18 avril 2013 / 06:54 / dans 4 ans

Des économistes de Harvard admettent des erreurs sur l'austérité

WASHINGTON (Reuters) - Les deux économistes de Harvard qui ont publié une étude souvent citée par les responsables politiques à travers le monde occidental pour justifier des mesures d‘austérité ont admis que leurs travaux contenaient des erreurs, tout en estimant que le “message central” de leur recherche était toujours valide.

Dans cette étude publiée en 2010, Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff sont parvenus à la conclusion que la croissance économique dans l‘histoire moderne ralentissait brutalement quand l‘endettement d‘un pays dépassait l‘équivalent de 90% de son produit intérieur brut (PIB).

Mais dans un autre étude rendue publique plus tôt cette semaine, des chercheurs à l‘Université du Massachussets à Amherst ont montré que des erreurs de codage de tableurs avaient émaillé les travaux des économistes d‘Harvard.

Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff ont souligné que ces erreurs étaient des accidents.

“Cela donne à réfléchir de voir qu‘une telle erreur s‘est glissée dans nos documents malgré nos efforts pour être toujours attentifs”, ont-ils dit dans un communiqué.

L‘étude des chercheurs de l‘Université du Massachussets, Thomas Herndon, Michael Ash et Robert Pollin, remettent en cause l‘une des conclusions des travaux des économistes de Harvard les plus fréquemment citées par les tenants de l‘austérité aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et dans l‘Union européenne.

Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff avaient en effet calculé que l‘activité économique d‘un pays se contractait de 0,1% dès lors que son endettement dépassait le niveau de 90% du PIB.

Or, selon l‘étude de Thomas Herndon, Michael Ash et Robert Pollin, les pays très lourdement endettés enregistrent une croissance annuelle moyenne de 2,2%.

Ceci étant dit, les deux études se rejoignent sur un point : plus un pays est endetté et moins sa croissance est soutenue.

Bon nombre d‘économistes et de responsables politiques ne sont donc de ce fait guère susceptibles de remettre en cause le message principal des économistes de Harvard, à savoir qu‘un endettement élevé rend la croissance problématique.

Les responsables financiers des pays du G20 étudieront la semaine prochaine à Washington une proposition visant à ramener à terme leur dette bien en-dessous de 90% du produit intérieur brut (PIB), montre ainsi un document préparé en vue de la réunion.

“La barre de 90% me semble un bon point de référence”, a dit à Reuters Olivier Blanchard, économiste en chef du Fonds monétaire international (FMI).

Il a ajouté que les travaux de Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff avaient été “extrêmement utiles”, tout en concédant qu‘on pouvait encore se demander si une dette élevée était vraiment la cause d‘une moindre croissance.

Il se pourrait également qu‘une faible hausse du PIB mène à un endettement élevé. “Il y a toute une série de questions de causalité”, a ajouté Olivier Blanchard.

Tout en déplorant les erreurs de leurs tableurs, les économistes de Harvard ont estimé qu‘elles ne modifiaient pas le message de leurs travaux.

“En aucune manière (...) nous ne pensons que cette regrettable bévue n‘affecte de manière significative le message central de notre étude”, déclarent-ils.

Jason Lange, Benoît Van Overstraeten pour le service français

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