February 21, 2012 / 6:18 AM / 5 years ago

La zone euro éteint à nouveau l'incendie grec

7 MINUTES DE LECTURE

<p>Le ministre des Finances grec Evangelos V&eacute;niz&eacute;los. Selon les termes d'un accord trouv&eacute; dans la nuit &agrave; Bruxelles, la dette grecque sera ramen&eacute;e &agrave; 120,5% du PIB d'ici 2020 gr&acirc;ce &agrave; un nouveau programme de pr&ecirc;ts publics de 130 milliards d'euros et &agrave; une restructuration de la dette d&eacute;tenue par les cr&eacute;anciers priv&eacute;s. /Photo prise le 21 f&eacute;vrier 2012/Yves Herman</p>

par Julien Toyer

BRUXELLES (Reuters) - Au bord du gouffre, la zone euro a de nouveau éteint mardi, au petit matin, l'incendie qui menaçait d'emporter la Grèce, mais la route reste longue et semée d'embûches avant que le pays n'émerge de deux ans d'une crise sans précédent.

Selon les termes de l'accord trouvé peu avant 04h00 après treize heures de négociations, la dette grecque sera ramenée à 120,5% du PIB d'ici 2020 grâce à un nouveau programme de prêts publics de 130 milliards d'euros et à une restructuration de la dette détenue par les créanciers privés.

Ceux-ci ont finalement accepté une décote de 53,5% sur leurs obligations grecques dans le cadre d'un échange de titres qui permettra d'effacer plus de 100 milliards de dette d'Athènes.

La Banque centrale européenne et les banques centrales nationales de la zone euro participeront également au plan en renonçant à certains bénéfices réalisés sur les titres grecs qu'elles détiennent.

"Nous sommes parvenus à un accord d'ampleur sur un nouveau programme pour la Grèce et sur une participation du secteur privé qui conduira à une réduction significative de la dette grecque (...) afin d'assurer le futur de la Grèce au sein de la zone euro", a déclaré le président de l'Eurogroupe Jean-Claude Juncker, à l'issue de la réunion.

L'euro a grimpé à un plus haut de 1,3293 dollar, contre 1,3232 lundi soir, après l'annonce de cet accord par Reuters, avant de se stabiliser autour de 1,3250 dollar dans la matinée. Les marchés d'actions n'ont guère réagi, la nouvelle étant attendue et déjà inscrite dans les cours.

De leur côté, les rendements des dettes émises par les pays 'périphériques' de la zone euro se détendaient en fin de matinée, avec un recul de 6 points de base, à 12,38%, du taux du papier à dix ans du Portugal, présenté comme le pays le plus fragile après la Grèce.

ATHÈNES SOUS SURVEILLANCE

L'opération de restructuration de la dette grecque détenue par les créanciers privés s'engagera dès cette semaine, a déclaré le ministre grec des Finances Evangelos Vénizélos. Elle devrait se conclure début mars.

Les créanciers ont promis une "forte participation" à cet échange de dette, a déclaré mardi Charles Dallara, directeur général de l'Institut de la finance international (Ifi), le lobby bancaire chargé de représenter le secteur privé dans les négociations avec Athènes.

Le ministère grec des Finances a annoncé après l'accord qu'Athènes ferait voter une loi qui contraindra les investisseurs privés qui n'ont pas pris part à l'échange de dette à prendre leurs pertes.

D'ici mars, les autorités grecques devront également avoir mis en oeuvre une liste de mesures prioritaires contenues dans le programme si elles veulent obtenir le premier décaissement.

Ces fonds publics sont nécessaires pour qu'Athènes puisse rembourser 14,5 milliards d'euros d'obligations venant à échéance le 20 mars.

La troïka UE-FMI-BCE, qui supervise la mise en place des réformes et effectue des rapports trimestriels, sera renforcée et ses ressources accrues.

Dans le cadre de ce deuxième plan de sauvetage, la Commission européenne enverra bientôt des dizaines d'inspecteurs permanents à Athènes afin d'assurer la bonne marche technique du programme et d'en surveiller la mise en oeuvre.

Cette présence sur le sol grec sera accompagnée de la création d'un compte spécial permettant de traiter de manière prioritaire les remboursements de dette grecque, dont le principe sera inscrit dans la Constitution sous deux mois.

"Nous nous sommes entendus avec la Commission pour que (son) équipe en Grèce soit considérablement renforcée", a déclaré le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble, mardi matin sur la radio Deutschlandfunk. "C'est une question de surveillance mais aussi, bien sûr, de soutien à la Grèce."

Il s'est dit "très confiant" dans le fait que le Bundestag approuve ce deuxième plan d'aide.

PAS DE REMÈDE MIRACLE

Cet accord à plusieurs étages a été rendu nécessaire par l'état des finances publiques grecques telles qu'elles sont apparues dans un rapport confidentiel préparé par l'UE, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international.

Le document, obtenu par Reuters, montre également qu'en cas de dérapage dans les réformes mises en place à Athènes ou dans le plan d'économie, la dette grecque pourrait atteindre 160% du PIB en 2020, soit environ son niveau actuel.

Le nouveau plan d'aide ne sera pas un remède miracle. L'économie grecque s'est contractée de 7% en rythme annuel au dernier trimestre 2011, bien plus que prévu, et les nouvelles mesures d'austérité devraient encore aggraver la situation.

Diplomates et économistes n'attendent pas de ce nouveau plan de renflouement qu'il règle tous les problèmes économiques grecs du jour au lendemain et beaucoup estiment qu'il faudra au moins dix années, voire davantage pour s'acquitter de cette tâche.

Avec le bureau de Bruxelles et Jean Décotte pour le service français, édité par Dominique Rodriguez

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