17 septembre 2012 / 14:12 / il y a 5 ans

Les petites banques craignent la supervision de la BCE

<p>Les 6.000 petites banques de la zone euro s'inqui&egrave;tent des nouveaux pouvoirs de supervision bancaire dont la Banque centrale europ&eacute;enne (BCE) pourrait user d&egrave;s l'an prochain. Elles redoutent notamment que la BCE ne tienne pas compte des particularit&eacute;s r&eacute;gionales ou de l'absence d'objectifs de rentabilit&eacute;. /Photo d'archives/REUTERS/Alex Domanski</p>

par Arno Schuetze et Silvia Aloisi

FRANCFORT/MILAN (Reuters) - Dans la petite cité touristique de Bad Sachsa, au pied du Harz, les 46 employés de la caisse d’épargne locale s‘inquiètent des nouveaux pouvoirs de supervision bancaire dont la Banque centrale européenne pourrait user dès l‘an prochain.

Sparkasse Bad Sachsa sera l‘une des plus petites des 6.000 banques que la BCE aura sous sa supervision dans le cadre du projet d‘union bancaire dévoilé la semaine dernière par la Commission européenne.

“Nous craignons que l‘approche régionale qui est la nôtre ici - nous n‘avons pas d‘objectifs de rentabilité de 20-25% - ne soit plus acceptée”, explique un de ses administrateurs, Ralf Müller. “Les régulateurs peu au fait des particularités régionales jugeront notre surface financière insuffisante et nous mettront dans le même sac que d‘autres établissements qui, eux, ont de véritables problèmes”.

Les réserves de Sparkasse Bad Sachsa reflètent le désaccord entre Berlin et Bruxelles sur la portée de l‘union bancaire.

“D‘un simple point de vue pratique, il semble impossible pour la BCE de surveiller correctement 6.000 banques”, a réagi le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble, après la présentation du plan par le président de la Commission européenne José Manuel Barroso.

Les deux parties sont toutefois condamnées à trouver un terrain d‘entente, tant l‘union bancaire est indispensable au règlement de la crise de la dette dans la zone euro.

“Il faut qu‘elle se fasse”, affirme Chris Wheeler, analyste chez Mediobanca à Londres. “Sans l‘union bancaire, il n‘y a pas d‘Union européenne: c‘est un pan essentiel de l‘union monétaire et budgétaire”.

LES MÊMES RÈGLES POUR TOUS

A quelques centaines de kilomètres plus au sud, Banca Carige, fondée il y a un demi-siècle par un moine franciscain à Gênes, projette de renforcer son capital pour se conformer aux normes imposées aux grandes banques européennes.

Avec des fonds propres représentant 6,7% de ses actifs, Carige n‘atteint pas le ratio de 9% désormais imposé aux grands même si elle espère y parvenir avant la fin de l‘année grâce à une réorganisation de sa structure.

En l’état, la BCE - qui selon le projet de la CE disposera du pouvoir de surveiller, sanctionner et même fermer des banques - pourrait lui causer du souci.

Avec plus de 1.000 agences en Italie et un tiers du marché dans la riche province de Ligurie, la Carige fait partie de ces établissements de dimension moyenne qui n‘ont pas été une priorité pour les régulateurs mais qui ont vu leur situation financière se détériorer avec la récession.

La banque génoise a d‘ores et déjà recouru à des prêts de la BCE pour compenser la hausse de ses coûts de refinancement et a vu sa note abaissée.

Elle ne s‘oppose pas néanmoins à la réforme, pourvu que la supervision de l‘Europe bancaire s‘en trouve homogénéisée.

“Le principe est bon, mais il faudra faire très attention lors de sa mise en oeuvre afin que les mêmes règles s‘appliquent à tous les pays, ce qui n‘est pas le cas aujourd‘hui”, a dit l‘administrateur délégué de la Carige Ennio La Monica, à Reuters.

La Carige a déjà eu le feu vert de la Banque d‘Italie à son plan de renforcement des fonds propres et, de ce fait, son patron estime n‘avoir rien à craindre de la BCE.

“J‘ai la conviction que la Banque d‘Italie est l‘un des régulateurs les plus stricts, alors la supervision européenne ne me fait pas peur. En Allemagne ou en France par exemple, les règles sur les actifs à risques sont bien plus souples”.

OPPOSITION ALLEMANDE

Le projet de la Commission européenne a été salué comme la première tentative de réforme structurelle du secteur bancaire après cinq ans de crise financière et près de trois ans de crise de la dette. Mais la réserve principale porte sur la capacité de la BCE à superviser 6.000 établissements.

L‘Allemagne, soucieuse de conserver la surveillance de ses Landesbanken, fait valoir que la tâche serait trop importante pour une seule autorité de régulation, et craint accessoirement de devoir mettre la main à la poche pour aider des banques en difficulté dans d‘autres pays.

Quant aux pays de l‘UE qui ne font pas partie de la zone euro, ils voient d‘un mauvais oeil l‘octroi à la BCE d‘un droit de regard sur leurs banques qui opèrent dans la zone.

Dans le projet de José Manuel Barroso, la BCE n‘exercera pas une supervision au jour le jour, qui restera confiée à des régulateurs nationaux et locaux. Elle ne fixera même pas les règles, qui resteront définies par l‘Autorité bancaire européenne, basée à Londres. Cette dernière produira désormais un corpus unique de règles qui s‘appliqueront à toutes les banques de l‘UE, et dont la BCE surveillera le respect dans les 17 pays de la zone euro, avec un pouvoir fort d‘intervention dans les situations extrêmes.

Cela ne rassure pas Sparkasse Bad Sachsa, dont le siège n‘est pourtant qu’à un peu plus de 200 km de la tour de la BCE à Francfort. “Qui décidera ce qu‘est une situation extrême?”, demande Ralf Müller, dont la banque ne compte que 5.500 clients.

“Actuellement, nous sommes supervisés par des responsables de la Bundesbank basés à Hanovre. Ils connaissent bien la région et le fonctionnement des banques ici. Ils savent qu‘on ne ferme pas même si on est dans une période de vaches maigres”.

Et puis, la contribution demandée à tous les établissements pour financer le nouveau système de supervision a du mal à passer. “A mes yeux, une petite caisse d’épargne comme la nôtre n‘a pas à participer au sauvetage d‘une grosse banque qui aurait pris des risques inconsidérés sur les marchés”, conclut-il.

Véronique Tison pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat

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