigeants y reconnaissent que le montant de leurs demandes d'aide financière a été fixé pratiquement au hasard et qu'il valait mieux le sous-estimer pour éviter une mise en faillite pure et simple.

Eamon O'Cuiv, membre du gouvernement à l'époque du sauvetage d'AIB, a constaté que les banques aidées avaient donné aux autorités des informations totalement différentes de celles évoquées dans ces conversations.

"Nous savons aujourd'hui qu'ils mentaient effrontément et qu'ils le faisaient en toute impudence", a-t-il dit à Reuters.

La publication de ces conversations alimente la colère des Irlandais, d'autant qu'aucun responsable des banques renflouées par l'Etat n'a été inquiété par la justice et qu'aucune enquête officielle n'a été diligentée sur les circonstances de la crise bancaire.

"Bernard Madoff aurait sans doute souhaité s'installer en Irlande", explique John Sheehy, 35 ans, salarié d'une société de services financiers, en référence à l'escroc américain condamné à 150 ans de prison. "Aujourd'hui, il serait assis avec les autres à boire une pinte."   Suite...

 
La facture du plan de sauvetage des banques irlandaises s'est envolée pour atteindre 64 milliards d'euros, l'équivalent de 40% du PIB annuel du pays, et les 4,6 millions d'Irlandais sont voués à de longues années d'austérité. /Photo d'archives/REUTERS/Cathal McNaughton