1 avril 2016 / 16:41 / dans 2 ans

Échec des négociations entre Orange et Bouygues

Orange et Bouygues ne sont pas parvenus à trouver un accord sur la vente de Bouygues Telecom à l'ancien monopole public, rapporte vendredi Le Figaro sur son site internet, une information confirmée à Reuters par une source proche du dossier. /Photo prise le 31 mars 2016/REUTERS/Jean-Paul Pélissier

PARIS (Reuters) - Orange et Bouygues ont annoncé vendredi l‘échec de leurs négociations sur la vente de Bouygues Telecom à l‘opérateur historique, une issue qui semble mettre un terme à la consolidation du secteur des télécoms engagée en France et au passage de quatre à trois opérateurs nationaux.

“Dans un marché où l‘hypothèse d‘une consolidation devient désormais durablement exclue, Bouygues Telecom poursuivra sa stratégie ‘stand alone’”, souligne le groupe de BTP, qui précise que ses administrateurs, constatant l‘impossibilité de trouver un accord après trois mois de discussions, ont pris cette décision à l‘unanimité.

“Le conseil d‘administration d‘Orange a constaté qu‘un accord en vue d’un rapprochement avec Bouygues Telecom n‘a pu être trouvé”, constate de son côté l‘ancien monopole au sujet d‘un projet qui aurait pu modifier en profondeur le paysage des télécoms français.

Le rachat de Bouygues Telecom par Orange aurait permis, en limitant la concurrence, de mettre un terme à la guerre des tarifs déclenchée par l‘arrivée des offres à bas prix de Free, filiale d‘Iliad, en 2012.

Le PDG d‘Orange, Stéphane Richard, avait pourtant déclaré plus tôt dans la journée que les négociateurs continuaient à avancer sans “point d‘achoppement en particulier”.

Les deux groupes avaient fixé le 31 mars comme date butoir pour conclure une opération évaluée à environ dix milliards d‘euros, mais leurs conseils d‘administration avaient décidé mercredi, faute d‘accord, de prolonger les discussions jusqu‘au week-end.

LIMITER L‘INFLUENCE DE BOUYGUES

Des doutes commençaient alors à se faire sentir sur l‘issue des négociations.

“Le top management d‘Orange commence à se demander si Martin Bouygues est vraiment prêt à vendre Bouygues Telecom, une entreprise qu‘il a lui-même fondée en 1994”, disait alors une source proche du dossier.

La valorisation de Bouygues Telecom, le niveau de la participation de Bouygues dans Orange et la représentation du groupe de BTP au sein d‘un conseil élargi de l‘opérateur télécoms étaient vus comme autant de dossiers à trancher.

Selon des sources interrogées par Reuters, Emmanuel Macron ne voulait, en outre, à aucun prix apparaître comme le ministre de l‘Economie qui aurait permis à Martin Bouygues de prendre le contrôle de l‘ancien France Telecom.

Si l‘opération avait été à son terme, Bouygues serait devenu le premier actionnaire privé d‘Orange à travers une augmentation de capital réservée, qui aurait mécaniquement dilué la participation de 23% de l‘Etat.

Le ministre de l‘Economie voulait notamment que Bouygues s‘engage à geler sa participation dans Orange pour une durée de sept ans et renonce aux droits de votes doubles qu‘obtiennent les investisseurs de long terme.

“L‘ETAT A UNE GROSSE RESPONSABILITÉ”

De source proche du ministre, on reconnaît l‘importance de ces questions mais l‘on assure qu‘elles ne sont pas la cause de l‘échec des discussions.

“Concrètement, ces dernières 72 heures, il n’y a pas eu de discussions entre l‘Etat et Bouygues sur ces questions actionnariales”, dit-on dans son entourage.

Les conditions posées par le fondateur d‘Iliad Xavier Niel pour la reprise de certains actifs de Bouygues auraient aussi compliqué la donne.

Afin d‘obtenir le feu vert de l‘Autorité de la concurrence, Orange et Bouygues devaient s‘accorder avec leurs concurrents Iliad et SFR pour leur vendre une partie de leur réseau et de leurs clients. Ce sont “les risques d‘exécution” sur ce point qui ont aussi posé problème, ajoute la source dans l‘entourage d‘Emmanuel Macron.

Pour François Mallet, analyste chez Kepler Cheuvreux, l‘issue des négociations constitue une mauvaise surprise.

“Ils peuvent tous s‘en vouloir, on s‘attendait à ce que ça réussisse, l‘Etat a une grosse responsabilité”, a-t-il déclaré sur BFM TV, estimant que “le grand perdant, il ne faut pas se le cacher, c‘est Bouygues”.

Avec Michel Rose, édité par Benoît Van Overstraeten

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