La chute du rouble mène l'automobile russe dans l'impasse

lundi 17 août 2015 20h53
 

par Gleb Stolyarov et Jack Stubbs

MOSCOU (Reuters) - La dépréciation continue du rouble handicape lourdement les constructeurs automobiles russes en faisant monter les coûts des composants importés dont ils ne peuvent se passer, ce qui les oblige à relever leurs prix sur le marché intérieur et nuit à leur compétitivité à l'export.

Après une décennie de croissance supérieure à 10% l'an, le secteur automobile russe est ainsi devenu l'une des principales victimes de la crise économique, elle-même alimentée par la chute des prix des hydrocarbures et les sanctions occidentales liées à la situation en Ukraine.

Les ventes de voitures en Russie ont été divisées par deux depuis leur pic de 2012-2013, lorsque, pendant quelques mois, le pays avait ravi à l'Allemagne le titre de premier marché automobile d'Europe pour se hisser au huitième rang mondial. Aujourd'hui, il n'est plus que cinquième à l'échelon européen et douzième dans le monde.

La baisse du rouble a fait s'envoler les coûts des constructeurs russes qui, à la différence de ceux des autres grands marchés automobiles, sont très dépendants des importations de composants, qu'ils paient en dollars et en euros.

En 2012-2013, le rouble se traitait autour de 30 pour un dollar; aujourd'hui, un dollar vaut environ 65 roubles. Une même pièce détachée importée a ainsi vu son prix en roubles plus que doubler en deux ans.

Cette envolée a contraint les constructeurs locaux à relever leurs prix, alors même que l'économie est en récession (le produit intérieur brut a reculé de 4,6% au deuxième trimestre), que les entreprises réduisent les effectifs et les salaires et que la hausse des prix des produits alimentaires dépasse 20% sur un an, ce qui décourage les achats de voitures.

Un regain de faiblesse du rouble ces dernières semaines - il a perdu 15% face au dollar depuis début juillet - devrait conduire à de nouvelles hausses de prix et donc peser sur les ventes.

"Si le rouble se stabilisait au niveau actuel jusqu'à la fin de l'année, le marché devrait baisser de 28% à 30%", estime Vladimir Bespalov, analyste de VTB Capital. "Mais si le rouble continue de s'affaiblir, les prix vont monter et la chute du marché pourrait atteindre 35%."   Suite...

 
La dépréciation continue du rouble handicape lourdement les constructeurs automobiles russes en faisant monter les coûts des composants importés dont ils ne peuvent se passer, ce qui les oblige à relever leurs prix sur le marché intérieur et nuit à leur compétitivité à l'export. /Photo prise le 6 août 2015/REUTERS/Ilya Naymushin