Les finances d'EDF limiteraient son expansion internationale

jeudi 10 mars 2016 17h32
 

PARIS (Reuters) - La situation financière d'EDF limite les capacités de développement de l'électricien public français à l'étranger comme en atteste le projet Hinkley Point, estime la Cour des comptes dans un rapport publié jeudi.

La diffusion de ce rapport sur la stratégie internationale d'EDF de 2009 à 2014 intervient quelques jours après la démission du directeur financier du groupe, Thomas Piquemal, en désaccord avec le PDG Jean-Bernard Lévy sur le projet de construire deux réacteurs nucléaires de type EPR à Hinkley Point, en Grande-Bretagne.

Les conclusions de la juridiction financière ne concernent pas toutefois les derniers accords conclus sur ce projet, selon lesquels EDF en détiendra 66,5%, le solde revenant au chinois CGN, mais sur un précédent montage qui prévoyait que le groupe français plafonne sa participation à 50% et ne consolide pas son investissement.

"L'endettement d'EDF, conjugué à la persistance depuis 2010 d'un flux de trésorerie disponible négatif, limite (...) fortement les capacités de développement du groupe à l'étranger, à plus forte raison dans un contexte de besoin d'investissements massifs dans le parc français", souligne la Cour des comptes.

"Bien que, au stade actuel, il ne s'agisse toujours que d'un projet non encore complètement finalisé, le montage envisagé [pour Hinkley Point] illustre le poids - et la difficulté de le surmonter - de la contrainte financière à laquelle le groupe se trouve confronté (...)", ajoute-t-elle.

La Cour des comptes souligne que les retards de mise en service des autres EPR en cours de construction dans le monde, notamment à Flamanville (Manche) et en Finlande, peuvent "évidemment susciter des interrogations quant à la capacité du projet Hinkley Point à tenir les délais initialement impartis".

"Or, si le coût du chantier dépassait le montant prévu, le surcoût serait à la charge d'EDF et de ses partenaires minoritaires, alors que (...) EDF verrait ses profits plafonnés, au bénéfice des consommateurs britanniques, en cas de surperformance."

La juridiction juge nécessaire de mieux prendre en compte, dans la politique de distribution de dividendes d'EDF, "la situation financière et les performances opérationnelles et financières effectives du groupe, en France comme à l'étranger".

Elle recommande de mettre en place un suivi de la rentabilité des investissements, participations et acquisitions réalisés par EDF à l'étranger; de renforcer la lisibilité de sa stratégie internationale et son pilotage; et d'adopter une présentation des comptes du groupe "qui donne à l'actionnaire une meilleure vision des activités internationales".   Suite...

 
L'endettement d'EDF et la persistance depuis 2010 de flux de trésorerie disponibles négatifs limitent les capacités de développement du groupe à l'étranger, souligne la Cour des comptes dans un rapport publié jeudi./Photo prise le 2 mars 2016/REUTERS/Jacky Naegelen