11 septembre 2012 / 08:43 / il y a 5 ans

Le rapport Sartorius critique la stratégie de PSA

<p>Le rapport de l'expert Emmanuel Sartorius sur la situation financi&egrave;re de PSA Peugeot Citro&euml;n, remis mardi &agrave; Arnaud Montebourg, estime que le constructeur ne pouvait pas faire l'&eacute;conomie du plan de restructuration annonc&eacute;, mais d&eacute;plore la d&eacute;cision du groupe de fermer le site d'Aulnay plut&ocirc;t que celui de Madrid. /Photo prise le 11 septembre 2012/REUTERS/Gonzalo Fuentes</p>

par Gilles Guillaume

PARIS (Reuters) - PSA Peugeot Citroën ne pouvait pas faire l’économie de son plan de restructuration, estime l‘expert mandaté par le gouvernement, qui épingle toutefois le défaut d‘anticipation du constructeur automobile et sa décision de fermer l‘usine d‘Aulnay.

Mis en difficulté par la crise et des surcapacités manifestes en Europe, son premier marché, PSA a annoncé le 12 juillet la suppression de 8.000 postes en France, la fermeture en 2014 de son site d‘Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) et une réduction de l‘activité sur son site de Rennes.

“La nécessité, dans son principe, d‘un plan de réorganisation des activités industrielles et de réduction des effectifs n‘est malheureusement pas contestable”, juge Emmanuel Sartorius, ingénieur des Mines, dans son rapport présenté mardi aux syndicats de PSA en présence du ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg.

Il émet en revanche plusieurs réserves, notamment sur l‘ampleur des suppressions d‘emplois annoncées. “Les mesures du plan doivent être limitées strictement à ce qui est nécessaire au redressement de l‘entreprise”, écrit-il.

En déplacement à Rennes (Ille-et-Vilaine), le président de la République François Hollande a promis qu‘il ferait tout son possible pour limiter les suppressions de postes programmées.

Sur BFM-TV, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a déclaré que les salariés du constructeur ne devaient pas constituer “des variables d‘ajustement” et que le gouvernement suivait le dossier avec beaucoup d‘attention.

Arnaud Montebourg a annoncé de son côté avoir répondu favorablement à la demande des syndicats et des élus d‘organiser des négociations tripartites sur le plan. “L‘objectif collectif doit être de réduire le nombre d‘emplois menacés, d‘assurer l‘avenir du groupe et d‘organiser une réindustrialisation concrète en cas de perte d‘emplois”, a-t-il déclaré dans un communiqué.

Un porte-parole de PSA a indiqué que le groupe était prêt à y prendre part. “Nous sommes tout à fait ouverts et même demandeurs quand il s‘agit de la revitalisation des sites d‘Aulnay et de Rennes”, a-t-il dit.

POURQUOI AULNAY ET PAS MADRID

Les réactions au rapport des syndicats et des élus concernés ont été contrastées.

Tanja Sussest, représentante du syndicat SIA de PSA Aulnay, y voit “un écran de fumée derrière lequel se cache aussi bien la direction que le gouvernement”. Pour Jean-Pierre Mercier, délégué CGT de l‘usine menacée, “c‘est un rapport qui a été commandité par la direction de Peugeot (...) et qui entérine la fermeture d‘Aulnay.”

Le maire socialiste de la ville, lui, veut encore y croire. “Le rapport ne ferme pas la possibilité de la non-fermeture d‘Aulnay. En tout cas le ministre a laissé cette marge de réflexion”, a indiqué Gérard Ségura.

Dans son diagnostic de 40 pages, Emmanuel Sartorius ne va pas jusqu’à demander à la direction du groupe de revenir sur cette décision, tout en estimant que PSA a effectué un “choix douloureux pour la France” et que d‘autres solutions étaient possibles.

“La perspective de l‘arrêt des activités de production automobile sur le site d‘Aulnay amène à se poser la question de savoir si tout a bien été envisagé pour l’éviter et si des mesures de chômage partiel ne sont pas envisageables, dans l‘attente d‘une embellie”, écrit-il.

Selon Emmanuel Sartorius, PSA aurait pu fermer l‘usine de plus petite taille de Madrid en vue de préserver l‘emploi sur le territoire français.

“(La direction de PSA) évacue rapidement la possibilité d‘arrêter son usine de Madrid qui souffre pourtant de nombreux défauts”, explique-t-il.

“L‘histoire aurait probablement pu être écrite de façon différente si la direction de PSA avait entamé en amont un dialogue transparent avec les partenaires sociaux et les pouvoirs publics pour aboutir à une réflexion partagée sur l‘avenir des sites industriels du groupe”, ajoute Emmanuel Sartorius.

DES DÉCISIONS “INOPPORTUNES”

PSA perd actuellement 200 millions d‘euros en cash par mois et a accusé au premier semestre une perte nette de 819 millions d‘euros, conséquence d‘une chute de ses ventes en Europe deux fois plus rapide que celle du marché qu‘Emmanuel Sartorius reproche au groupe d‘avoir mal anticipée.

“Avec le recul, la mise en oeuvre de la décision de l‘assemblée générale d‘avril 2011 de consacrer près de 450 millions d‘euros à la distribution de dividendes et au rachat d‘actions paraît inopportune à plusieurs titres”, écrit l‘expert.

Il épingle aussi la stratégie d‘indépendance du groupe, farouchement défendue jusqu’à l‘alliance récente avec General Motors, ou encore la lenteur de son développement hors d‘Europe alors que l‘histoire de PSA montre que l‘entreprise s’était pourtant hasardée très tôt à l‘international.

En parallèle, Volkswagen rachetait Skoda en 1991 et Renault Dacia en 1999, renforçant leur stature mondiale et entamant l‘aventure à succès du “low cost”.

Avec la contribution de Matthias Blamont, édité par Marc Joanny

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