Chypre doit refonder son économie sur un socle incertain

mercredi 3 avril 2013 18h58
 

par Jan Strupczewski

BRUXELLES (Reuters) - La restructuration du secteur bancaire chypriote, condition au versement des dix milliards d'euros dont le pays a besoin, va contraindre Nicosie à changer de modèle économique, une mission dont l'échec pourrait conduire la troïka à la solution qu'elle s'efforce d'éviter: signer un nouveau chèque.

En échange des dix milliards d'euros que la zone euro et le Fonds monétaire international (FMI) doivent lui verser sur les trois ans à venir, Nicosie s'est engagée à réduire de moitié la taille de son secteur bancaire et à ponctionner les gros épargnants pour renflouer les banques autorisées à survivre.

Au vu du poids du secteur bancaire dans l'économie (9,2% du produit intérieur brut, 5,1% des emplois en 2012 selon Eurostat), cette cure d'amaigrissement forcée aura un impact marqué sur l'ensemble de l'économie.

Le protocole d'accord conclu avec la zone euro prévoit une contraction de près de 8% du PIB cette année et de 3% supplémentaires l'an prochain, avant un retour à la croissance en 2015 que nombre d'économistes jugent optimiste.

"La nature du sauvetage a empiré les choses. Cela me conduit déjà à prédire que, comme en Grèce, nous allons assister à des révisions en série de la croissance et donc des besoins de financement du pays", explique Nick Kounis, d'ABN Amro.

Au-delà de la remise en question d'un modèle financier qui visait avant tout à attirer les capitaux étrangers, l'ensemble des secteurs de l'économie, tourisme en tête, ne peuvent que souffrir des retombées de la crise des dernières semaines et du plan de sauvetage.

"Je ne vois aucun nouveau modèle pour l'économie, je prévois une contraction de plus de 10% du PIB de Chypre sur les trois ans à venir", dit Christoph Weil, économiste de Commerzbank.

"Les investisseurs ne reviendront pas à Chypre avant plusieurs années à cause de l'expérience des banques, je ne vois pas qui déposerait de l'argent dans les banques chypriotes, et cela ne changera pas au cours des années à venir."   Suite...

 
Le nouveau ministre des Finances chypriote Harris Georgiades. La restructuration du secteur bancaire chypriote, condition au versement des dix milliards d'euros dont le pays a besoin, va contraindre Nicosie à changer de modèle économique, une mission dont l'échec pourrait conduire la troïka à la solution qu'elle s'efforce d'éviter: signer un nouveau chèque. /Photo prise le 3 avril 2013/REUTERS/Andreas Manolis