21 décembre 2015 / 18:28 / il y a 2 ans

Les suppressions de postes vont s'accélérer dans la banque

Siège de Deutsche Bank à Francfort. Une croissance économique atone, un environnement réglementaire contraignant et des changements technologiques accélérés se conjugueront encore en 2016 pour pousser les banques européennes à réaliser de nouvelles réductions de coûts, dont l'emploi sera le premier touché, /photo pris ele 29 octobre 2015/Kai Pfaffenbach

LONDRES (Reuters) - Une croissance économique atone, un environnement réglementaire contraignant et des changements technologiques accélérés se conjugueront encore en 2016 pour pousser les banques européennes à réaliser de nouvelles réductions de coûts, dont l'emploi sera le premier touché, estiment analystes et investisseurs.

Dix des plus grandes banques européennes ont annoncé 130.000 suppressions de postes depuis juin, soit plus que le total des deux années précédentes, selon des données collectées par Reuters.

Les réductions d'effectifs vont devoir encore s'accentuer et s'accélérer si le secteur bancaire européen veut améliorer sa rentabilité et se rapprocher des niveaux atteints par les banques américaines, estiment des investisseurs.

"Nous interprétons les suppressions de postes comme le signe d'un changement structurel et pas seulement conjoncturel vers des banques de plus petite taille", dit Jamie Clarke, qui co-dirige la recherche macroéconomique de la société de gestion Liontrust.

Malgré les milliers de suppressions de postes intervenues pendant et à la suite de la crise financière de 2007-2009, la nouvelle vague de destructions d'emplois dans le secteur en Europe souligne à quel point les banques européennes sont en retard par rapport à leurs concurrentes américaines dans la mise en oeuvre de changements structurels indispensables.

Les 78.000 suppressions de postes annoncées par 18 des plus grandes banques européennes sur 2013-2014 représentaient 4,1% de leurs effectifs alors que les six plus grandes banques américaines ont supprimé plus de 7% des leurs sur la même période.

Moins d'un tiers des banques de la zone euro présentaient une structure leur permettant d'espérer dégager une rentabilité satisfaisante sur la durée contre 80% des banques américaines, selon une étude sur 300 grandes banques internationales publiée l'année dernière par le Fonds monétaire international.

"Les banques américaines ont presque toutes fait ce qu'il y avait à faire et sont sur une pente ascendante", dit Chris Wheeler, analyste sur le secteur bancaire chez Atlantic Equities.

"Après, il y a les banques qui sont sur leur 'chemin de Damas'. Elles ont enfin réalisé que le marché ne les renflouerait pas et qu'elles devaient mettre en oeuvre des changements fondamentaux, les Deutsche Bank, Credit Suisse, Barclays. Elle vont connaître une année de changements majeurs qui, pour la plupart d'entre elles, ne seront pas achevés avant plusieurs années."

Rabobank est la dernière en date des grandes banques européennes à avoir taillé dans les effectifs avec 9.000 destructions de postes, rejoignant ainsi Deutsche Bank, UniCredit, Credit Suisse, HSBC et Standard Chartered sur la liste des établissements réduisant leurs effectifs, qui n'a cessé de s'allonger depuis le début du second semestre.

LA NOUVELLE SIDÉRURGIE

La baisse des effectifs peut certes résulter de cessions d'activités en bloc sans se traduire nécessairement pas des destructions d'emploi. Mais les changements technologiques poussent les banques à fermer des agences ou à migrer vers des systèmes moins intensifs en main-d'oeuvre.

"On est dans un marché durablement baissier pour l'emploi dans le secteur bancaire parce qu'on voit que la technologie et l'automation détruisent finalement des postes dans la banque de détail", dit à Reuters Xavier VanHove, associé de la société de gestion THS Partners.

Les banques de la zone euro souffrent aussi d'un contexte économique et de taux d'intérêt peu favorables. Alors que la Réserve fédérale américaine vient de franchir une nouvelle étape dans la normalisation de sa politique monétaire en relevant ses taux directeurs la semaine dernière, la Banque centrale européenne n'exclut pas un nouvel assouplissement de la sienne qui accentuerait encore la pression sur les marges d'intérêt.

De nombreuses banques européennes sont en pleine réflexion sur le sort de leurs activités de banque d'investissement avec des activités de marché particulièrement sur la sellette car gourmandes en fonds propres et aux marges comprimées par les évolutions technologiques.

Les banques européennes qui ajustent rapidement leurs effectifs et leurs lignes de métiers pourraient voir leur rentabilité se rapprocher de celle de leurs homologues américaines en 2017, alors qu'elle est inférieure de 3% à 4% actuellement, estiment les analystes de Morgan Stanley.

"Les rendements sur les actifs sont environ moitié moindres pour les banques européennes que pour les américaines. La réduction des activités peu performantes, la diminution intensive des coûts et la redynamisation des métiers à forte rentabilité des fonds propres seront déterminantes", écrivent-ils dans une récente note de recherche.

Le nouveau directeur général de Barclays, qui a déjà commencé à tailler dans les activités de banque d'investissement, principalement en Asie, prépare de nouvelles suppressions de postes, disent des sources au fait du dossier.

"L'essentiel des réductions de postes dans la banque d'investissement concerne les activités de taux, change et matières première, où les choses sont vraiment difficiles (...) et plus structurelles que conjoncturelles.", dit Stéphane Rambosson, directeur général du cabinet de chasseurs de têtes, DHR International.

"C'est un peu comme dans les années 1980 quand des millions de travailleurs de la sidérurgie ont dû se reconvertir. Je suis sûr que dans ce secteur, ils vont faire cela aussi."

BNP Paribas pourrait supprimer des postes dans le cadre de son programme de réduction de 20% des coûts de sa division de banque d'entreprise et institutionnelle (CIB), qui emploie plus de 29.000 personnes, disait une source proche du dossier en octobre, en mentionnant l'utilisation du "big data" pour mieux identifier les besoins des clients.

Pour l'ancien directeur général de Barclays Antony Jenkins, l'ampleur des réductions de coûts imposées par les changements réglementaires et technologiques risque d'être bien plus importante. Il a ainsi évoqué une réduction de moitié des effectifs des banques au cours de la prochaine décennie, prophétisant que les responsables des systèmes d'information supplanteront les banquiers d'affaires en termes d'influence dans les banques.

"Les prochains dirigeants de banque seront recrutés parmi les directeurs des systèmes d'information ou les directeurs de la technologie. Ce sont eux les nouveaux maîtres", dit Bill Michael, responsable mondial pour le secteur bancaire du cabinet de consultants KPMG.

Marc Joanny pour le service français, édité par Patrick Vignal

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