8 février 2017 / 17:46 / il y a 6 mois

Rome va protéger ses entreprises contre les convoitises étrangères

Le gouvernement italien s'inquiète de la vulnérabilité des entreprises transalpines face aux convoitises de groupes étrangers, en particulier pour celles qu'il considère comme stratégiques, et s'emploie à les doter de moyens de défense. /Photo d'archives/REUTES/Stefano Rellandini

ROME (Reuters) - Le gouvernement italien s'inquiète de la vulnérabilité des entreprises transalpines face aux convoitises de groupes étrangers, en particulier pour celles qu'il considère comme stratégiques, et s'emploie à les doter de moyens de défense.

Rome prépare de nouvelles règles de transparence qui contraindront les investisseurs prenant des participations minoritaires significatives dans le capital d'entreprises italiennes à déclarer leurs intentions, une initiative qui vise à protéger ces dernières contre des prises de contrôle hostiles.

Peu d'éléments sont disponibles sur le détail des dispositions du texte en préparation mais Massimo Mucchetti, un sénateur de Parti démocratique au pouvoir, a dit à Reuters qu'elles pourraient notamment fixer à 5% du capital le seuil à partir duquel un acquéreur devrait déclarer ses intentions vis-à-vis de l'entreprise dans laquelle il a pris une participation.

Cette initiative gouvernementale intervient à la suite de la prise de participation de près de 29%, perçue comme hostile, de Vivendi, contrôlé par le français Vincent Bolloré, dans Mediaset, le groupe de média de l'ex-président du conseil italien Silvio Berlusconi. Vivendi est aussi le premier actionnaire de Telecom Italia.

Une série d'acquisitions ciblant des fleurons de capitalisme italien ont été réalisées au cours des dernières années, souvent à l'initiative de groupes français.

Le chinois ChemChina a ainsi pris le contrôle du fabricant de pneumatiques Pirelli pour 7,1 milliards d'euros en 2015 tandis que la société de gestion française Amundi a acquis pour 3,5 milliards d'euros à la fin de l'année dernière son homologue italienne Pioneer, qui gère quelque 146 milliards d'euros de fonds pour le compte des épargnants italiens et détient environ 30 milliards d'euros de dette publique italienne.

Luxottica et Essilor ont conclu le mois dernier un accord en vue d'une fusion à 46 milliards d'euros pour constituer un géant mondial de l'optique ophtalmologique, coté à Paris.

Certains élus du Parti démocratique poussent le gouvernement à aller plus loin et s'il est peu probable qu'ils aient gain de cause, le texte en préparation et le débat public en Italie illustrent la montée d'un sentiment protectionniste après des années de relative ouverture aux investissements étrangers, notamment sous l'impulsion de l'ex-président du conseil Matteo Renzi.

Le projet de texte souligne aussi la préoccupation croissante des responsables politiques italiens devant la perspective de voir des entreprises considérées comme stratégiques - qu'il s'agisse de Mediaset, de la compagnie aérienne Alitalia, de l'assureur Generali ou de l'opérateur télécom historique Telecom Italia - passer sous contrôle étranger.

LES FRANÇAIS A L'ASSAUT

Mucchetti, qui préside la commission de l'Industrie au Sénat, a dit que le texte sur la divulgation des prises de participation sera "un grain de sable" pour les acquisitions par des étrangers tout en ajoutant qu'il n'aurait aucun effet dans l'affaire Mediaset-Vivendi car il ne pourra pas s'appliquer de manière rétroactive.

Une porte-parole du ministère de l'Industrie s'est refusée à confirmer la disposition sur le seuil de 5% et à donner des précisions sur le projet de texte, expliquant que les discussions entre le gouvernement et les parlementaires n'en étaient qu'à leur début.

Vivendi et Mediaset se sont refusé à tout commentaire sur ce sujet. Vivendi a déjà dit qu'il ne visait pas une prise de contrôle hostile de Mediaset et que sa participation avait pour objectif de renforcer le groupe de média italien.

Les entreprises françaises ont été les plus actives en matière fusions-acquisitions en Italie au cours des dix dernières années, la valeur totale de leurs opérations ressortant à 65 milliards de dollars (60 milliards d'euros) depuis 2008, loin devant les 39 milliards de dollars des entreprises américaines, qui arrivent en deuxième position, montrent des données de Thomson Reuters.

Sur la même période, les entreprises italiennes n'ont procédé qu'à 7,3 milliards de dollars d'acquisitions en France.

Le gouvernement italien avait annoncé à la fin du mois dernier qu'il entendait renforcer les règles en matière de divulgation des prises de participation dans les entreprises, sans donner de détail.

Lors de son premier discours devant le Parlement italien, au lendemain de l'annonce du rachat de Pioneer par Amundi, le nouveau président du conseil, Paolo Gentiloni, avait prévenu que l'Italie "n'était pas ouverte aux intrusions", rompant avec le discours d'ouverture de Renzi.

Plus de 100 sénateurs, issus des rangs de la majorité comme de l'opposition ont depuis interpelé le gouvernement pour lui demander quelle mesure il entendait prendre pour mettre Generali, le premier assureur du pays, à l'abri d'un rachat par un étranger.

Salvatore Tomaselli, autre élu du Parti démocratique membre de la commission sénatoriale de l'Industrie, a dit qu'il espérait que le texte serait approuvé par le Parlement d'ici le mois prochain et que l'Italie voulait se doter de règles "plus strictes comme celles en vigueur en France."

Les règles françaises prévoient qu'un actionnaire doit déclarer le franchissement du seuil de 5% dans un délai de cinq jours et préciser ses objectifs pour les six prochains mois lors du franchissement des seuils de 10%, 15%, 20%, 25% et 30% du capital.

Francesco Boccia, élu du Parti démocratique et président de la Commission des Finances de la Chambre des députés, fait partie de ceux qui veulent que le gouvernement aille plus loin dans la protection des entreprises italiennes contre les convoitises étrangères.

Il souhaite en particulier que Rome puisse renforcer son pouvoir de veto et imposer ses conditions pour les opérations dans des secteurs considérés comme critiques pour la sécurité nationale, notamment les communications, l'énergie et les transports.

"L'Italie est ouverte à toute sorte d'intrusions. Si nous ne défendons pas nos fleurons ils vont soit s'effondrer soit tomber dans des mains étrangères", a-t-il prévenu.

Marc Joanny pour le service français, édité par Juliette Rouillon

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