17 janvier 2016 / 13:16 / il y a 2 ans

Guerre de tranchées sans issue en vue au Crédit mutuel

PARIS (Reuters) - La guerre de tranchées qui déchire les fédérations du Crédit mutuel s‘est installée dans la durée et la réforme de son organe central, loin de clore les hostilités au sein du groupe bancaire mutualiste, cristallise les tensions entre “Alsaciens” et “Bretons”.

Le président de la confédération nationale du Crédit Mutuel, Michel Lucas. La guerre de tranchées qui déchire les fédérations du Crédit mutuel s'est installée dans la durée et la réforme de son organe central, loin de clore les hostilités au sein du groupe bancaire mutualiste, cristallise les tensions entre "Alsaciens" et "Bretons". /Photo d'archives/REUTERS/Vincent Kessler

Prévue mercredi, l‘assemblée générale de la confédération, déjà passée d‘un statut associatif à celui de société coopérative, doit entériner sa fusion avec la caisse centrale, voter de nouveaux statuts et élire ses dirigeants.

L‘objectif est de rendre compatible la structure juridique du mutualiste avec la supervision de la Banque centrale européenne (BCE).

Mais pour le Crédit mutuel Arkéa, dont le siège est à Brest et qui regroupe les fédérations du Crédit mutuel de Bretagne, du Sud-Ouest et du Massif central, ce projet s‘apparente à une prise de contrôle orchestrée par 11 autres fédérations regroupées au sein du CM11-CIC, basé à Strasbourg.

Dans un document diffusé en novembre à ses salariés, le président de Crédit mutuel Arkéa, Jean-Pierre Denis, dénonçait la réforme, une “OPA inamicale, pour ne pas dire hostile”.

“Derrière l’écran de fumée de ces opérations juridiques, il y a un objectif clair : l’annexion du groupe Crédit mutuel Arkéa par CM11-CIC”, tonnait l‘ancien secrétaire général adjoint de l‘Élysée sous la présidence de Jacques Chirac.

“La réforme est illégale et on ne l‘appliquera pas”, indique une source proche du Crédit mutuel Arkéa, qui s‘apprête à contester en justice les décisions de l‘assemblée générale du 20 janvier, après avoir déjà attaqué les premières étapes de la réforme.

Ce nouveau bras de fer juridique s‘ajouterait à la saisie de l‘Autorité de la concurrence et à la plainte déposée en octobre 2014 pour “prise illégale d’intérêts” visant la manière dont la Confédération nationale du Crédit Mutuel (CNCM) satisfait à sa mission d’organe central.

Unis sous la bannière du Crédit mutuel, les deux groupes de fédérations n‘en sont pas moins rivaux sur certains métiers.

Les agences du CIC, détenu par CM11-CIC, concurrencent ainsi celles du Crédit mutuel Arkéa sur son pré carré régional mais cette opposition se fait aussi sur le front de la banque en ligne avec Monabanq pour le CM11-CIC et Fortuneo pour Crédit mutuel Arkéa.

Ce dernier estime que l‘organe de tutelle est indirectement contrôlé par ses rivaux et souhaite s‘en affranchir.

CRÉDIT MUTUEL ARKEA VEUT SON PROPRE ORGANE CENTRAL

“Une solution de bon sens finira par s’imposer : elle consistera à reconnaître à CM11-CIC et au groupe Crédit mutuel Arkéa, tous deux établissements de crédit, le statut d’organe central pour leurs affiliés respectifs, filiales et réseaux de caisses locales”, espère le président de Crédit mutuel Arkéa.

Dans un courrier adressé à Reuters, la confédération dénonce une “campagne de propagande” du Crédit Mutuel Arkéa et estime que “les arguments utilisés sont entièrement mensongers et les peurs qu’ils visent à susciter dépourvues de tout fondement”.

“La réforme envisagée constitue le meilleur moyen de conserver, et même de renforcer la nature mutualiste du Crédit mutuel et le respect de l’autonomie des groupes régionaux”, insiste l‘organe de tête du groupe pour qui “tout ce qui peut être fait au niveau local est fait au niveau local”.

Pour la confédération, “la sécession du CMB (Crédit mutuel de Bretagne) du groupe Crédit Mutuel, qui constitue l’objectif à peine voilé de ses dirigeants actuels, ne peut au contraire qu’affaiblir durablement les capacités de financement mises au service de l’économie des trois régions concernées”, la Bretagne, le Sud-Ouest et le Massif central.

“Il est évidemment exclu que ces trois fédérations puissent quitter le groupe en emportant sa marque”, prévient encore la confédération.

Pour l‘heure, il est à la fois techniquement et politiquement improbable qu‘une scission puisse être envisagée alors que des analystes estiment que la BCE, comme les autorités françaises, préfèrent de loin ne superviser qu‘une seule entité.

L‘hypothèse d‘une réconciliation entre Jean-Pierre Denis et l‘homme fort du Crédit mutuel, Michel Lucas, l‘actuel patron de la confédération, ne semble pas non plus à l‘ordre du jour.

Agé de 76 ans, ce dernier, qui a largement contribué à bâtir le CM11-CIC et le groupe de presse régional EBRA, a vu son mandat renouvelé pour cinq ans lors d‘une assemblée le 7 octobre.

Le dossier semble donc dans l‘impasse même s‘il avait été médiatisé lors des élections régionales de décembre.

LE DRIAN “COMBATTANT DU CRÉDIT MUTUEL DE BRETAGNE”

Se présentant comme “un combattant du Crédit mutuel de Bretagne” dans le Télégramme, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, élu à la présidence de la région, a demandé durant la campagne l‘arbitrage de son homologue aux Finances Michel Sapin.

“Je n‘examinerai les décisions prises par la CNCM que lorsque me sera présenté l‘ensemble de la réforme envisagée au cour du premier trimestre 2016”, avait répondu ce dernier dans une lettre publiée également par le journal breton.

Joint à plusieurs reprises par Reuters, Bercy n‘a pas commenté un dossier qui commence à inquiéter le secteur.

“On se demande si on va aller jusqu‘au divorce”, confie un syndicaliste du secteur, extérieur au Crédit mutuel, pour qui une scission créerait un dangereux précédent.

“Vous pourriez imaginer que cela donne des idées à d‘autres caisses régionales”, au sein d‘autres mutualistes comme le Crédit agricole ou BPCE, dit-il.

Outre une publicité négative pour la marque Crédit mutuel, le conflit commence aussi à avoir des répercussions concrètes sur un groupe qui revendique pour 2014 en France une part de marché de 17% des crédits bancaires et de 15% des dépôts.

Standard & Poor’s a ainsi expliqué fin décembre que sa décision de donner une perspective négative à la notation du Crédit mutuel était, outre des considérations financières, en partie motivée par “les tensions liées à la gouvernance interne”.

Pour l‘agence, une perspective stable passerait notamment par l‘apaisement de ces tensions afin que le groupe puisse se concentrer totalement sur sa stratégie.

Julien Ponthus avec Leigh Thomas, édité par Jean-Michel Bélot

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