Renault-Nissan réfléchit à un schéma de bonus cachés

mardi 13 juin 2017 13h58
 

par Laurence Frost

PARIS (Reuters) - Les banquiers de l'alliance Renault-Nissan ont élaboré un projet permettant de verser des millions d'euros de bonus annuels supplémentaires au PDG Carlos Ghosn et à d'autres dirigeants via une société de service créée spécialement pour l'occasion, selon des documents vus par Reuters.

La proposition préliminaire prévoit que Renault, Nissan et maintenant aussi Mitsubishi versent à la société enregistrée aux Pays-Bas une portion des nouvelles synergies dégagées grâce à l'alliance. Celles-ci devraient atteindre 5,5 milliards d'euros l'an prochain, un nouveau record après 4,3 milliards en 2016.

Les fonds transférés sous la forme de bonus en numéraire et en titres serviraient à "encourager les dirigeants à poursuivre les opportunités de synergies", selon une présentation d'Ardea Partners, société de banque d'investissement conseillant Carlos Ghosn sur les questions d'intégration accrue de l'alliance.

Renault-Nissan a refusé de faire un commentaire sur le plan de rémunération ou les chances qu'il soit adopté. Catherine Loubier, porte-parole de l'alliance, n'a pas répondu aux questions détaillées de Reuters sur la proposition ou sur les relations avec Ardea. Cette dernière a également refusé de faire un commentaire.

L'Etat français, principal actionnaire de Renault, s'oppose régulièrement au PDG Carlos Ghosn sur sa rémunération. A l'assemblée générale de 2016, le PDG a sauvé sa rémunération de 7,2 millions d'euros malgré un vote sanction des actionnaires, dont l'Etat. En ajoutant le salaire versé par Nissan, la rémunération de Carlos Ghosn atteint 15,6 millions d'euros, faisant de lui le troisième patron le mieux payé des dirigeants du CAC 40.

Les actionnaires de Renault auront à nouveau l'occasion de se prononcer sur la rémunération du PDG cette semaine lors de l'assemblée générale annuelle du groupe. Le "say on pay" reste consultatif sur le montant de rémunération de l'exercice écoulé, mais devient contraignant sur la politique de rémunération à venir.

L'Etat et Carlos Ghosn se sont également affrontés en 2015 sur la question des droits de vote doubles. En février, le PDG de Renault-Nissan a déclaré que son principal actionnaire, qui détient actuellement près de 20% du capital, ne laisserait pas les deux partenaires de l'alliance aller jusqu'à une fusion.

Le projet de bonus de l'alliance vise à encourager Renault et son partenaire japonais, dont il détient 44%, à opérer davantage comme une seule et même entité sans aller jusqu'à modifier la structure capitalistique.   Suite...

 
Les banquiers de l'alliance Renault-Nissan ont élaboré un projet permettant de verser des millions d'euros de bonus annuels supplémentaires au PDG Carlos Ghosn et à d'autres dirigeants. /Photo prise le 23 février 2017/REUTERS/Benoit Tessier