1 juin 2016 / 07:57 / il y a un an

La hausse de TVA reportée au Japon pour soutenir la croissance

Le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, a décidé mercredi de reporter de deux ans et demi, à octobre 2019, l'augmentation prévue de la TVA, une décision sans surprise adoptée face à la morosité de la conjoncture économique. /Photo prise le 1er juin 2016/REUTERS/Thomas Peter

TOKYO (Reuters) - Le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, a annoncé mercredi le report de deux ans et demi, à octobre 2019, de l‘augmentation de la TVA, une décision sans surprise qui relègue au second plan l‘assainissement des finances publiques face à la faiblesse de la reprise économique.

Ce choix devrait profiter au camp gouvernemental lors des élections sénatoriales prévues le 10 juillet mais il risque d‘alimenter les doutes sur sa capacité à réduire la dette publique, l‘une des plus lourdes au monde, et à assurer le financement du système de protection sociale et de retraites d‘un pays vieillissant.

S‘efforçant visiblement de prévenir les critiques sur l‘échec des “Abenomics”, le néologisme qui désigne ses différentes politiques de soutien à l‘économie, Shinzo Abe a justifié le report du relèvement de la TVA par la nécessité de combattre les risques liés à la conjoncture internationale, à commencer par le ralentissement chinois.

“Les Abenomics donnent régulièrement des résultats mais le contexte économique mondial a subi des changements inattendus et rapides au cours de l‘année écoulée. Le ralentissement des économies émergentes est le risque le plus important”, a-t-il déclaré lors d‘une conférence de presse.

“Confrontés aux risques mondiaux, nous devons relancer entièrement le moteur des Abenomics et accentuer nos efforts pour échapper à la déflation”, a-t-il ajouté.

Il s‘agit du deuxième report du passage de 8% à 10% de la TVA. En 2014, un premier relèvement de la taxe sur la valeur ajoutée, de 5% à 8%, avait fait plonger en récession la troisième économie mondiale.

“D‘un point de vue économique, le marché devrait considérer le report comme une bonne surprise pour la demande intérieure”, a commenté Lee Jin Yang, analyste d‘Aberdeen Asset Management à Singapour.

Sur le marché des changes, le yen s‘est apprécié après l‘annonce officielle de la décision.

NOUVEAU PLAN DE SOUTIEN À L‘AUTOMNE

Shinzo Abe, dont le mandat en tant que président du PLD et donc, de fait, en tant que Premier ministre, court jusqu‘en septembre 2018, a longtemps laissé entendre qu‘il mettrait en oeuvre comme prévu la hausse de la TVA en avril 2017.

Mais, lors de réunion du Groupe des Sept (G7) la semaine dernière au Japon, il avait préparé le terrain à un report en évoquant un nouveau risque de crise mondiale, allant jusqu‘à comparer la situation actuelle à celle qui avait suivi la faillite de Lehman Brothers en 2008.

Mercredi, tout en reconnaissant que l‘économie mondiale n‘était pas au bord d‘une nouvelle crise financière internationale, il a estimé que le Japon devait privilégier le soutien à la demande en assouplissant sa politique budgétaire.

“Nous mettrons en oeuvre à l‘automne un plan économique exhaustif et audacieux”, a-t-il ajouté, sans préciser le montant et la nature des mesures envisagées.

La conjoncture japonaise plaide de fait en faveur de nouveaux soutiens : l‘activité du secteur industriel a subi en mai sa contraction la plus prononcée depuis plus de trois ans et les bénéfices des entreprises ont enregistré sur janvier-mars leur plus forte baisse depuis plus de quatre ans, tandis que la modération salariale continue de peser sur la consommation.

“CHEMIN POTENTIELLEMENT DANGEREUX”

“Je ne suis pas sûr que cela soit suffisamment grave pour reporter la hausse de la TVA mais il est impossible d‘être très optimiste sur la consommation”, a déclaré à Reuters Sadanobu Takemasu, PDG de l‘enseigne de magasins de proximité Lawson.

Shinzo Abe a assuré qu‘il n‘avait pas renoncé à sa promesse de parvenir à une situation d‘excédent budgétaire primaire (hors service de la dette) d‘ici la fin de l‘exercice 2019-2020, ce qui permettrait de contenir un endettement qui représente déjà plus de 200% du produit intérieur brut (PIB), le plus élevé des grands pays développés.

Mais cet objectif semble difficile à atteindre, quand bien même la prévision du gouvernement, jugée optimiste, d‘une croissance annuelle de 2% en moyenne dans les années à venir se vérifiait.

L‘OCDE a abaissé mercredi ses prévisions de croissance pour le Japon, à 0,7% pour cette année et 0,4% pour 2017, en appelant les gouvernements à agir contre la “croissance molle”.

Certains économistes craignent que le report du relèvement de la TVA n‘entraîne des abaissements de la note souveraine du Japon, ce qui augmenterait les coûts de financement des entreprises du pays.

“Je suis très inquiet pour la discipline budgétaire”, confie Hiroshi Shiraishi, économiste senior de BNP Paribas Securities. “Nous sommes en train de nous engager sur un chemin potentiellement dangereux parce qu‘une fois qu‘on commence ce genre de politique, il est difficile de s‘arrêter et qu‘une fois qu‘on le fait, l‘économie souffre.”

Shinzo Abe a par ailleurs déclaré qu‘il n‘avait pas l‘intention de convoquer des élections législatives anticipées, répondant ainsi aux spéculations sur la possibilité d‘une répétition de scénario de 2014, lorsqu‘il avait dissous la Diète après l‘annonce du premier report de la hausse de la TVA.

Marc Angrand pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten

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