19 décembre 2011 / 16:58 / il y a 6 ans

Mario Draghi dit que la pression des marchés sera forte en 2012

par Robin Emmott

BRUXELLES (Reuters) - La pression des marchés obligataires sur la zone euro sera “très importante” au premier trimestre de l‘an prochain, a déclaré lundi le président de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi.

Il a souligné qu‘au cours des trois premiers mois de 2012, quelque 230 milliards d‘euros d‘obligations bancaires arrivaient à échéance, de même que 250 à 300 milliards d‘euros d‘obligations souveraines et plus de 200 milliards d‘euros d‘obligations à collatéral.

“Par conséquent la pression que connaîtront les marchés obligataires sera vraiment très, très importante, si ce n‘est sans précédent”, a-t-il expliqué lors d‘une intervention devant la commission des Affaires économiques et monétaires du Parlement européen, ajoutant que les banques avaient aussi d‘autres problèmes, comme le manque de fonds propres.

Symbole de ces tensions à venir, l‘Italie, troisième économie de la zone euro, doit refinancer environ 150 milliards d‘euros de dette arrivant à échéance entre février et avril l‘an prochain.

Le nouveau patron de la BCE a par ailleurs estimé que si la France perdait sa notation “triple A”, d‘autres pays perdraient la leur.

Mario Draghi n‘a donné aucun indice laissant penser que la banque centrale pourrait modifier sa position sur son programme de rachats d‘obligations, même si l‘institution de Francfort doit tenir mercredi une opération de refinancement inédite avec des prêts illimités à trois ans destinés à apaiser les tensions sur le marché interbancaire.

“Le traité européen spécifie très précisément quelles sont nos attributions, à savoir assurer la stabilité des prix à moyen terme. Le traité interdit également le financement (des déficits) par la politique monétaire et (...) nous voulons agir dans le cadre du traité”, a-t-il fait valoir.

“Nous savons que les banques subissent actuellement une contrainte très importante sur leur financement et qu‘elles vont encore plus la subir à l‘avenir, en particulier au premier trimestre 2012.”

L‘EURO EST “IRRÉVERSIBLE”, DIT DRAGHI

Mario Draghi a rejeté la création d‘euro-obligations, jugeant qu‘elle ne pourrait être effective que lorsque l‘union budgétaire de la zone euro serait davantage une réalité qu‘aujourd‘hui.

“Plus il y a des pays qui renoncent à une partie de leur souveraineté sur leur position budgétaire (...), plus les mérites d‘un concept de type euro-obligation ressortiront”, a dit le dirigeant.“(Mais) si certains pays continuent à dépenser de leur côté, à taxer de leur côté, on ne peut pas imaginer des émissions communes.”

Evoquant l‘avenir de la zone euro, Mario Draghi a balayé les craintes sur la survie de la monnaie unique. “Je n‘ai pas le moindre doute sur la solidité de l‘euro, sur sa permanence, sur son caractère irréversible”, a-t-il insisté.

Le successeur de Jean-Claude Trichet a jugé que les nécessaires programmes d‘austérité pour réduire l‘endettement des Etats aboutiraient à une ralentissement de l‘activité dans la zone euro, mais seulement dans un avenir immédiat, et ce retournement pourrait même être atténué grâce aux réformes adéquates.

“Ce que nous voulons, c‘est que cette contraction soit de court terme, et nous voulons activer tous les canaux pour permettre à la confiance de revenir sur le marché, aux spreads de baisser, au coût du crédit de baisser, et à terme aux créations d‘emplois de décoller”, a-t-il poursuivi.

“L‘activité dans la zone euro devrait se reprendre, bien que très progressivement, dans le courant de l‘année 2012”, a-t-il dit, mettant toutefois en garde contre un risque de récession si les banques ferment le robinet du crédit à l’économie réelle.

“Ce que nous souhaitons, c‘est éviter cette contraction grave du crédit qui pourrait provoquer un ralentissement supplémentaire de la croissance et une possible récession”, a ajouté Mario Draghi. “Nous voulons éviter ça.”

Les mesures de crédit de la BCE doivent permettre de garantir aux banques l‘accès à un financement stable afin qu‘elles continuent de prêter aux entreprises et aux ménages, a-t-il souligné.

Bureau de Bruxelles, Natalie Huet et Jean Décotte pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat

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