13 décembre 2016 / 09:33 / il y a 10 mois

La Cour des comptes pousse La Poste à accélérer ses réformes

PARIS (Reuters) - La Poste doit accélérer le rythme de ses réformes pour survivre dans un environnement en profonde mutation, un exercice qui passe par une réflexion de l‘Etat sur les missions de service public qu‘il lui a confiées, estime la Cour des comptes.

La Poste doit accélérer le rythme de ses réformes pour survivre dans un environnement en profonde mutation, un exercice qui passe par une réflexion de l'Etat sur les missions de service public qu'il lui a confiées, estime la Cour des comptes. /Photo d'archives/REUTERS/Jacky Naegelen

Dans un rapport publié mardi, la Cour adresse un satisfecit au groupe sur la façon dont il s‘est déjà transformé pour faire face au “déclin inexorable” de son métier historique, le courrier, qui ampute son chiffre d‘affaires de 500 millions d‘euros chaque année.

Elle cite les réorganisations intervenues dans ce métier (centres de tris, informatique) et les évolutions dans son réseau de bureaux ou encore la montée en puissance des “points de contacts postaux en partenariat” dans les zones rurales.

La Poste est parvenue aussi à stabiliser sa rentabilité dans la crise grâce aux relais de croissance que sont la Banque postale et l‘activité colis express à la faveur de l‘essor du commerce électronique, mais aussi la maîtrise de ses charges.

Et depuis 2012, l‘introduction du crédit d‘impôt compétitivité emploi, dont elle est le principal groupe bénéficiaire à hauteur de 340 millions d‘euros par an en moyenne, a permis de conforter ses résultats.

Pour autant, la Cour des comptes pointe des “fragilités persistantes, en partie héritées du passé”.

La première tient à la “complexité des relations sociales” qui, pour les auteurs du rapport, “rend délicate la recherche du bon équilibre entre le rythme des transformations et le maintien d‘un climat social satisfaisant”.

Symptôme de ce climat, le taux d‘absentéisme est aujourd‘hui élevé chez les facteurs (7,8% contre 4,5% en moyenne chez les ouvriers du secteur privé) et se dégrade constamment depuis 2013, y compris dans les fonctions d‘encadrement.

Le rapport pointe encore une stratégie numérique et commerciale “insuffisamment réactive” et mise en oeuvre avec un “retard dommageable”, en témoigne la faiblesse de la contribution des ventes en ligne (moins de 7% en 2015) au chiffre d‘affaires de l‘activité courrier.

Il déplore l‘absence de visibilité sur les missions de service public de La Poste (aménagement du territoire, transport de presse et accessibilité bancaire) et le montant des compensations auxquelles elles donnent lieu.

DES TAUX BAS PÉNALISANTS

La Cour des comptes s‘inquiète enfin des incertitudes pesant sur l‘atteinte des objectifs du dernier plan stratégique (à l‘horizon 2020) du groupe, qui a surestimé ces dernières années sa capacité à retrouver ses résultats d‘avant-crise.

Elle estime notamment que les hausses des tarifs du timbre, qui ont permis de compenser en partie la baisse du volume du courrier “trouveront nécessairement une limite à l‘avenir” et que l‘activité de colis express est appelée à évoluer dans un environnement de plus en plus concurrentiel.

Autres facteurs de préoccupation, le maintien de taux d‘intérêt très bas est pénalisant pour un établissement en situation de surliquidité comme le Banque postale et les nouveaux moteurs de croissance (numérique, “nouveaux services du facteur”) sont encore en phase de développement.

Dans ce contexte, la Cour des comptes appelle La Poste à “accélérer les transformations en cours pour que, même si plusieurs des risques qui menacent l‘entreprise se réalisaient en même temps, sa viabilité financière demeure assurée”.

Cela passe par la poursuite de la baisse des effectifs et des réorganisations des réseaux (bureaux et acheminement) du courrier, une diminution du “poids excessif” des fonctions de soutien et immobilière et aussi une politique de croissance externe “plus cohérente” qui permette d‘améliorer sa rentabilité.

S‘agissant des missions de service public, la Cour souligne qu‘elles doivent prendre en compte l‘évolution des besoins de la société. Une partie des adaptations incombera à La Poste, comme celle des horaires d‘ouverture de ses bureaux ou des modes de relations avec ses clients.

Mais d‘autres relèvent de l‘Etat, certaines contraintes imposées au groupe représentant un coût élevé pour l‘entreprise comme pour les finances publiques alors qu‘elles ne correspondent plus forcément aux besoins.

“Compte tenu des enjeux économiques, sociaux et territoriaux liés à ces missions de service public, la Cour estime qu‘un débat éclairé sur ce sujet est désormais indispensable”.

Yann Le Guernigou, édité par Yves Clarisse

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