8 mars 2017 / 17:33 / il y a 5 mois

Le risque politique en Europe peut-être surévalué par les marchés

Les échéances électorales qui se profilent en Europe, en premier lieu l'élection présidentielle française, font peser sur les marchés financiers un risque politique que les investisseurs auraient tendance, selon plusieurs gérants, à surévaluer. /Photo d'archives/Charles Platiau

PARIS (Reuters) - Les échéances électorales qui se profilent en Europe, en premier lieu l'élection présidentielle française, font peser sur les marchés financiers un risque politique que les investisseurs auraient tendance, selon plusieurs gérants, à surévaluer.

Les opérateurs de marché redoutent notamment une victoire de la candidate du Front national à l'élection présidentielle en France, qui ouvrirait la perspective d'une sortie du pays de la zone euro.

"Les élections françaises ravivent les craintes sur la zone euro mais ces craintes nous semblent très exagérées", indiquent dans une note les gérants d'Amundi.

Un avis partagé par Michael Affalo, directeur des gestions de BFT IM, qui parle de "méfiance surfaite" et juge faible la probabilité d'un "vote de rupture" par les Français dans quelques semaines.

Mais le vote surprise des Britanniques en faveur d'une sortie de l'Union européenne puis la victoire inattendue de Donald Trump dans la course à la Maison blanche ont rendu les intervenants de marché particulièrement méfiants à l'égard des sondages, observe Philippe Weber, co-responsable des études et de la stratégie chez CPR Asset Management.

"Chat échaudé craint l'eau froide", dit-il. "Quand les sondages donnent 60% pour Emmanuel Macron contre 40% pour Marine Le Pen au second tour, les marchés lisent 52-48."

POSITIONS SPECULATIVES SUR LA DETTE FRANCAISE

Les craintes des investisseurs se font sentir en particulier sur le marché obligataire avec des positions spéculatives importantes qui paraissent découler du risque politique français.

Les intérêts ouverts sur le contrat à terme de l'OAT à 10 ans ont ainsi plus que doublé depuis la fin octobre, passant de 308.761 contrats à 644.321 contrats le 3 mars, selon des données fournies par Eurex.

"Bien qu'il soit difficile de déterminer le sens de l'ensemble de ces prises de position, il paraît cohérent de penser qu'une bonne partie correspond sinon à un pari contre l'Etat français, au moins à la mise en place de couverture", indique Bernard Aybran, directeur de la multigestion chez Invesco Asset Management.

La perspective d'un retour au franc en cas de victoire de Marine le Pen a conduit le mois dernier l'agence de notation Standard & Poor's à évoquer le scénario d'un défaut massif de la France sur sa dette.

LE SPREAD FRANCE-ALLEMAGE S'ÉLARGIT

Autre signe d'un emballement sur le front de la dette souveraine, l'écart de rendement entre le Bund allemand à 10 ans et l'OAT français de même échéance est passé de 20 points de base en septembre à autour de 67 ce mercredi, après avoir atteint à pic à 84 points de base en février.

Le marché des changes est devenu, lui aussi, un observateur attentif de la campagne française : "Il y a une corrélation étroite en ce moment entre l'euro et les chances de Marine Le Pen de gagner ou non", rapporte Neil Jones, responsable des ventes de devises aux fonds spéculatifs chez Mizuho à Londres. "Tout ce qui est susceptible de faire gagner Le Pen fait baisser l'euro".

Les marchés actions n'échappent pas au phénomène. Si la plupart ont rebondi de plus de 20% depuis le vote des Britanniques en faveur d'un Brexit, le 23 juin dernier, les Bourses européennes restent à la traîne, accusant une sous-performance de 10% par rapport aux marchés américains en huit mois, souligne un rapport de CPR AM sur la situation des marchés.

Là encore, la France est en première ligne. La confiance des investisseurs vis-à-vis des actions françaises est ainsi tombée en février à son plus bas niveau depuis près de deux ans, la France étant le marché actions le moins apprécié en Europe, selon le dernier sondage réalisé auprès des gérants par Bank of America-Merrill Lynch.

Le marché actions français est désormais sous-pondéré en net à 24%, alors que les investisseurs avaient une position neutre en janvier, d'après cette même enquête.

REBOND ATTENDU EN CAS DE VERDICT ELECTORAL POSITIF

La France n'est pas la seule à inquiéter avec également la perspective, dès le 15 mars, d'élections législatives aux Pays-Bas. Le Parti pour la liberté (PVV) du candidat de l'extrême droite Geert Wilders, qui milite lui aussi pour une sortie de l'UE, figure très haut dans les sondages.

Autre échéance considérée comme un facteur de risque sur les marchés, la perspective de législatives anticipées en Italie, où le parti anti-élites du Mouvement 5 étoiles (M5S) a le vent en poupe.

Selon le sondage de BofA-Merrill Lynch, ces scrutins, avec les menaces qu'ils font peser sur la cohésion de la zone euro, sont perçus comme le principal risque pesant actuellement sur les marchés mondiaux.

La levée de ce risque entraînerait une embellie avec une progression de 5% pour les actions en zone euro, lit-on dans les prévisions à trois mois de CPR AM, qui voit ces mêmes actions chuter de 12,5% dans son scénario le plus pessimiste.

"Il faut s'attendre à une certaine volatilité tant qu'on aura une incertitude assez forte sur les résultats des grandes élections à venir", avertit Philippe Weber.

Patrick Vignal et Blandine Hénault, édité par Marc Joanny

0 : 0
  • narrow-browser-and-phone
  • medium-browser-and-portrait-tablet
  • landscape-tablet
  • medium-wide-browser
  • wide-browser-and-larger
  • medium-browser-and-landscape-tablet
  • medium-wide-browser-and-larger
  • above-phone
  • portrait-tablet-and-above
  • above-portrait-tablet
  • landscape-tablet-and-above
  • landscape-tablet-and-medium-wide-browser
  • portrait-tablet-and-below
  • landscape-tablet-and-below