January 15, 2016 / 3:26 PM / 2 years ago

Orange discute cessions d'actifs avec ses rivaux

6 MINUTES DE LECTURE

Le projet de rapprochement dans les télécoms entre Bouygues et Orange a franchi une nouvelle étape avec le lancement de discussions informelles entre l'opérateur historique et ses rivaux Iliad et Numericable-SFR à qui il espère revendre des actifs. /Photo prise le 5 janvier 2016/Vincent Kessler

PARIS (Reuters) - Le projet de rapprochement dans les télécoms entre Bouygues et Orange a franchi une nouvelle étape avec le lancement de discussions informelles entre l'opérateur historique et ses rivaux Iliad et Numericable-SFR à qui il espère revendre des actifs, a-t-on appris de plusieurs sources au fait du dossier.

Après un premier échec en 2014, Bouygues et Orange ont officialisé au début du mois la reprise de leurs discussions en vue d'un mariage qui ramènerait à trois le nombre d'opérateurs sur le marché français des télécoms.

Si les discussions entre les deux acteurs avancent bien, l'opération reste conditionnée par la revente d'actifs de Bouygues Telecom à des opérateurs rivaux.

Les échanges, qui portent principalement sur la rétrocession d'une partie des fréquences, du réseau, des boutiques et de la clientèle de Bouygues Telecom, sont encore à un stade préliminaire, aucune offre chiffrée n'étant pour l'instant sur la table. Ils devraient cependant s'accélérer sous peu, ont précisé les mêmes sources.

Une décision sur le projet d'alliance pourrait intervenir d'ici la publication des résultats annuels d'Orange le 16 février, ont indiqué deux des sources, tout en précisant que l'issue des négociations restait incertaine au vu de la complexité de l'opération.

"Tous les acteurs ont envie d'y arriver. Il y a le sentiment partagé que le train ne va sans doute pas repasser et que c'est probablement la dernière opportunité d'aboutir à une consolidation du marché", explique une source.

Bouygues et Orange doivent aussi compter avec l'Etat, principal actionnaire de l'opérateur historique dont il contrôle 23%, pour faire aboutir une opération qui prévoit que Bouygues prenne une participation importante dans Orange, assortie d'un paiement en numéraire.

Pas Plus De 10% Pour Bouygues

Selon deux sources, les pouvoirs publics souhaiteraient que la participation de Bouygues dans l'ancien monopole ne dépasse pas 10%. L'Etat français souhaiterait par ailleurs conserver ses trois représentants actuels au conseil.

Interrogé par Reuters, le ministère de l'Economie et des Finances n'a pas souhaité commenter ces informations.

"L'Etat français a vocation à rester l'actionnaire de référence d'Orange et à disposer d'une minorité de blocage", a précisé Bercy.

Des cessions sont indispensables pour obtenir le feu vert des autorités de concurrence, l'opération devant créer un géant avec plus de 50% de parts de marché dans le mobile et le fixe.

Tout dépendra cependant du prix que seront prêts à payer Iliad et Numericable-SFR, le PDG d'Orange Stéphane Richard ayant affirmé qu'il n'avait pas l'intention de régler seul la facture d'une opération qui profitera à l'ensemble du marché.

"C'est une opération complexe parce qu'elle implique quatre acteurs. Tout le monde a intérêt à ce que l'opération se fasse mais pas à n'importe quel prix", explique une source.

Orange n'est pas en position de force pour négocier, Free apparaissant comme le seul candidat pour le rachat d'une partie du réseau et des fréquences de Bouygues Telecom.

Le scénario D'un Examen à Paris Se précise

Free, qui a déclaré à des analystes qu'une telle opération pourrait lui permettre d'économiser deux ans sur la construction de son réseau mobile, devrait cependant se montrer pragmatique, a indiqué l'une des sources.

Lors de la précédente tentative d'union entre Orange et Bouygues, le groupe fondé par Xavier Niel s'était dit prêt à débourser 1,8 milliard d'euros pour racheter des actifs mais il a entretemps mis l'accélérateur sur le déploiement de son réseau et enrichi son portefeuille de fréquences.

SFR, qui est pressé par le marché d'endiguer l'érosion de son chiffre d'affaires, pourrait quant à lui se porter acquéreur de la clientèle low-cost et entreprises de Bouygues Telecom.

D'autres acteurs pourraient par ailleurs s'inviter à la table des discussions, notamment pour l'activité entreprise.

Reste à savoir si l'opération pourra surmonter l'obstacle de la concurrence.

La cession de la participation d'Orange dans l'opérateur britannique EE a reçu ce vendredi le feu vert des autorités du pays, ce qui augmente la probabilité qu'une éventuelle opération soit examinée par l'Autorité française de la concurrence plutôt que par Bruxelles.

Le choix de l'arbitre sera fonction de la proportion des revenus réalisés par Orange sur le seul marché français par rapport à son chiffre d'affaires européen. Si elle dépasse les deux-tiers, Bruno Lasserre, le président de l'Autorité, héritera du dossier.

"La sortie d'Orange de EE change l'arithmétique de la fusion. Nous estimons qu'ajouter Jazztel (NDLR : l'opérateur espagnol racheté par Orange) et retirer EE ajoutera environ 6 points de pourcentage à la proportion des revenus européens d'Orange réalisés en France", expliquent les analystes de Citi dans une note, évaluant par ailleurs à 5,7 milliards le produit que pourraient rapporter les cessions.

Selon plusieurs sources, des contacts informels ont été pris avec l'autorité de la concurrence et le régulateur des télécoms. Ni l'autorité de la concurrence ni l'Arcep n'ont souhaité faire de commentaire sur ces informations.

Selon plusieurs sources, Messier & Maris et Crédit Suisse font partie des banques qui conseillent Orange. Rotschild et HSBC conseillent Bouygues, également assisté du cabinet Darrois.

Avec Jean-Baptiste Vey, Arno Schuetze, édité par Jean-Michel Bélot

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