9 janvier 2012 / 10:09 / dans 6 ans

La zone euro plus que jamais dans l'oeil du cyclone

par Noah Barkin

BERLIN (Reuters) - Le passage de 2011 à 2012 a momentanément fait disparaître la crise de la dette souveraine de la zone euro des Unes des journaux, mais elle s‘apprête à faire un retour brutal sur le devant de la scène.

Les prochains mois seront décisifs pour la survie de la monnaie unique européenne alors que les obstacles politiques, économiques et financiers se multiplient sur la route des principaux dirigeants européens.

En Grèce, où la crise de la dette a émergé il y a deux ans, le gouvernement s‘est engagé dans une course contre la montre au terme de laquelle il faudra qu‘il ait trouvé un accord sur un échange de dette avec ses créanciers, qui lui permettra de recevoir une nouvelle aide de ses partenaires européens et du Fonds monétaire international (FMI).

Sans aide, Athènes fera défaut sur sa dette en mars.

Mais les négociations avec les créanciers privés, à qui l‘on demande de renoncer à 50% de la valeur faciale des emprunts grecs qu‘ils détiennent, patinent depuis quelques semaines.

“Le risque d‘un défaut grec est à nouveau en hausse avec une menace de contagion à l‘Italie et à d‘autres pays”, soulignaient la semaine dernière les économistes de Barclays Capital.

Un autre obstacle à la résolution de la crise réside dans les échéances politiques à Paris et Athènes où des alternances pourraient compliquer la prise de décision et gripper la capacité du bloc zone euro à agir rapidement alors que la mise en oeuvre des décisions annoncées le mois dernier apparaît de plus en plus urgente.

L‘un des éléments clés de ces mesures réside dans l‘injection de 200 milliards d‘euros dans le FMI afin que ce dernier aide l‘Espagne et l‘Italie à éviter de sombrer dans un scénario à la grecque.

Mais les pays de la zone euro ont toutes les peines du monde à obtenir la cinquantaine de milliards d‘euros nécessaire à cette fin en provenance de la part des pays hors zone euro. S‘exprimant sous le sceau de l‘anonymat, un haut responsable allemand a déclaré la semaine dernière à Reuters qu‘un accord de Londres était absolument primordial.

En partant du principe que les fonds soient trouvés, encore faudrait-il que Rome et Madrid acceptent l‘aide du FMI, avec ce que cela suppose d‘infamie pour l‘orgueil national et de nouveaux sacrifices.

La défiance des marchés à l’égard de ces pays se manifeste dans les rendements qu‘offrent leur dette sur les marchés secondaire. Celui de l‘emprunt italien à 10 ans est revenu la semaine dernière à un niveau supérieur à 7%, tutoyant des plus hauts historiques, alors que l‘Italie et l‘Espagne s‘apprêtent à tester les marchés cette semaine avec des adjudications cruciales.

LA FIN DE L’ÈRE MERKOZY

Il est peu probable que l’élection législative grecque offre au pays une majorité large et il n‘est donc pas à exclure qu‘il faille une nouvelle coalition à Athènes avec les risques que cela comporte en termes de négociations.

En France, les études d‘opinions laissent entendre que l‘actuel locataire de l‘Elysée Nicolas Sarkozy pourrait ne pas conserver son fauteuil et qu‘il soit remplacé par son rival socialiste François Hollande.

Si le tandem Paris-Berlin n‘a pas été exempt de tensions depuis 2007, année d‘arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy, le président français et la chancelière allemande partagent une proximité politique et sont parvenus à développer une certaine entente au fil des sommets.

Après avoir vilipendé pendant des années le côté impulsif de Nicolas Sarkozy, les responsables politiques allemands redoutent désormais la fin des années “Merkozy”.

Les relations franco-allemandes pourraient d‘ailleurs pâtir d‘un abaissement de la note de crédit de la France, même si de l‘avis de certains économistes, un tel événement pourrait placer Paris au pied du mur et obliger le pays à une réforme budgétaire d‘envergure, et ce quel que soit le vainqueur de la présidentielle.

“Ce ne sera plus Merkozy. La politique européenne sera dictée par Angela Merkel et Christine Lagarde (directrice générale du FMI)”, estime Jacques Delpla, un économiste français, membre du Conseil d‘analyse économique, un organisme chargé notamment de conseiller le Premier ministre.

“Le prochain président français, qu‘il s‘agisse de Hollande ou Sarkozy aura peu d‘options. Il faudra réduire les déficits, augmenter les impôts et réduire les dépenses.”

RISQUES RECESSIONNISTES

La première rencontre d‘envergure cette année réunit ce lundi Nicolas Sarkozy et Angela Merkel à Berlin. Les deux dirigeants politiques doivent préparer le prochain sommet européen du 30 janvier, qui devra être consacré au soutien de la croissance.

Eviter un retour en récession sera peut-être le plus gros défi auquel les Européens devront faire face en 2012.

Même l‘Allemagne, locomotive de la zone euro, semble menacée par ce risque, alors qu’à l‘autre bout de la chaîne, le PIB grec entre dans une cinquième année de contraction consécutive.

Restaurer la confiance des marchés à l’égard des finances publiques tout en soutenant la croissance est une équation quasi insoluble pour les pays de la zone euro.

“Dans l‘environnement de marché actuel, il n‘y a pas de place pour une politique de relance de type keynésien qui permettrait de soutenir la demande dans les pays à faible croissance, les marchés n‘accepteraient tout simplement pas une telle stratégie”, estime Deutsche Bank dans une note confidentielle adressée au gouvernement allemand.

Une lueur d‘espoir existe cependant et elle réside à Francfort où le siège de président de la Banque centrale européenne est désormais occupé par l‘italien Mario Draghi.

La mise à disposition le mois dernier de prêts bon marché par la BCE a rassuré les marchés et elle est de nature à permettre une poursuite des émissions de dette dans la zone euro.

“On voit déjà que Draghi est plus souple que Trichet”, a déclaré le haut responsable allemand qui s‘est confié à Reuters.

“Il ne sort pas son bazooka à la moindre occasion, mais il fera tout ce qu‘il faudra.”

Nicolas Delame pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten

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