November 28, 2011 / 9:45 AM / 6 years ago

La crise de la zone euro, double peine pour Lafarge

5 MINUTES DE LECTURE

par Gilles Guillaume

PARIS (Reuters) - Lafarge a annoncé coup sur coup ces derniers mois d'importantes cessions, des économies supplémentaires et une nouvelle organisation opérationnelle, mais les analystes doutent que ces décisions suffisent à éclipser en Bourse la double peine que la crise de la zone euro inflige au numéro un du ciment.

Depuis l'été, la crise de la dette grecque a sensiblement dégradé les perspectives économiques européennes et mondiales, et les fabricants de matériaux de construction en pâtissent. En ravivant également le spectre d'un "credit crunch", les turbulences actuelles touchent particulièrement les entreprises les plus endettées du secteur, Lafarge en tête.

Le titre a ainsi effacé plus de la moitié de sa valeur depuis le début de l'année, une baisse surtout sensible sur la deuxième partie de 2011 puisque l'action a inscrit son plus haut de l'année en mai. Vendredi, elle a clôturé à 23,43 euros, sous son point bas de 2009, lors de la dernière crise.

"Le groupe est pris dans une problématique macroéconomique à laquelle il ne peut pas grand chose", commente une analyste du secteur sous couvert d'anonymat.

"Pour améliorer son ratio dette nette/Ebitda, Lafarge fait du bon boulot en matière de désendettement, mais cela ne suffira pas si de l'autre côté, l'opérationnel - et donc l'Ebitda - se dégrade."

Lafarge a maintenu au début du mois son estimation d'une croissance de 2 à 5% sur les marchés où il est présent, la demande des pays émergents compensant l'atonie des marchés matures, mais s'est gardé jusqu'ici d'annoncer une tendance pour 2012.

Le bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement (Ebitda) du groupe a baissé au troisième trimestre de 6% à taux de change et périmètre constants, et de 9% à 2,42 milliards d'euros sur les neuf premiers mois de l'année. La dette, héritée en grande partie de l'acquisition en 2008 de l'égyptien Orascom, tournant fin septembre autour de 14,3 milliards, le ratio dette/Ebitda atteint 6.

La Dette Baisse Moins Vite Que L'ebitda

Les grands cimentiers européens sont tous logés à la même enseigne sur les marchés financiers: Heidelbergcement a perdu 42% de sa valeur depuis le début de l'année, Holcim 33% et même Vicat, le bon élève de la classe en matière de dette, a lâché 40%.

Mais l'allemand et le suisse restent moins pénalisés que Lafarge car leur ratio dette/Ebitda est jugé moins critique: respectivement 4 environ pour Heidelbergcement et 3 pour Holcim.

Lafarge, dont la dette est notée "junk" par les trois principales agences - Moody's exige un ratio de 3,6 pour la catégorie investissement - a annoncé au début du mois 500 millions d'euros de nouvelles réductions de coûts pour améliorer sa rentabilité. Après une année 2011 marquée d'importants désinvestissements - notamment dans le plâtre - il a promis de poursuivre ses cessions d'actifs pour réduire davantage encore sa dette.

"Le refinancement est sous contrôle mais le désendettement est lent", commente Crédit suisse dans une note de recherche datée du 7 novembre. "Nous ne voyons pas à ce stade de revirement de fortune pour le groupe qui va continuer d'être confronté, à nos yeux, à des défis significatifs en matière opérationnelle et en terme de bilan."

Contrairement à Heidelbergcement, qui a frôlé le dépôt de bilan en 2009, la dette obligataire de Lafarge ne comporte dans l'immédiat aucune échéance importante avant le "mur de dette" qui se profile entre 2014 et 2018.

Le groupe dispose donc de quelques années pour mettre en place la nouvelle organisation opérationnelle par pays qu'il a annoncée une semaine plus tôt afin de travailler au plus près des marchés d'où viendra la croissance future, quand elle viendra.

Avec Alexandre Boksenbaum-Granier, édité par Jean-Michel Bélot

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