September 3, 2015 / 1:40 PM / 2 years ago

La BCE ouvre la porte à une stimulation renforcée

6 MINUTES DE LECTURE

Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne. La BCE a abaissé jeudi ses prévisions d'inflation et de croissance pour la zone euro en arguant du ralentissement des économies émergentes et de la faiblesse des cours du pétrole. /Photo prie le 3 septembre 2015/Ralph Orlowski

FRANCFORT (Reuters) - La Banque centrale européenne a laissé entendre jeudi qu'elle pourrait renforcer son soutien au crédit et à l'activité dans la zone euro pour tenir compte de perspectives assombries notamment par le ralentissement brutal de l'économie chinoise.

L'institution de Francfort a revu en baisse ses prévisions de croissance et d'inflation pour l'union monétaire et son président, Mario Draghi, a réaffirmé sa détermination à renforcer ou prolonger le vaste programme de rachats d'actifs de la BCE mis en oeuvre il y a six mois si la situation se dégradait davantage.

Ces annonces ont fait perdre 1% à l'euro, qui a touché un creux de deux semaines face au dollar, revenant tout près de 1,11 dollar, tandis que les rendements obligataires baissaient, à 0,73% pour l'emprunt de référence allemand à 10 ans.

Les marchés actions, eux, ont apprécié le discours du président de la BCE, le CAC 40 parisien et l'indice Euro Stoxx 50 de la zone euro s'adjugeant respectivement 2,17% et 2,46%.

Pour la première fois, Mario Draghi a clairement dit que le programme de rachat de dette du secteur public (assouplissement quantitatif, QE) lancé en mars par la BCE pourrait être prolongé au-delà de son terme prévu, soit septembre 2016, et que la banque centrale pourrait en modifier la taille ou la composition.

"Il n'y a pas de limites particulières aux possibilités qu'a la BCE de passer à une vitesse supérieure en matière de politique monétaire", a dit le président de la BCE.

En l'état, la BCE rachète chaque mois pour 60 milliards d'euros d'actifs, pour l'essentiel des obligations d'Etat.

"Les mots choisis par la BCE suggèrent qu'elle n'hésiterait pas à augmenter le montant de ses rachats d'actifs et à les prolonger au-delà de septembre 2016 si les perspectives de croissance et d'inflation se dégradaient davantage", a commenté Holger Schmieding, économiste de Berenberg.

Evoquant les risques accrus de ralentissement de l'économie mondiale, le Fonds monétaire international (FMI) a déclaré avant la réunion de jeudi que la BCE devrait envisager une prolongation de son QE.

L'objectif D'inflation S'éloigne

Mario Draghi a précisé qu'aucun membre du Conseil des gouverneurs de la BCE ne s'était prononcé en faveur d'une amplification immédiate de l'actuel QE.

Il a expliqué que le programme se déroulait sans accroc, mais doucement et ajouté que le Conseil des gouverneurs était déterminé et qu'il avait les capacités d'amplifier si nécessaire ce programme, censé favoriser le crédit et donc l'activité et l'inflation.

"(Le Conseil des gouverneurs) rappelle en particulier que le programme de rachats d'actifs apporte une souplesse suffisante en termes d'ajustement de la taille, de la composition et de la durée de ce programme", a dit le président de la BCE.

La banque centrale a tout de même apporté une légère modification à ce programme, en portant de 25% à 33% la part d'une émission de titres susceptible d'être acquise dans le cadre du QE.

La BCE, qui a sans surprise laissé ses principaux taux directeurs inchangés (à 0,05% pour le taux de refinancement), a jugé que la probabilité de ne pas atteindre son objectif d'inflation à moyen terme (un taux légèrement inférieur à 2% en rythme annuel) s'était accrue en raison de la baisse des cours du pétrole, du ralentissement de la croissance en Chine et dans d'autres pays émergents et de l'appréciation de l'euro.

La banque centrale prévoit désormais une inflation de 0,1% seulement cette année dans la zone euro, de 1,1% en 2016 et de 1,7% en 2017. Elle prédisait en juin des taux de 0,3%, 1,5% et 1,8% respectivement.

Des Moteurs en Panne

L'inflation des Dix-Neuf est actuellement de 0,2% sur un an et la plupart des moteurs habituels de la hausse des prix sont à l'arrêt: les cours du pétrole ont rechuté de 35% depuis mai, ceux du minerai de fer sont proches d'un plus bas historique, l'euro s'est raffermi récemment tandis que la croissance chinoise, déjà un motif de préoccupation pour la BCE en juillet, montre des signes manifestes d'essoufflement.

L'un des instruments privilégiés par la BCE pour mesurer les anticipations d'inflation, le taux swap à cinq ans dans cinq ans, est tombé sous 1,7%, contre 1,85% en juillet.

En ce qui concerne la croissance, les prévisions sont désormais de 1,4% en 2015, 1,7% l'an prochain et 1,8% en 2017, contre respectivement 1,5%, 1,9% et 2,0% en juin.

Ces nouvelles projections se fondent sur des données antérieures au 12 août. Elles ne prennent donc pas en compte les dernières informations en provenance de Chine sur le ralentissement marqué de la deuxième économie mondiale, qui "constituent un risque baissier pour les prévisions elles-mêmes", a dit Mario Draghi.

Si le président de la BCE a laissé entendre que le QE pourrait être ajusté, il n'en a pas moins jugé, sur la foi d'indicateurs récents, que l'actuel programme portait ses fruits.

Le crédit aux entreprises de la zone euro a enregistré en juillet sa croissance la plus soutenue depuis début 2012, le taux de chômage des Dix-Neuf est en baisse et l'indice des directeurs d'achat (PMI) du secteur privé a progressé en août, une hausse inattendue qui est de bon augure pour la croissance après un deuxième trimestre faible.

Bertrand Boucey et Patrick Vignal pour le service français, édité par Marc Angrand

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