December 8, 2011 / 12:58 PM / 6 years ago

La BCE baisse ses taux mais déçoit sur le reste

8 MINUTES DE LECTURE

par Marc Jones

FRANCFORT (Reuters) - La Banque centrale européenne (BCE) a douché jeudi les espoirs de ceux qui la voyaient déjà augmenter drastiquement son programme de rachats d'obligations souveraines ou encore autoriser des prêts au Fonds monétaire international (FMI) pour endiguer la crise de la dette.

Mario Draghi, président de la BCE, a également plombé le moral des investisseurs en disant que le produit intérieur brut (PIB) de la zone euro pourrait baisser de 0,4% en 2012, même si, selon le scénario le plus optimiste, l'année prochaine pourrait se solder par une croissance de 1,0%.

Sans surprise, la BCE a baissé jeudi ses taux d'intérêt pour le deuxième mois d'affilée, espérant par là mettre à distance le double risque de récession et de déflation dans la zone euro. Mario Draghi a précisé par la suite que cette décision n'avait pas été prise à l'unanimité.

Comme attendu, le président de la BCE a également annoncé de nouvelles mesures de soutien aux banques étranglées par la crise avec des appels d'offres pouvant aller jusqu'à trois ans.

Alors que s'ouvrira dans quelques heures un sommet européen sur deux jours censé déboucher sur un accord de sortie de crise de la dette, les déclarations de Mario Draghi, après avoir été initialement bien accueillies, ont fait plonger les Bourses européennes dans le rouge et fait remonter les rendements des obligations souveraines de la zone euro.

"Les tensions accrues sur les marchés financiers continuent de peser sur l'activité économique de la zone euro et les perspectives restent soumises à une incertitude élevée et à des risques baissiers substantiels", a déclaré Mario Draghi au cours de la conférence de presse qui a suivi la décision de la BCE de ramener son taux d'intervention au niveau historiquement de 1%.

Conformément à ce qu'avaient anticipé près des deux tiers des analystes interrogés par Reuters, le taux de refinancement, principal taux directeur de la BCE, a été ramené d'un quart de point, à 1,00%. Le taux de facilité de dépôt est abaissé à 0,25% et le taux de prêt marginal revient à 1,75%, réduits eux aussi de 0,25 point.

DRAGHI S'ÉTONNE DE L'INTERPRÉTATION DE SES PROPOS

Selon des responsables de la zone euro, la BCE a été étroitement associée aux discussions devant, selon le souhait de la France et l'Allemagne, aboutir à une plus grande intégration budgétaire de la zone euro, voire de l'Union européenne.

Le 1er décembre, Mario Draghi avait fait comprendre qu'il était prêt à prendre des mesures supplémentaires pour soutenir l'économie de la zone euro, ajoutant que les risques baissiers avaient augmenté et que la BCE était consciente des difficultés croissantes des banques.

Mais la BCE a avait ajouté que la mise en oeuvre de mesures supplémentaires dépendait d'un accord européen sur un encadrement plus strict des budgets nationaux.

Les connaisseurs de la BCE avaient déduit de propos tenus il y a une semaine par Mario Draghi que l'institution allait augmenter de manière radicale son programme de rachats d'obligations de pays de la zone euro en difficulté, une perspective que n'a pas du tout confirmé le président de la BCE.

"J'ai été surpris par l'interprétation implicite qui a été faite (de mes propos de la semaine dernière)", dit Mario Draghi."Un nouveau pacte budgétaire comprenant une reformulation fondamentale des règles budgétaires combiné aux engagements budgétaires pris par les gouvernements de la zone euro est la condition préalable la plus importante pour restaurer le fonctionnement normal des marchés de financement."

Une autre idée qui avait circulé pour permettre aux pays de la zone euro de circonscrire la crise de la dette était celle de voir les banques centrales nationales prêter de l'argent au Fonds monétaire international (FMI) afin que ce dernier puisse intervenir. Mais, sur ce point également, Mario Draghi n'est guère allé dans le sens de ceux qui trouvent que c'est une bonne idée.

"C'est complexe d'un point de vue juridique. L'esprit du traité veut que l'on ne puisse pas acheminer de l'argent par des biais contournant les dispositions du traité (...) Si le FMI devait utiliser cet argent uniquement pour acheter des obligations de pays de la zone euro, alors nous pensons que cela ne serait pas compatible avec le traité", a dit le président de la BCE.

Soutien Aux Banques

Mario Draghi, qui a remplacé Jean-Claude Trichet le ler novembre, a dit au sujet des nouvelles opérations de refinancement à 36 mois qu'elles étaient censées "garantir un accès facilité pour le secteur bancaire aux liquidités et faciliter le fonctionnement du marché monétaire de la zone euro."

La BCE a également facilité l'accès aux financements pour les banques en élargissement la gamme d'actifs qu'elles peuvent échanger contre des prêts de la BCE.

De manière générale, la BCE a remis en place l'essentiel des mesures de lutte contre la crise qui avaient été utilisées dans la foulée de la chute de Lehman Brothers le 15 septembre 2008.

Mais toute cette panoplie ne permet pas, pour l'instant, aux investisseurs de surmonter leur déception de ne pas voir la BCE, à l'instar de ce que fait la Réserve fédérale américaine ou la Banque d'Angleterre, acheter massivement des obligations d'Etat.

La France, l'Italie, mais aussi les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont fait pression sur la BCE pour qu'elle utilise sa puissance de feu illimitée pour endiguer une crise de la zone euro qui menace de gripper l'économie mondiale dans son ensemble.

Standard & Poor's est venu rappeler la difficile conjoncture qui prévaut en Europe, en estimant que celle-ci est désormais confrontée à deux scénarios pour 2012, celui d'une récession "douce" et celui d'une dépression plus marquée, la confiance étant le grand arbitre désormais susceptible de trancher entre les deux.

Lundi, l'agence de notation avait annoncé que la plupart des pays de la zone euro pourraient voir leur note abaissée à très court terme en raison d'une aggravation de la crise de la dette.

Juste avant l'ouverture du sommet européen "de la dernière chance", une source de la zone euro a déclaré qu'une proposition visant à donner au Fonds européen de stabilité financière (FESF), le fonds d'urgence de la zone euro, une licence bancaire - et de ce fait un accès aux fonds de la BCE - avait été rejetée.

Au sujet du FESF, Mario Draghi a déclaré que le "Conseil des gouverneurs de la BCE a donné son feu vert au fait que la BCE puisse agir en tant qu'agent du Fonds européen de stabilité financière (FESF) dans ses opérations de marché."

Benoit Van Overstraeten pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat

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