January 26, 2017 / 9:51 AM / 6 months ago

L'économie britannique continue d'ignorer royalement le Brexit

4 MINUTES DE LECTURE

Un chantier de construction à Londres. L'économie britannique a conservé une dynamique solide au quatrième trimestre, continuant ainsi de défier les pronostics sur les conséquences du vote pour la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, montre jeudi la première estimation du produit intérieur brut. /Photo d'archives/Stefan Wermuth

LONDRES (Reuters) - L'économie britannique a de nouveau déjoué les pronostics au quatrième trimestre, évitant une fois de plus le ralentissement prédit après le vote du 23 juin pour la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, grâce au dynamisme de la consommation des ménages.

Le produit intérieur brut (PIB) a progressé de 0,6% sur les trois derniers mois de l'année, montre jeudi la première estimation de l'Office national de la statistique (ONS), alors que les économistes interrogés par Reuters prévoyaient en moyenne une hausse de 0,5% seulement et que certains n'attendaient que 0,3%.

"C'est clair: la vie continue malgré le vote du Brexit", a commenté Alan Clarke, économiste de Scotiabank.

La livre sterling a atteint son plus haut niveau depuis trois semaines face à l'euro après les chiffres de l'ONS et le rendement des obligations d'Etat britanniques à dix ans a touché un pic de six semaines.

Après le référendum de juin, nombre d'économistes s'attendaient à ce que le Royaume-Uni sombre dans la récession en raison des incertitudes créées par la perspective de la sortie de l'UE.

Mais l'ONS explique jeudi que sur l'ensemble de 2016, la croissance n'a que légèrement ralenti, à 2,0% après 2,2% en 2015, une baisse qui, de surcroît, est due principalement aux mauvaises performances du premier trimestre, avant le vote sur le Brexit.

L'année 2017 s'annonce moins favorable: la chute de près de 20% de la livre sterling face au dollar s'est traduite par une augmentation des coûts pour les entreprises et des prix pour les consommateurs, ce qui devrait finir par peser sur la rentabilité des premières et les dépenses des seconds.

En novembre, la Banque d'Angleterre a dit prévoir un ralentissement de la croissance à 1,4% en 2017, même si elle est susceptible de revoir son jugement dans ses nouvelles prévisions, attendues la semaine prochaine.

2017 S'annonce Moins Favorable

Quoi qu'il en soit, la Grande-Bretagne peut se targuer de l'une des croissances les plus dynamiques des grandes économies avancées en 2016 et les indicateurs suggèrent pour l'instant que les premiers mois de 2017 resteront solides.

L'organisation patronale Confederation of British Industry a par exemple fait état mercredi de commandes solides dans le secteur manufacturier en janvier.

Sur un an, la croissance britannique a dépassé celle de l'Allemagne, estimée à 1,9% pour 2016.

Certains observateurs, et notamment la Banque d'Angleterre, s'inquiètent néanmoins du poids déterminant de la consommation des ménages dans la croissance globale, une dépendance préoccupante à leurs yeux dans un contexte de hausse des prix.

"La dynamique à court terme du PIB ne devrait pas conduire le Comité de politique monétaire à revoir son pronostic d'un ralentissement de l'économie en raison du vote du Brexit", a estimé Samuel Tombs, de Pantheon Macroeconomics, dans une note à ses clients.

Au quatrième trimestre, l'activité du secteur des services - le plus dépendant de l'évolution de la consommation - a crû de 0,8% alors que la production industrielle stagnait et que la construction croissait de 0,1%.

Le ministre de l'Economie, Philip Hammond, a salué la capacité de résistance de l'économie, ajoutant que le pays entamerait en position de force les négociations sur le Brexit.

"Il peut y avoir des incertitudes pendant que nous établissons notre nouvelle relation avec l'Europe mais nous sommes prêts à saisir les opportunités pour créer une économie compétitive qui profite à tout le monde", a-t-il dit.

Le ton est logiquement différent du côté de la Commission européenne: pour Pierre Moscovici, le commissaire aux Affaires économiques et monétaires, "l'incertitude aura un impact plus tangible sur l'économie britannique en 2017 et 2018", a-t-il prédit jeudi lors d'une conférence à Bruxelles.

Il a toutefois reconnu que la Grande-Bretagne avait réagi mieux que prévu au vote du 23 juin.

Marc Angrand pour le service français

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