21 juin 2013 / 16:17 / dans 4 ans

Le "cash squeeze" en Chine pourrait déclencher une crise

L'assèchement de liquidités ("cash squeeze") organisé cette semaine par la banque centrale chinoise pour mettre les banques en garde contre leur dépendance au financement interbancaire risque de déclencher une véritable crise du crédit en cas d'erreur d'appréciation, préviennent des analystes. /Photo d'archives/REUTERS/Lee Jae-Won

par Gabriel Wildau

SHANGHAI (Reuters) - L‘assèchement de liquidités (“cash squeeze”) organisé cette semaine par la banque centrale chinoise pour mettre les banques en garde contre leur dépendance au financement interbancaire risque de déclencher une véritable crise du crédit en cas d‘erreur d‘appréciation, préviennent des analystes.

Les marchés monétaires chinois ont été secoués ces derniers jours par la décision de la Banque populaire de Chine (PBOC) de limiter ses injections de liquidités.

La détermination de la banque centrale à mettre un frein à la croissance rapide du crédit a provoqué une envolée des taux interbancaires à des niveaux record, dans un climat de panique et de rumeurs insistantes sur l‘incapacité de certaines banques à faire face à des engagements par manque de financement à court terme.

Vendredi, certains établissements financiers ont dû accepter des taux allant jusqu‘à 25% pour des prêts au jour le jour.

La banque centrale viserait en priorité les financements non-bancaires ou financements alternatifs (“shadow banking”) qui ont explosé au cours des dernières années, estiment certains analystes.

“Plus fondamentalement, cet assèchement de liquidités s‘attaque au recours par les banques à des instruments à court terme pour financer leurs opérations à long terme. Cela doit constituer un sérieux avertissement pour le secteur”, dit Hu Bin, analyste sur le secteur bancaire chinois chez Moody’s à Hong Kong.

Certaines banques s‘appuient sur le crédit interbancaire à court terme pour rembourser des échéances de dette sur des produits d‘investissement à long terme et à haut rendement, une dépendance comparable à celle qui avait aggravé les difficultés de banques occidentales lors de l‘éclatement la crise financière internationale en 2008.

“Tout le monde est touché par (le ”squeeze“), jusqu‘aux plus grandes banques du pays”, note Charlene Chu, chez Fitch Ratings.

EXPLOSION DES PRODUITS DE PLACEMENT

“C‘est certainement beaucoup plus rapide et peut-être plus efficace pour maîtriser la croissance du ‘shadow banking’. Mais cela crée un risque élevé de difficultés de remboursement entre établissements financiers, avec des conséquences imprévues”, prévient-elle.

L‘encours global de financement dans l‘économie chinoise a augmenté de 52% au cours des cinq premiers mois de 2013 par rapport à la même période de l‘an dernier, avec l‘explosion du financement alternatif et des produits de placement offrant des rendements élevés aux investisseurs.

Fitch estimait l‘encours de ces produits de gestion de fortune à 13.000 milliards de yuans (1.604 milliards d‘euros) à fin 2012, soit plus de 16% du total des dépôts bancaires chinois.

L‘agence de notation estime en outre que plus de 1.500 milliards de yuans de ces produits de placement arrivent à échéance dans les dix derniers jours du mois de juin. Cela pourrait être l‘une des raisons pour lesquelles certaines banques cherchaient désespérément des financements à court terme cette semaine afin de faire face à leurs obligations de remboursement.

Les banques ont créé ces produits de placement en regroupant plusieurs actifs tels que des dépôts bancaires, des obligations d‘entreprises et des prêts titrisés de façon informelle.

Ces instruments n‘apparaissent pas à leur bilan, ce qui leur permet de respecter les ratios de liquidité tout en accordant de nouveaux prêts.

Ils sont pour beaucoup d‘entre eux adossés à des actifs à long terme, ce qui poussent les banques à lever de l‘argent frais en émettant de nouveaux produits ou en empruntant sur le marché interbancaire quand elles doivent rémunérer ou rembourser les investisseurs.

Les petits établissements, qui ont un accès plus limité aux dépôts bancaires et dépendent donc lourdement du financement interbancaire, sont particulièrement vulnérables à ce “cash squeeze”. Le risque de multiplication des défauts de paiement sur certaines opérations pourrait menacer leur solvabilité.

Pour limiter cette dépendance, les banques ont le choix entre réduire leur bilan et trouver d‘autres sources de financement plus sûres. La banque centrale chinoise préfère, semble-t-il, les voir réduire leur ratio d‘endettement.

“La banque centrale semble déterminée à forcer les banques et d‘autres institutions financières comme les fonds d‘investissement, les maisons de gestion et les sociétés de courtage, à limiter leur recours à l‘effet de levier”, souligne un trader d‘une grande banque chinoise à Shanghai.

“Cette ligne dure correspond à la volonté du gouvernement de limiter les activités non-essentielles des institutions financières comme le ”shadow banking“, la gestion de fortune, les fonds fiduciaires et même l‘arbitrage.”

Juliette Rouillon pour le service français, édité par Marc Joanny

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