13 janvier 2012 / 16:48 / dans 6 ans

S&P aurait dégradé la note souveraine de la France

PARIS (Reuters) - La note souveraine de la France a été dégradée par l‘agence de notation Standard & Poor‘s, a déclaré vendredi une source d‘un pays de la zone euro.

Le quotidien britannique Financial Times précise que la France a été dégradée d‘un cran, de AAA à AA+, de même que l‘Autriche. Une source européenne a dit à Reuters que l‘Autriche était dégradée d‘un cran.

Le Premier ministre François Fillon et les ministres des Finances et du Budget, François Baroin et Valérie Pécresse, étaient à l‘Elysée peu après 19h00, selon des journalistes de Reuters sur place.

La présidence française n‘a fait “aucun commentaire” et personne n‘a souhaité réagir au ministère des Finances, au Trésor et à Matignon.

François Baroin sera au journal de 20h00 de France 2, a annoncé la chaîne de télévision.

“Il y a une très forte probabilité pour que la note française ne soit dégradée que d‘un cran, à AA+”, a déclaré Alexandre Baradez, analyste de marché chez Saxo Banque.

“Si c‘est le cas, ce serait un moindre mal et le marché pourrait rebondir lundi”, a-t-il ajouté. “Les craintes du marché résident dans le nombre de crans de la dégradation.”

Sans confirmer l‘information, Valérie Pécresse s‘est montrée rassurante.

“Aujourd‘hui, la France est une valeur sûre, elle peut rembourser sa dette et les nouvelles concernant notre déficit sont meilleures que prévu”, a-t-elle dit sur BFM TV.

“Je ne spécule ni dans un sens ni dans l‘autre sur les décisions des agences de notation, ce que je dis c‘est qu‘aujourd‘hui nous travaillons pour les Français et que nous ne changerons pas de cap. Notre cap, c‘est le désendettement, c‘est la compétitivité de la France et c‘est soutenir la croissance.”

Le rendement sur la dette française à 10 ans a légèrement monté après la publication de l‘information sur les éventuelles décisions de S&P, passant d‘environ 3,0% à 3,13% avant de redescendre autour de 3,08% vers 19h30.

UNE DÉCISION ATTENDUE

L’écart de rendement avec la dette allemande à 10 ans (le spread) s‘est écarté, passant d‘environ 123 à 136 points avant de retomber à environ 132 points.

La dégradation de la note française était attendue après le placement sous surveillance avec implication négative des notes souveraines de 15 pays de la zone euro par S&P début décembre.

Mais la hausse des coûts d‘emprunts du pays que pourrait provoquer une dégradation de sa note augmenterait la charge d‘intérêts qu‘il doit verser, forçant le gouvernement à prendre d‘autres mesures de redressement budgétaire, qui risquent de peser sur l‘activité économique.

“Une dégradation de la France est de nature à entraîner une hausse du taux de la France sur les marchés. On estime qu‘une hausse de 100 points de base se traduit par un surcoût pour la France de 2 milliards d‘euros par an”, a déclaré Benoît Peloille, stratégiste chez Natixis.

“Néanmoins, l‘impact pourrait être limité dans la mesure où le taux 10 ans de la France s‘est déjà considérablement écarté de celui de l‘Allemagne ce qui signifie que le marché s‘attend déjà à une dégradation d‘un cran de la note française.”

Une dégradation aurait aussi un impact sur la note de crédit du Fonds européen de stabilisation financière (FESF) censé venir en aide aux pays de la zone euro en difficulté.

S&P a refusé de commenter les informations faisant état d‘une annonce imminente d‘un abaissement des notes de plusieurs pays de la zone euro.

Une source haut placée de la zone euro a dit à Reuters que des abaissements de note de plusieurs pays seraient annoncés vendredi, ce qui a fait chuter les Bourses et l‘euro.

L‘agence Moody’s a quant à elle annoncé le 12 décembre qu‘elle réexaminerait les notes des pays de l‘Union européenne au cours du premier trimestre.

Un responsable de Fitch Ratings, la troisième grande agence de notation mondiale, a dit mardi à Reuters que la note AAA de la France ne devrait pas être abaissée en 2012.

UN “ÉCHEC” POUR SARKOZY, DIT LE PS

“La France fait partie des pays qui n‘ont pas pu annoncer un plan crédible de redressement des finances publiques à moyen terme en raison de l’élection présidentielle”, a déclaré un responsable d‘une importante société de gestion qui a requis l‘anonymat.

“En tendance de fond, il y a des doutes sur capacité de la France à augmenter son potentiel de croissance à moyen terme”, a-t-il ajouté, en soulignant que “son déficit extérieur et sa balance des paiements n‘arrêtent pas de se dégrader”.

Les socialistes ont anticipé une éventuelle dégradation de la France, qui signerait selon eux un “échec” du président Nicolas Sarkozy.

“La France est particulièrement visée parce qu‘au plan de ses déficits publics, elle a accru sa dette de façon inconsidérée par un laxisme fiscal que nous n‘avons cessé de dénoncer depuis le premier jour”, a dit le député socialiste Jean-Marie Le Guen sur BFM-TV.

Parmi les pays bénéficiant de la note AAA, la meilleure possible, placés sous surveillance négative, seule la France était menacée d’être abaissée de deux crans par S&P.

L‘avenir du AAA français se décidera sur quatre fronts, avait dit l‘agence début décembre : la réponse européenne à la crise - jusqu‘ici laborieuse -, des promesses de baisse du déficit probablement trop belles, des banques sous pression et une BCE qui n‘aidera peut-être pas la France autant qu‘elle pourrait en avoir besoin.

Les cinq autres pays AAA de la zone euro avaient également été placés sous surveillance avec implication négative par S&P. Mais le critère strictement budgétaire n‘avait pas été retenu dans leur cas.

Les autorités françaises ont annoncé que le déficit public de 2011 serait inférieur à sa prévision - proche de 5,5% du produit intérieur brut au lieu des 5,7% prévu - mais le ralentissement économique devrait mettre le gouvernement sous pression cette année.

La France s‘est engagée à réduire son déficit public à 4,5% du PIB fin 2012, 3% fin 2013, 2% fin 2014, 1% fin 2015 et de revenir à l’équilibre en 2016.

Le candidat du Parti socialiste à l’élection présidentielle d‘avril-mai, François Hollande, a promis de respecter l‘objectif d‘un retour à 3% fin 2013 et de rééquilibrer les comptes publics en 2017.

Jean-Baptiste Vey, Yann Le Guernigou, Emmanuel Jarry, Alexandre Boksenbaum-Granier et Raoul Sachs, édité par Yves Clarisse

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