L'aversion au risque des marchés pourrait se prolonger en 2012

jeudi 24 novembre 2011 18h08
 

par Raoul Sachs

PARIS (Reuters) - Les stratégistes taux de la Société générale estiment que, faute d'une "frappe nucléaire" des autorités monétaires et d'un renforcement de la discipline budgétaire dans les pays de la zone euro, la forte aversion pour les actifs risqués qui secoue actuellement les marchés pourrait se prolonger en 2012.

"Les souverains et les banques n'ont pas d'autre choix que de réduire la taille de leurs bilans. La consanguinité entre les secteurs public et financier et la course à l'échalote entre l'économie et les mesures de redressement budgétaires forment un cocktail dangereux. La rigueur n'est plus suffisante pour mettre fin à la crise", explique Vincent Chaigneau, responsable de la stratégie taux chez Société générale.

"La crise a gagné les classes d'actifs plus sûres et pris la forme d'une crise de liquidité", ajoute-t-il dans les perspectives 2012 de la banque publiées jeudi. "La stabilité ne reviendra pas d'elle-même."

Selon lui, la monétisation par la Banque centrale européenne (BCE) de la dette des pays de la zone euro en difficulté est probablement le facteur susceptible de déclencher un changement du sentiment des marchés. "Sauf si les marchés se rapprochent davantage encore d'un trou noir, cela ne devrait pas se produire avant la fin du premier trimestre", ajoute-t-il.

Dans l'attente de nouvelles mesures de maîtrise des finances publiques et d'une action "nucléaire" de la BCE, sous forme de rachats massifs de dette souveraine, à l'instar de ce qui se pratique aux Etats-Unis et au Royaume Uni, la Société générale conseille de rester acheteur des valeurs refuges comme le Bund allemand à 10 ans, le T-Note américain à 10 ans ou le Gilt britannique.

"LA COULEUR DE L'ARGENT DE LA BCE"

Vincent Chaigneau préfère les Gilts et les Treasuries et voit le rendement à 10 ans américain tomber dans la zone de 1,5% (contre 1,89% ce jeudi) au premier trimestre 2012.

"Nous ne changerons pas notre position d'aversion au risque tant que nous ne verrons pas la couleur de l'argent de la BCE", dit-il en écartant le scénario du pire: l'absence d'une action de la BCE. Dans cette hypothèse d'une telle action, le rendement du Bund devrait se tendre sensiblement au 2e trimestre 2002 après avoir atteint de nouveaux plus bas au premier.   Suite...