28 mai 2012 / 12:43 / il y a 5 ans

Les Européens du Sud fortunés placent leur argent au Nord

<p>Les incertitudes qui planent sur la vie politique et le maintien de l'euro en Gr&egrave;ce conduisent des riches du Sud de l'Europe -non seulement en Gr&egrave;ce mais aussi en Espagne et au Portugal- &agrave; transf&eacute;rer leurs capitaux dans des banques du nord de l'Europe, jug&eacute;es plus "s&ucirc;res". /Photo d'archives/Heinz-Peter Bader</p>

par Chris Vellacott et George Georgiopoulos

LONDRES/ATHENES (Reuters) - Les incertitudes qui planent sur la vie politique et le maintien de l'euro en Grèce conduisent des riches du Sud de l'Europe à suivre l'exemple de Nikos, prospère homme d'affaires grec dans l'industrie pharmaceutique qui a transféré sept millions d'euros dans une banque luxembourgeoise.

"J'ai travaillé dur durant toute ma vie et pris pas mal de risques lors de ma carrière. Aujourd'hui j'ai 62 ans et je ne veux pas prendre le risque de voir mon argent se métamorphoser en drachmes", explique-t-il.

"La plupart des Grecs veulent rester dans l'euro, c'est en tout cas ce que montrent les sondages, mais on n'est jamais trop prudent", plaide-t-il.

La décision de Nikos de placer ses capitaux dans un pays "sûr" de la zone euro reflète une tendance qui apparaît chez les personnes fortunées des pays du sud de l'Europe, touchés de plein fouet par la crise de la dette.

Si les Grecs redoutent une dévaluation de leurs avoirs, les Espagnols et les Portugais s'interrogent davantage sur la santé de leurs banques, les conduisant à envoyer leurs capitaux dans les banques du nord de l'Europe.

Pourtant, en confiant une partie de son argent à une banque suisse, Nikos se voit offrir des intérêts bien moindres que ceux proposés par sa banque grecque. Mais il dit pouvoir à présent dormir sur ses deux oreilles.

Les conseillers financiers et les banquiers, dont les clients possèdent des comptes dépassant les 100.000 euros garantis, font état depuis mai d'un "bank run by wire transfer" (déplacement précipité des capitaux par informatique). Cet argent a pris la route des banques du Nord, notamment à Londres, Francfort et Genève.

"C'est quelque chose que l'on voit depuis quelque temps déjà mais on constate une accélération du rythme ces dernières semaines. Nous assistons à un 'bank run by wire transfer' continu de 2-3 ans", souligne Lorne Baring, directeur de B Capital, une société basée à Genève spécialisée dans le placement des fonds.

SOUVENIR DU CORRALITO ARGENTIN

Un autre banquier, dont la clientèle est espagnole, explique que les Espagnols fortunés ont en mémoire ce qui s'est passé en Argentine lors de la crise du début des années 2000, avec le "corralito": les autorités argentines avaient limité les retraits, semant la panique chez les épargnants.

"Nous recevons des appels de nouveaux clients qui veulent placer leur argent en dehors de l'Espagne en raison d'un risque présumé de 'corralito', même si nous pensons que cela n'arrivera pas et que nous n'incitons pas nos clients à le faire", indique le banquier, qui préfère conserver l'anonymat.

Si un pays quitte l'euro, comme les économistes pensent que cela pourrait se produire pour la Grèce, les comptes seraient libellés dans une nouvelle monnaie, qui pourrait être ensuite dévaluée, érodant la valeur des dépôts.

Ces épargnants pourraient également se trouver confrontés à une situation où les autorités tenteraient de lutter contre la fuite des capitaux, gelant les retraits pour protéger les banques.

Un autre banquier à Londres fait état de nombreux appels de Grecs très intéressés par l'ouverture de compte au Royaume-Uni face au risque d'un retour à la drachme.

Mais le flou règne sur les modalités entourant un hypothétique passage de l'euro à la drachme et, selon des avocats, placer son argent à l'étranger ne garantirait pas aux Grecs fortunés la certitude de voir leur argent toujours libellé dans la monnaie européenne.

"C'est sûr que les investisseurs grecs cherchent à faire en sorte que leurs euros ne soient pas convertis en drachmes", dit Damian Bloom, qui travaille au cabinet d'avocats Berwin Leighton Paisner.

"On ne sait pas si un compte détenu par un Grec en dehors de Grèce serait converti, et on ignore ce qu'il adviendrait des obligations en euro émises par la Grèce et détenus par des personnes qui ne sont pas grecques", ajoute-t-il.

Benjamin Massot pour le service français

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