Hinkley Point cristallise les tensions autour du PDG d'EDF

mardi 15 mars 2016 11h44
 

par Benjamin Mallet et Geert De Clercq

PARIS (Reuters) - Les inquiétudes suscitées chez EDF par le projet Hinkley Point s'accompagnent d'une défiance croissante à l'encontre du PDG Jean-Bernard Lévy, à qui des sources internes reprochent de vouloir passer en force et de céder aux pressions politiques.

Dans une lettre aux salariés, le PDG a expliqué la semaine dernière qu'EDF ne s'engagerait définitivement dans la construction de deux réacteurs nucléaires de type EPR à Hinkley Point, dans le sud-ouest de l'Angleterre, que si l'Etat français sécurisait sa situation financière.

Jean-Bernard Lévy s'est ainsi voulu rassurant quelques jours après la démission du directeur financier d'EDF, Thomas Piquemal, qui souhaitait un report du feu vert au projet de 18 milliards de livres sterling (23 milliards d'euros environ) en invoquant les risques pour le bilan d'EDF.

Mais il a aussi écarté les arguments des syndicats selon lesquels le groupe devrait différer sa décision pour bénéficier du retour d'expérience des EPR en construction et donner la priorité aux investissements dans le parc nucléaire français.

"Lévy est très fragilisé par le départ de Piquemal. Il va vouloir montrer ses muscles pour prouver qu'il est toujours aux commandes, mais il ne suffit pas que le Soviet suprême ait raison contre le peuple", critique une source au fait des projets de la direction, pour qui le PDG "joue sa dernière carte".

Un administrateur d'EDF juge pour sa part que Jean-Bernard Lévy "a été obligé de dire qu'il n'allait pas mettre l'entreprise dans le mur". "Sur le plan industriel, il n'y aucune inflexion ; et sur le plan financier, (il) a été contraint par la démission de Piquemal, qui a eu un effet ravageur."

Les opposants au projet Hinkley Point estiment toutefois que sa validation par le conseil - qui pourrait intervenir dès le 30 mars selon la CGT - ne sera qu'une formalité une fois que l'Etat aura donné son feu vert, même si les six administrateurs représentant les salariés devraient voter contre.

Certains soulignent en outre que d'éventuelles voix discordantes ne sont pas en mesure de s'exprimer ouvertement au sein du comité exécutif.   Suite...

 
Les inquiétudes suscitées chez EDF par le projet Hinkley Point s'accompagnent d'une défiance croissante à l'encontre du PDG Jean-Bernard Lévy, à qui des sources internes reprochent de vouloir passer en force et de céder aux pressions politiques. Les opposants au projet estiment que sa validation par le conseil - qui pourrait intervenir dès le 30 mars selon la CGT - ne sera qu'une formalité une fois que l'Etat aura donné son feu vert, même si les six administrateurs représentant les salariés devraient voter contre. /Photo d'archives/REUTERS/Suzanne Plunkett