7 mars 2016 / 08:25 / dans 2 ans

Le projet d'EPR anglais déclenche une crise au sommet d'EDF

Le site d'Hinkley Point, en Grande-Bretagne. EDF a confirmé lundi la démission de son directeur financier, Thomas Piquemal, sur fond de désaccords autour du projet controversé du groupe de construire deux réacteurs nucléaires de type EPR sur ce site. /Photo d'archives/REUTERS/Suzanne Plunkett

PARIS (Reuters) - EDF a confirmé lundi la démission de son directeur financier, Thomas Piquemal, sur fond de désaccords autour du projet controversé du groupe de construire deux réacteurs nucléaires de type EPR à Hinkley Point, en Grande-Bretagne.

Cette démission, révélée dimanche par des sources, a entraîné une chute de l‘action d‘EDF, des analystes soulignant les risques que le projet fait peser sur le bilan de l‘électricien public et l‘influence positive de Thomas Piquemal ces dernières années au sein du groupe.

Le PDG d‘EDF, Jean-Bernard Lévy, a dit regretter “la précipitation de son départ” mais a confirmé qu‘EDF étudiait le projet d‘Hinkley Point, avec le soutien de l‘Etat français et “dans les meilleures conditions financières pour le groupe”.

Dans une déclaration écrite, il a également redit qu‘EDF avait pour objectif “de prononcer la décision finale d‘investissement dans un avenir proche”.

Selon une source au fait du dossier, Thomas Piquemal a estimé que le projet, évalué à 18 milliards de livres sterling (23 milliards d‘euros environ), mettrait une pression trop importante sur le bilan du groupe.

Le ministre de l‘Economie, Emmanuel Macron, a réaffirmé la confiance de l‘Etat français à Jean-Bernard Lévy et le soutien de Paris au projet d‘Hinkley Point, également confirmé par le gouvernement britannique.

Une source proche du conseil d‘administration a évoqué “une bataille d‘influences au sommet de l‘entreprise” et estimé que la pression politique, notamment à travers le sommet franco-britannique de jeudi dernier, conduisait à “des prises de décisions stratégiques en dehors de l‘entreprise”.

“Piquemal passait pour quelqu‘un qui tenait les comptes. Son départ est le résultat de la lutte entre le projet du président et ceux qui manifestaient quelques résistances”, a ajouté cette source.

A 15h20, l‘action EDF perdait 7,10% à 10,080 euros contre un repli de 1,05% pour le SBF120. Le titre du groupe, qui subit par ailleurs la baisse des prix de marché de l‘électricité, chute de 26% depuis le début de l‘année après un plongeon de 40,5% en 2015.

“UNE MAUVAISE NOUVELLE”

La démission de Thomas Piquemal “est clairement négative (...) car elle souligne l‘importante différence d‘opinions au sein du groupe concernant [le projet Hinkley Point] qui, s‘il se réalise comme il est prévu, va mettre les finances du groupe sous pression”, a estimé dans une note Bryan Garnier.

Kepler Cheuvreux a de son côté évoqué dans une note “une mauvaise nouvelle” en soulignant le “bilan favorable” de Thomas Piquemal comme directeur financier “et ses compétences solides en matière d‘ingénierie financière et de négociation”.

Le projet d‘Hinkley Point a fait l‘objet d‘une série d‘accords à l‘automne dernier entre EDF, son partenaire chinois CGN et le gouvernement britannique, mais le groupe français n‘a pas encore détaillé son plan de financement.

Contrairement à son souhait initial d‘en détenir 40 à 50%, EDF a dû se résoudre à porter sa participation dans le projet à 66,5%, faute d‘avoir pu attirer d‘autres investisseurs, et devra donc consolider son investissement par intégration globale, ce qui l‘obligera à céder des actifs pour contenir sa dette, qui atteignait 37,4 milliards d‘euros à fin 2015.

Selon la source proche du conseil, EDF risque aussi de renoncer à une garantie du Trésor britannique en raison de taux jugés trop élevés et du conditionnement de cette garantie au calendrier de mise en service de l‘EPR de Flamanville (Manche), qui connaît d‘importants retards et surcoûts.

Les syndicats de l‘électricien - CGT, la CFE-CGC, FO et CFDT - ont par ailleurs exprimé ces derniers mois leurs inquiétudes au sujet d‘Hinkley Point, jugeant notamment les délais de construction prévus comme difficilement tenables.

La CGT a demandé lundi au gouvernement et au PDG d‘EDF “de différer ce projet qui conduirait l‘entreprise à un risque de rupture majeur”.

Pour FO, la “démission courageuse” du directeur financier traduit “le désaccord qui touche les membres” du comité exécutif et “tout le haut encadrement” d‘EDF face à un PDG “totalement isolé” qui ferait courir “un risque mortel” à l‘entreprise s‘il décidait de lancer Hinkley Point immédiatement.

Le groupe, dont l‘Etat français détient 84,9% du capital, n‘a pas détaillé les raisons du départ de Thomas Piquemal. L‘Agence des participations de l‘État n‘a pas souhaité faire de commentaire.

EDF a remplacé Thomas Piquemal à titre provisoire par Xavier Girre, 47 ans, qui a rejoint EDF en 2015 en tant que directeur financier pour la France après avoir notamment occupé les fonctions de directeur financier du groupe La Poste.

Avec Geert De Clercq et Alexandre Boksenbaum-Granier, édité par Jean-Michel Bélot

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