25 décembre 2015 / 12:46 / il y a 2 ans

L'Italie souhaite que Bruxelles change d'attitude à son égard

Le président du Conseil italien, Matteo Renzi. L'Italie se sent insuffisamment respectée par la Commission européenne et par ses partenaires européens et veut convaincre l'Union européenne d'adopter des politiques plus audacieuses et soutenant davantage la croissance, estime Sandro Gozi, secrétaire d'Etat italien chargé des Affaires européennes. /Photo prise le 26 juin 2015/Eric Vidal

ROME (Reuters) - L'Italie se sent insuffisamment respectée par la Commission européenne et par ses partenaires européens et veut convaincre l'Union européenne d'adopter des politiques plus audacieuses et soutenant davantage la croissance, estime Sandro Gozi, secrétaire d'Etat italien chargé des Affaires européennes.

"Nous espérons et nous souhaitons assister à un changement d'attitude de la Commission et d'autres pays à l'égard de l'Italie", a déclaré dans une interview accordée à l'agence Reuters ce proche allié du président du Conseil, Matteo Renzi.

Ses propos témoignent d'une frustration croissante à Rome face à une série de décisions prises par la Commission sur le dossier de l'immigration, mais aussi sur le secteur bancaire, les aides publiques au secteur sidérurgique ou encore la politique budgétaire du gouvernement Renzi.

Si Bruxelles continue de rendre des arbitrages contraires aux intérêts de l'Italie, prévient Sandro Gozi, Rome examinera la possibilité de saisir la Cour de justice de l'Union européenne.

Recourant à un langage inhabituellement ferme, le ministre italien souligne que la Commission doit démontrer qu'elle est "le garant de tous les Etats membres, et pas de certains seulement".

Le mois dernier, le gouvernement Renzi s'est heurté à la Commission européenne dans le cadre du renflouement de quatre banques en difficulté. Rome a consacré 3,6 milliards d'euros au sauvetage de la Banca Marche, de la Banca dell'Etruria e del Lazio, de la Cassa di Risparmio di Chieti et de la Cassa di Risparmio di Ferrara avant l'entrée en vigueur de nouvelles normes européennes en janvier sur le sauvetage des établissements bancaires.

Bruxelles a considéré qu'il s'agissait d'une aide publique directe contraire à la préservation des intérêts des contribuables et à la concurrence.

Une position que Sandro Gozi juge "peu judicieuse". D'autres responsables italiens ont pour leur part reproché à l'exécutif communautaire d'avoir été plus souple lorsqu'il s'est agi de sauvetages bancaires au Portugal et en Allemagne.

"QUE VEUT FAIRE LA FRANCE ?"

Une autre décision européenne a provoqué la colère du gouvernement italien : l'ouverture d'une procédure d'infraction contre Rome, soupçonné de ne pas avoir relevé les empreintes digitales de milliers de migrants arrivés cette année en provenance de Libye. Matteo Renzi a dénoncé une obsession "surréaliste".

La Commission enquête également sur le soutien apporté à l'aciérie Ilva, la plus grande d'Europe en termes de capacités de production. Là encore, l'exécutif européen soupçonne une subvention publique déguisée.

Enfin, dernier sujet de contentieux du moment, la Commission a indiqué en novembre que l'Italie était parmi les quatre pays de la zone euro dont le budget 2016 risque de sortir des règles budgétaires de l'UE.

"Il y a les banques, l'immigration, Ilva, toute une série de dossiers", énumère Sandro Gozi.

Mais pour le secrétaire d'Etat italien, la vraie question, le vrai souci du gouvernement italien porte sur la direction politique générale de l'UE, marquée, dit-il, "par des hésitations et des contradictions que nous ne pouvons plus tolérer".

Sandro Gozi critique également la France qui, dit-il, a apporté son soutien aux appels lancés par l'Italie en faveur de politiques européennes plus favorables à la croissance mais tarde à mettre ses actes en conformité avec ses discours. "Que veut faire la France ? Nous partageons des analyses communes, mais nous voulons aussi partager des politiques communes", dit-il.

avec Crispian Balmer, Henri-Pierre André pour le service français

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