April 26, 2016 / 9:47 PM / a year ago

Comment la France a gagné la bataille navale en Australie

5 MINUTES DE LECTURE

Le président François Hollande au siège de la DCNS à Paris, entouré (de gauche à droite) du ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, du chef de la diplomatie Jean-Marc Ayrault et du PDG des chantiers de construction navale Hervé Guillou. L'annonce mardi d'un contrat pour des sous-marins australiens est le fruit d'un an et demi de discussions en coulisses. /Photo prise le 26 avril 2016 /Christophe Petit-Tesson/Pool

PARIS (Reuters) - Tout a commencé par le centenaire de l'engagement australien dans la Première Guerre mondiale, fin 2014, et tout s'est débouclé lundi, le jour du souvenir des combattants australiens, lorsque le pays a décidé de présélectionner la France pour un contrat géant de 12 sous-marins.

Lorsque Jean-Yves Le Drian s'était rendu en Australie pour la première fois, le 1er novembre 2014, le ministre français de la Défense n'était allé ni à Sydney, la capitale financière, ni à Canberra, la capitale administrative.

Il s'était retrouvé à Albany, en Australie occidentale, pour participer au centenaire du départ de ce port, d'un corps expéditionnaire australien et néo-zélandais (l'Anzac) pour se battre aux côtés des Alliés.

"Il faut être honnête, en 2014, personne ne croyait à la possibilité de ce succès", a-t-on déclaré mardi dans l'entourage du ministre. "Mais Jean-Yves Le Drian pensait qu'il y avait quelque chose à jouer".

La stratégie était simple : se positionner comme l'outsider du Japon, pour devenir "l'alternative évidente" au cas où les choses ne tourneraient pas à l'avantage de Tokyo. L'archipel était donné ultra-favori à l'époque en raison de la volonté de l'Australie de se rapprocher de cet allié précieux en Asie-Pacifique, dont elle entend rester un pilier.

A la même époque, Hervé Guillou, qui venait de prendre la tête de DCNS, décidait de faire de ce contrat historique la priorité du constructeur militaire naval en difficulté, et la France commençait avec l'Egypte à négocier un autre contrat majeur : la première vente à l'export de son avion de combat Rafale, concrétisée début 2015.

Equipe De France

L'équipe de France s'était alors constituée autour du ministère de la Défense et d'industriels, aux premiers rangs desquels DCNS et son actionnaire à 35%, l'équipementier Thales, à l'image de la "Rafale Team", organisée autour de Dassault Aviation, Thales et du motoriste Safran.

"On peut dire rétrospectivement qu'on n'a pas eu d'écho de dissonances au sein de ces équipes", a-t-on noté dans l'entourage de Jean-Yves Le Drian. "Même si par définition dans ce genre de négociations, il y a des débats internes, le propre de ces délibérations est qu'elles restent internes."

La France a gardé un souvenir cuisant de l'échec de la filière nucléaire française en 2009 lorsqu'un consortium constitué d'EDF, GDF Suez (devenu Engie), Areva et Total avait perdu un contrat de 40 milliards de dollars à Abou Dhabi à la suite de dissensions entre les industriels tricolores.

C'est ainsi en rangs serrés que le gouvernement français et ses industriels parviennent à se hisser dans la "short list" australienne, entre trois offres aux côtés des Japonais et des Allemands de TKMG.

A l'été 2015, lors de son déplacement à Washington, Jean-Yves Le Drian s'est assuré auprès de son homologue américain Ashton Carter de la neutralité des Etats-Unis vis-à-vis de la nationalité du constructeur des sous-marins dont les armements, sujet d'un contrat distinct, doivent être fournis par les groupes américains Lockheed Martin ou Raytheon.

La France, Puissance océanique

Entre septembre et novembre 2015, dans la phase plus active qui débouche sur la remise des offres, la France a mis l'accent sur son rang de puissance océanique, avec des capacités navales sans commune mesure avec celles du Japon et de l'Allemagne, confinés à un rôle régional.

Début 2016, la France a intégré une frégate australienne au groupe aéronaval français pour sensibiliser le pays aux défis communs qu'il a avec Paris, comme les menaces posées par les réseaux dijahidistes transnationaux.

Le 29 février dernier, Jean-Yves Le Drian visitait à Adélaïde (Australie méridionale) le chantier navale ASC, partenaire australien du programme, et en profitait pour remettre la Légion d'honneur à d'anciens combattants australiens de la Seconde Guerre mondiale.

"Du point de vue français, on estimait que le choix rationnel était la France, mais néanmoins tout le monde continuait à nous dire que le Japon serait choisi", raconte-t-on dans l'entourage du ministre de la Défense. "En réalité, le calendrier s’est accéléré courant avril".

L'Australie a décidé de tenir des élections anticipées début juillet et des sources diplomatiques françaises croient savoir que le pays a écarté l'offre japonaise, donnant espoir à Paris.

Lundi, à 4h30 du matin, Jean-Yves Le Drian se trouve à Villers-Bretonneux (Somme) pour célébrer la mémoire des combattants australiens morts pour la France.

Dans la voiture qui le ramène à Paris, il apprend que l'Australie a choisi de négocier en exclusivité avec la France pour sa prochaine génération de sous-marins.

Edité par Yves Clarisse

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