Nissan ne veut plus d'une alliance dominée par Renault-sources

mardi 27 octobre 2015 13h08
 

par Gilles Guillaume et Laurence Frost

PARIS (Reuters) - Nissan a proposé de modifier de fond en comble les termes de son alliance avec Renault en montant au capital du constructeur français et en mettant ainsi fin à sa prépondérance héritée du montage de 2002, a-t-on appris de plusieurs sources gouvernementales et proches des deux sociétés.

Dernier rebondissement en date dans le bras de fer que se livrent en coulisse les deux principaux actionnaires du groupe automobile hexagonal - Nissan et l'Etat français - Hiroto Saikawa, représentant du constructeur japonais au conseil d'administration de Renault, a fait circuler le mois dernier une proposition de rééquilibrage de l'alliance avec Renault.

Le document de trois pages, qui pourrait en fait émaner, selon plusieurs sources, du PDG Carlos Ghosn lui-même, prône l'activation des droits de vote de Nissan dans Renault et la cession par ce dernier d'une partie de sa participation dans son partenaire japonais, afin de descendre sous la barre des 40%, contre 43,4% aujourd'hui, ce qui permettrait ainsi de contrebalancer l'influence de l'Etat français.

Selon ces sources, cette restauration des droits de vote de Nissan avait d'ailleurs fait l'objet d'une résolution lors du conseil d'administration de Renault du 16 avril, alors que publiquement celui-ci s'était contenté d'insister sur le nécessaire maintien de l'équilibre actuel entre les deux partenaires.

Mais dans le document daté du 3 septembre, Nissan va encore plus loin. Il réclame aussi une modification du "RAMA", version de l'accord de fusion de 1999 amendée en 2002, et juge nécessaire que son conseil d'administration adresse une demande en ce sens au conseil de Renault pour que les partenaires fassent jeu égal sur la base de la confiance, mais aussi d'un "contrat".

Le groupe nippon demande également des droits de vote égaux dans le processus de décision de RNBV, la structure qui chapeaute l'alliance, ainsi que le droit d'augmenter sa participation dans Renault pour que les deux partenaires pèsent de manière plus équilibrée, en détenant idéalement entre 25% et 35% l'un dans l'autre.

Une source gouvernementale française au fait du document de septembre estime qu'un tel projet entraînerait "un net renversement du fonctionnement de l'Alliance au détriment de Renault."

Une semblable évolution reviendrait même à inverser la polarité entre Renault et Nissan car le groupe japonais récupérerait des droits de vote alors que, comme le souligne cette source, Renault perdrait les siens en vertu d'une réglementation japonaise plus stricte. Le Japon fixe à 25% le seuil à partir duquel une société est dite en situation d'auto-contrôle via une participation dans une entreprise ayant des droits de vote sur son propre capital.   Suite...

 
Nissan aurait proposé de modifier de fond en comble les termes de son alliance avec Renault en montant au capital du constructeur français et en mettant ainsi fin à sa prépondérance héritée du montage de 2002. /Photo d'archives/REUTERS/Toru Hanai