29 avril 2013 / 13:48 / il y a 4 ans

La France, terre de méfiance pour le capital-investissement

L'activité du capital-investissement en France, très vigoureuse avant la crise, tourne aujourd'hui au ralenti et la reprise ne semble pas pour bientôt compte tenu de la stagnation de l'économie et du manque d'actifs séduisants. /Photo d'archives/Thierry Roge

par Christian Plumb et Anjuli Davies

PARIS/LONDRES (Reuters) - L'activité du capital-investissement en France, très vigoureuse avant la crise, tourne aujourd'hui au ralenti et la reprise ne semble pas pour bientôt compte tenu de la stagnation de l'économie et du manque d'actifs séduisants.

Les difficultés françaises reflètent une tendance constatée à l'échelle européenne dans un secteur où il est devenu beaucoup plus difficile de réaliser des opérations à effet de levier.

La France présente toutefois quelques caractéristiques spécifiques, avec des inquiétudes liées à l'évolution de la fiscalité et le sentiment que le pays est condamné à une croissance faible par opposition à une Allemagne où les transactions de capital-investissement ont doublé l'an passé.

"Lorsque vous allez devant votre comité d'investissement avec une opportunité en France, il se peut qu'elle fasse l'objet d'un examen approfondi à cause de ce qu'on lit dans les journaux et parce que les associés vous demandent : 'pourquoi investissez-vous mon argent en France?'", explique Jean-Michel Steg, ancien dirigeant du groupe américain Blackstone.

Les levées de fonds du capital-investissement ont reculé en France de 22% en 2012, en raison surtout d'une baisse des investissements étrangers, selon l'Association française des investisseurs pour la croissance (Afic).

"Les investisseurs étrangers, qui ont représenté plus de 50% des capitaux levés en 2011, ne totalisent plus que 30% de la collecte 2012", souligne dans son rapport annuel l'organisation, qui défend les intérêts des fonds d'investissement.

DIVERGENCES ENTRE VENDEURS ET ACHETEURS

Parmi les professionnels du capital-investissement, le sentiment vis-à-vis de la France est particulièrement négatif.

"Un pays fait l'objet d'un consensus, c'est la France (...) Les réformes structurelles n'ont pas commencé. Le pays, de fait, est en train de nier l'inéluctable", résume le directeur Europe de Blackstone, Lionel Assant.

"Les lois sur l'emploi et la confiscation des actifs par l'impôt ne sont pas favorables au business", fait valoir de son côté Jeremy Coller, président et fondateur de Coller Capital.

La décision du gouvernement Ayrault d'abaisser la déductibilité des intérêts d'emprunt de 100 à 85% et d'augmenter la fiscalité des plus-values a mécontenté les banquiers.

Beaucoup estiment cependant que c'est l'état de l'économie française qui pose véritablement problème. Face à une perspective de croissance anémique cette année et à un nombre de chômeurs record, le gouvernement a été contraint de retarder ses objectifs de réduction de déficit.

L'écart de prix entre les attentes des vendeurs et des acheteurs s'est aggravé en conséquence.

"Il y a des grosses opérations de LBO (leveraged buyout) qui ne peuvent pas sortir parce qu'elles ne satisferont pas les actionnaires", dit un banquier basé à Paris.

En Espagne ou au Portugal, où la conjoncture est plus difficile qu'en France, certains investisseurs estiment que les rendements futurs sont plus prometteurs en raison des douloureuses réformes mises en oeuvre dans ces pays pour obtenir le soutien de leurs partenaires européens.

"L'ACTIVITÉ REPRENDRA"

Les transactions du premier trimestre ne montrent pas d'inflexion : les volumes en France ont totalisé quelque 437 millions de dollars, soit 3% des volumes enregistrés en Europe et 0,4% du marché mondial, d'après les données Thomson Reuters. La France passe du coup en neuvième position dans le classement européen, derrière des pays comme l'Italie, la Suède ou la République tchèque.

A titre de comparaison, sur l'ensemble de l'année 2007, la France se situait au deuxième rang européen, derrière le Royaume-Uni mais devant l'Allemagne.

L'avenir devrait toutefois s'éclaircir en France à terme.

Le pays compte plusieurs marques de renom, notamment dans le secteur du luxe, dont les produits s'exportent, souligne un banquier basé à Londres.

"Les gens devront allouer leur capital et la France est, de facto, un grand marché donc l'activité reprendra", déclare un autre professionnel du secteur.

Les spécialistes français du capital-investissement, Axa Private Equity, Eurazeo et PAI Partners en tête, devraient être les premiers à se positionner lorsque le marché se réveillera.

Avec Tommy Wilkes, Tessa Walsh, Matthias Blamont et Matthieu Protard, édité par Dominique Rodriguez

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