November 23, 2011 / 1:08 PM / 6 years ago

Fitch évoque à son tour un risque pour la note AAA de la France

7 MINUTES DE LECTURE

par Jean-Baptiste Vey

PARIS (Reuters) - Après Moody's et Standard and Poor's, la troisième grande agence de notation, Fitch, a estimé mercredi qu'une éventuelle aggravation de la crise dans la zone euro pourrait menacer la note "triple A" de la France.

Le rendement de la dette française à 10 ans qui n'avait quasiment pas bougé après la publication de cette note a ensuite progressé à environ 3,68% vers 16h45, l'écart de rendement avec l'Allemagne (le "spread") oscillant autour de 165 points de base. Il avait dépassé 200 points la semaine dernière pour la première fois depuis la création de l'euro.

"Selon le scénario central de Fitch, les chiffres des finances publiques françaises resteraient compatibles avec la conservation de sa note AAA", écrit l'agence de notation. Ce scénario se fonde sur l'hypothèse d'une croissance économique de 0,7% en 2012, le gouvernement prévoyant +1%.

Dans ce cas, la dette publique française culminerait à 91,7% du PIB en 2014, un niveau comparable aux prévisions pour les autres pays AAA et "conforme à la conservation par la France de son statut de AAA".

Mais, "selon un scénario adverse dans lequel la crise de la zone euro s'intensifierait, avec des conséquences négatives pour la croissance et la cristallisation d'engagements financiers substantiels liés à son exposition aux pays périphériques, la note AAA de la France serait en risque", poursuit l'agence en faisant référence aux engagements du pays auprès du fonds de soutien européen (FESF).

La dette brute du pays pourrait dans ce cas atteindre la limite haute de la fourchette que Fitch juge compatible avec une note AAA - à condition que ce niveau soit temporaire et baisse par la suite - soit 90 à 100% du PIB.

"Si la totalité des 158,5 milliards d'euros d'engagements de la France auprès du FESF était déboursée, sa dette publique brute atteindrait 98,2% du PIB en 2014, soit le haut de la fourchette compatible avec son statut de AAA", écrit Fitch.

"Cependant, sur la base de la dette nette et si les prêts au FESF étaient comptabilisés (avec une décote de 50%) comme des actifs liquides, la dette culminerait à un peu plus de 80% du PIB en 2014. Ceci tempèrerait la forte hausse de la dette brute du point de vue de Fitch, et cela serait pris en compte dans l'analyse de la qualité de crédit de la France."

Une source au ministère français des Finances a souligné que Fitch ne contestait pas le statut de triple A de la France et que l'agence estimait dans ses projections que le pays pouvait être favorablement comparé à d'autres émetteurs souverains triple A.

D'AUTRES MESURES NÉCESSAIRES POUR ATTEINDRE 3%

Fitch souligne dans sa note que la trajectoire de la dette française ressemble à celle du Royaume-Uni et qu'elle est moins favorable que celle de l'Allemagne mais plus favorable que celle des Etats-Unis, des pays qu'elle note également AAA.

Le déficit structurel (c'est-à-dire hors impact de la conjoncture) de la France est inférieur à ceux du Royaume-Uni et des Etats-Unis, ajoute-t-elle.

Dans son scénario central, le déficit atteindrait 4,9% du PIB fin 2012 et la dette brute 89,7%, (le gouvernement prévoie des ratios de 4,5% et 87,4% respectivement). Hors soutien financier de la France aux pays de la zone euro en difficulté, la dette n'atteindrait que 87,8% fin 2012, selon Fitch, et 85,5% selon le gouvernement.

Fitch souligne que le AAA français est soutenu par une économie à haute valeur ajoutée et diversifiée, une base fiscale large et stable et l'engagement des autorités françaises à réduire le déficit public ainsi qu'à stabiliser puis à réduire la dette.

Les autorités françaises se sont engagées à réduire le déficit de 5,7% fin 2011 à 4,5% en 2012 et 3% en 2013. L'opposition socialiste, favorite des sondages pour l'élection présidentielle du printemps prochain, a dit qu'elle respecterait ces engagements.

Fitch estime que les dernières mesures annoncées par le gouvernement ont accru la crédibilité des objectifs budgétaires et ont "réduit la pression sur la note triple A" de la France.

Après un premier plan de 11 milliards d'euros pour 2012, le gouvernement a présenté début novembre un plan de 65 milliards d'ici 2016, dont 18,6 milliards sur 2012-2013.

Mais selon Fitch, la France devra probablement prendre des mesures supplémentaires pour ramener son déficit à 3% du PIB en 2013;, l'agence de notation table sur un ratio de 4,2% cette année-là.

Au delà, "un effort budgétaire significatif est nécessaire", estime Fitch, effort qui permettrait de faire redescendre le ratio d'endettement à 80% en 2020, impliquant "une consolidation sans précédent".

Les trois principales agences donnent à la France la note maximale, triple A avec perspective stable, ce qui contribue à permettre au pays d'emprunter à des taux avantageux pour financer son déficit et refinancer sa dette.

Mais Moody's a annoncé mi-octobre qu'elle se donnait trois mois pour évaluer la solidité de cette perspective. Un changement de la perspective pourrait ensuite entraîner une dégradation de la note de la deuxième économie de la zone euro, un événement susceptible d'aggraver encore la crise des dettes souveraines et de peser sur la note triple A du FESF.

Lundi, dans son point hebdomadaire sur le marché du crédit, Moody's a mis en garde sur la note de la France en cas de hausse durable de ses coûts de financement.

Standard and Poor's a quant à elle estimé le 20 octobre qu'une entrée de la zone euro en récession fragiliserait la notation de plusieurs Etats membres, dont la France.

avec Wilfrid Exbrayat, édité par Marc Angrand

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