3 juin 2016 / 13:02 / il y a un an

Coup de froid sur l'emploi aux Etats-Unis

L'économie américaine a crée 38.000 postes en mai après 123.000 en avril. Ce chiffre, le plus faible depuis septembre 2010, souligne certaines faiblesses du marché du travail et pourrait dissuader la Réserve fédérale de relever ses taux d'intérêt dans un avenir proche. /Photo prise le 10 mai 2016/Brendan McDermid

WASHINGTON (Reuters) - L'économie américaine a créé au mois de mai le plus faible nombre d'emplois depuis plus de cinq ans, un chiffre qui souligne certaines faiblesses du marché du travail et pourrait dissuader la Réserve fédérale de relever ses taux d'intérêt dans un avenir proche.

Le département du Travail n'a recensé que 38.000 créations de postes le mois dernier après 123.000 (révisé) en avril. Le chiffre de mai est le plus faible depuis septembre 2010.

Les chiffres des deux mois précédents ont été revus à la baisse de 59.000 au total.

Les économistes interrogés par Reuters prévoyaient en moyenne 164.000 créations de postes pour le mois dernier après les 160.000 annoncées initialement pour avril.

Dans le sillage d'indicateurs encourageants, la Fed avait adressé ces dernières semaines des signaux donnant au marché le sentiment qu'elle allait resserrer sa politique ce mois-ci ou le suivant.

La statistique de vendredi est l'un des derniers indicateurs majeurs publiés avant la prochaine réunion de politique monétaire de la banque centrale américaine, qui se tiendra les 14 et 15 juin.

"Ces chiffres de l'emploi sont assez désastreux", a commenté Gennadiy Goldberg, responsable de la stratégie de taux chez TD Securities. "Pour juin, c'est mort. L'hypothèse n'est plus sur la table. La Fed voudra des chiffres plus propres avant de relever ses taux."

La présidente de la Fed, Janet Yellen, a déclaré la semaine dernière que l'institution devrait relever ses taux "dans les mois à venir" si la croissance économique accélérait comme prévu et que des emplois continuaient d'être créés.

LES BANQUES ET LE DOLLAR SOUFFRENT

Wall Street a ouvert en baisse modérée une heure après la publication des chiffres de l'emploi, avec de lourdes pertes pour les banques, que la perspective d'une baisse des taux réjouissait.

Le dollar s'acheminait quant à lui vers sa plus forte baisse en une séance depuis février; l'euro est passé en peu de temps de moins de 1,1160 à plus de 1,1330 dollar (+1,7%).

Les chiffres de l'emploi ont pâti en mai d'une longue grève des salariés de l'opérateur télécoms Verizon. Les grévistes ont repris le travail mercredi mais ils ont été comptabilisés comme sans emploi parce qu'ils n'ont perçu aucun salaire durant la semaine pendant laquelle le département du Travail a collecté ses chiffres mensuels.

Mais la statistique a aussi été pénalisée par le secteur de la production des biens, qui inclut les mines, l'activité manufacturière et la construction. Quelque 36.000 emplois y ont été supprimés, le chiffre le plus élevé depuis février 2010.

Sans la grève de Verizon, 72.000 emplois auraient été créés le mois dernier, un chiffre qui aurait été lui aussi très inférieur aux attentes. La reprise du travail chez l'opérateur devrait en revanche donner un coup de pouce aux chiffres de juillet.

Malgré la faiblesse des créations de poste, le taux de chômage, calculé sur la base d'une enquête distincte, a baissé en mai de 0,3 point de pourcentage à 4,7%, au plus bas depuis novembre 2007.

Moins encourageant, le salaire horaire moyen, indicateur surveillé de près par la Fed, a augmenté de seulement cinq cents, soit 0,2%. Il affiche sur un an une hausse de 2,5%, comme le mois dernier, alors que les économistes estiment qu'une hausse de 3% à 3,5% du salaire moyen est nécessaire pour porter l'inflation vers l'objectif de 2% visé par la Fed.

Une mesure plus large du chômage incluant les personnes souhaitant travailler mais ayant cessé de chercher un emploi ou occupant un emploi à temps partiel s'affiche à 9,7%, comme en avril.

Le taux de participation à la population active, c'est-à-dire la part des Américains en âge de travailler qui occupent un emploi ou en recherchent activement un, a diminué de 0,2 point à 62,6%.

avec Jennifer Ablan à New York; Patrick Vignal pour le service français, édité par Marc Angrand

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