La démission de Jürgen Stark de la BCE vient au pire moment

dimanche 11 septembre 2011 21h32
 

par Paul Taylor

PARIS (Reuters) - La démission de Jürgen Stark, un responsable allemand de premier plan, de la Banque centrale européenne (BCE) n'aurait pas pu arriver à un pire moment puisque les dirigeants de la zone euro se débattent toujours dans la pire crise de la région depuis la création de la monnaie unique il y a 12 ans.

La BCE a en effet joué un rôle vital dans la gestion de la crise en évitant, pour le moment, sa contagion à des pays comme l'Espagne ou l'Italie via le rachat de titres de dette émis par les pays en difficulté.

Jusqu'à nouvel ordre, c'est d'ailleurs la seule institution à pouvoir agir de manière efficace puisque l'Union européenne n'a ni gouvernement fédéral ni autorité budgétaire commune.

Mais c'est justement en raison de l'existence de ce programme de rachat d'obligations souveraines, auquel il était fermement opposé, que Jürgen Stark à démissionné du directoire de la BCE.

L'étalage des dissensions internes de la BCE intervient alors que le spectre d'un défaut de la Grèce refait son apparition, le chef de file du FDP, membre de la coalition au pouvoir en Allemagne, estimant qu'une telle extrémité n'était plus un sujet tabou.

"C'est la BCE qui soutient tout à bout de bras, donc tout ce qui peut affaiblir la BCE est une mauvaise nouvelle", a dit un responsable de l'Union européenne impliqué dans la gestion de la crise.

Le départ de Jürgen Stark va miner encore davantage la crédibilité de la BCE auprès des conservateurs allemands, qui avaient déjà été échaudés par la démission, il y a sept mois, d'Axel Weber pour les mêmes raisons.

Ce titre du Financial Times Deutschland, "La fin de la BCE telle que nous la connaissions", est ainsi représentatif de cette défiance grandissante d'une bonne partie des membres du parti de la CDU d'Angela Merkel

"Il ne faut aucun doute que les Allemands ne sont pas d'accord avec la manière dont est dirigée la BCE", souligne Manfred Neumann, professeur d'économie émérite à l'université de Bonn.

DIFFICULTÉS POUR MERKEL ET DRAGHI

La démission de Jürgen Stark risque de grossir les rangs des élus de la CDU-CSU et du FDP tentés de ne pas voter la loi visant à élargir les pouvoirs du Fonds européen de stabilité financière (FESF).

En début de semaine, 25 députés de la coalition au pouvoir avaient manifesté leur désaccord avec ce texte lors d'un scrutin préliminaire. Or, si le 29 septembre prochain, Angela Merkel veut faire passer la loi avec les voix de sa seule majorité, elle ne peut se permettre plus de 19 défections.

Une fragilisation de la position d'Angela Merkel peut marquer un coup d'arrêt aux esquisses d'une plus grande intégration fiscale de la zone euro alors que la chancelière vient de réaliser qu'un grand bond en avant de la gouvernance économique est la seule voie possible pour préserver l'euro.

En plus d'être un éventuel facteur d'aggravation des tensions entre le nord et le sud de l'Europe, le départ de Jürgen Stark pourrait, plus concrètement, empêcher la BCE d'agir de manière décisive dans les mois à venir, pourtant susceptibles de voir la crise de la dette s'aggraver encore davantage.

C'est en effet un représentant d'un pays estimé peu vertueux en matière de comptes publics - l'Italie - qui prend les rênes de la BCE à partir du 1er novembre lorsque Jean-Claude Trichet quittera la présidence.

Or, pour ne pas saper tout de suite son autorité, Mario Draghi ne pourra pas se permettre de se montrer laxiste en matière budgétaire.

"Le départ de Jürgen Stark renforce la nécessité pour Mario Draghi d'être perçu comme un faucon, en matière de taux d'intérêt et de rachat d'obligations. Ce sera la seule manière pour lui de jouir de la même crédibilité que Trichet", a déclaré Holger Schmieding, économiste chez Berenberg.

Avec la contribution de Paul Carrel à Francfort et de Madeline Chambers à Berlin, Benoit Van Overstraeten pour le service français

 
<p>La d&eacute;mission de J&uuml;rgen Stark, un responsable allemand de premier plan, de la Banque centrale europ&eacute;enne (BCE) n'aurait pas pu arriver &agrave; un pire moment puisque les dirigeants de la zone euro se d&eacute;battent toujours dans la pire crise de la r&eacute;gion depuis la cr&eacute;ation de la monnaie unique il y a 12 ans. /Photo d'archives/REUTERS/Tyrone Siu</p>